Mallarmé, et après ?
 
Colloque de Tournon
organisé par Daniel BILOUS, le CEDITEL de l'Université Stendhal (Grenoble III)
et la revue Formules
(Tournon-sur-Rhône les 24, 25 & 26 oct., & Valence le 27 oct. 1998)
 
On y songe comme à quelque chose qui eût pu être ; avec raison, parce qu'il ne faut jamais négliger, en idée, aucune des possibilités qui volent autour d'une figure, elles appartiennent à l'original, même contre la vraisemblance, y plaçant un fond légendaire momentané, avant que cela se dissipe tout à fait.   
                                                                  Stéphane Mallarmé : Arthur Rimbaud
 
 RESUMES DES COMMUNICATIONS
 
Daniel BILOUS
Vincent KAUFMANN
Pascal DURAND
Michel GIROUD
Eric CLEMENS
Jean-Pierre BOBILLOT
Jany BERRETTI
Jean-Claude LEBENSZTEJN
Mireille RIBIERE 
Marcel BENABOU 
Léon ROBEL 
Michel BEYRAND 
 Bernardo SCHIAVETTA
Thierry ALCOLOUMBRE 
Didier COSTE 
Nicole BIAGIOLI-BILOUS 
Daniel BILOUS 
Jean RICARDOU 
 
Pour tout renseignement: Daniel BILOUS
78 avenue Joseph Durandy
06200 Nice
tel:+33 (0)4.93.44.55.03
 
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TOURNON, Samedi 24 Octobre 1998
Matin (Château-Musée) : L'avenir du Livre

Daniel BILOUS (U. Grenoble III / Formules) : Fortunes de Mallarmé, questions de méthode
De tous les écrivains français, Stéphane Mallarmé semble bien le plus copieusement, le plus régulièrement et le plus diversement récrit depuis un siècle.
Or, de l'idée d'"influence" au concept d'"intertextualité", il y a un pas dont, à l'invention du second terme, la théorie littéraire n'a peut-être pas suffisamment pris la mesure. Cent ans après la mort du poète, il est de plus en plus clair qu'en beaucoup de domaines et sur nombre de points théoriques ou pratiques, l'œuvre de Mallarmé précède et anticipe tout le monde. Est-ce à dire qu'automatiquement (pour qui confondrait chronologie et histoire), tout le monde procède de ladite œuvre ? Entre tel texte signé Mallarmé, exemple ou parangon, sans doute, de cette problématique épineuse, et tel de ses apparents avatars, la relation gagne à être rigoureusement décrite, sous les trois aspects de l'énoncé, de l'énonciation et de l'idéologie littéraire dont relève tout rapport intertextuel. Retour Retour au début

Vincent KAUFMANN (U. de Genève, Suisse) : Les avant-gardes face au Livre 
Il est difficile d'ignorer aujourd'hui ce que les pratiques d'écriture des avant-gardes les plus récentes (Oulipo, Tel Quel, etc. ) doivent à Mallarmé. En revanche, on n'a que peu pris la mesure de l'impact du projet mallarméen d'un Livre total, qui annonce pourtant toutes les rêveries communautaires des avant-gardes du 20ème siècle, toutes leurs tentatives d'abolir la littérature soit dans son partage, soit dans sa réduction rituelle, soit encore dans l'invocation d'un "dehors" (la rue, la ville, la foule). Dans cette perspective, on cherchera à le montrer, les avant-gardes ne doivent pas seulement à Mallarmé leur poétique, mais souvent aussi leur politique; même s'il leur arrive encore plus souvent de l'ignorer. Retour Retour au début
 

Après-midi (Lycée Gabriel Faure) : Modernités
 
Pascal DURAND (U. de Liège) : Le Livre mis à nu par son célibataire, même. De Duchamp à Mallarmé
Ordinairement placé à l'enseigne d'une sorte de métaphysique du Texte absolu, le projet du "Livre" conçu par Mallarmé se révèle, à travers les esquisses qu'il a laissées, comme une allégorie du système de production matériel du livre et des "substructions" de croyance qui en conditionnent la valeur esthétique. Proche à ce titre des ready-made machinés par Marcel Duchamp, qui portaient au jour les mécanismes présidant à la production de la valeur artistique, le "Livre" mallarméen est proche, aussi bien, du projet sous-tendant les notes préparatoires, rassemblées dans la fameuse "boîte verte", que le même Duchamp consacrera à l'élaboration du "Grand Verre", intitulé "La mariée mise à nu par ses célibataires, même". De Duchamp à Mallarmé, de l'artiste en rupture avec l'esthétique rétinienne au poète ironique et désenchanté, une même énergie critique est à l'oeuvre, un même dévoilement et un semblable parti tiré du fonctionnement le plus caché du champ symbolique. Retour Retour au début

Michel GIROUD (Besançon - Ecole d'Art) : Mallarmé et ses conséquences
Avec le Coup de dés, Mallarmé inaugure le premier livre (d'artiste) car le poète invente une dramaturgie plastique, un opéra libre, neuf (verbal, visuel, typographique et tactile), dans tous ses aspects matériologiques (papier, forme, typogrammes, impression), œuvrant vers l'espace "concret" déjà, presque, de la langue comme matériau, certes, mais pas encore explicitement comme objet.
Mallarmé, musicien de la parole et du verbe, peintre scriptural, annonce, ici, la fin de la séparaton des domaines, avec cette première architecture d'un livre comme corps plastique et sculpture dans l'espace et de l'espace, nécessairement. Avec une série de "conséquences" : Marinetti, dada, constructivisme, Artaud, Wolman et Dufrêne, Ocampos et Garnier (la poésie spatiale), Heidsieck (poème-partition et poésie-action), Chopin (poésie sonore, électronique et radiophonique), scènes visio-typographiques de Blaine et Bory, sans oublier Cage, Brecht et Filliou, ni Weiner et compagnie.Retour Retour au début

Eric CLEMENS (Poète, Bruxelles/Formules) : Sommes-nous encore mallarméens (le cas de la revueTXT) ?
Sommes-nous, avons-nous été, serons-nous ? Poser ça devant l'adjectif mallarméen n'est strictement, rigoureusement et singulièrement rien d'autre que poser l'enjeu de la littérature, de la lettre, de l'écriture et de la lecture, des langues que nous parlerions contre la tautologie spectaculaire de la communication. Je n'ai que ça à dire, prenant appui sur l'aventure de TXT.
Ce qu'il aura fallu montrer…Retour Retour au début

Jean-Pierre BOBILLOT (Poète, U. Lyon II) : Apories de Mallarmé : pièges à retardement pour la modernité.
On prête beaucoup à Mallarmé. Par exemple : il faudrait voir en lui le penseur définitif qui aurait enfin dévoilé l'essence secrète du vers. Nous voudrions ici nuancer cette hagiographique doxa : car s'il existe, "quant au vers", un effort thérorique de Mallarmé, il se solde par une double aporie.
D'un côté, comme principe, tantôt il le dissout dans la notion même de littérature, tantôt il l'indexe sur la subjectivité. Poésie, alors, considérée comme une infinité de formes individuelles, et non déterminées, d'énoncés. De l'autre, comme segment, tantôt il le nomme "prose à coupe méditée", tantôt et en définitve, il l'assimile à la "métrique " qui "a jailli (…) aux temps incubatoires": coupe, à l'inverse, immémoriale. Poésie, cette fois, considérée comme un mode collectif, et unique, de transmission et de prédétermination de l'énoncé.
Ainsi, n'aura-t-il rien vu de la révolution formelle accomplie par Rimbaud, et n'aura-t-il eu de cesse de ramener celle du "vers libre" à l'intéressant frisson de la singularité individuelle, propre à redonner vigueur à l'"instrument héréditaire", qu'il prend bien soin de conserver et de consacrer. Il faudrait, à cette aune et à celle d'autres siennes apories, reconsidérer l'apport réel de Mallarmé, du point de vue de la modernité. Retour Retour au début

 

 
TOURNON , Dimanche 25 Octobre 1998
Matin (Lycée Gabriel FAURE) :Tout mon rêve ! une raréfaction des images (1)…

Jany BERRETTI (U. Paris III) : Mallarmé, Kandinsky : abstraction lyrique ?
Mallarmé, Kandinsky. Les décours chevauchants de leurs vies forment un siècle, mi-XIXème, mi-XXème. Mallarmé (1842-1898) était l'ami des peintres impressionnistes. C'est à ce titre généralement qu'on établit des rapprochements entre son oeuvre et la peinture. D'autre part, malgré tout l'intérêt que portèrent les formalistes russes à l'oeuvre de Mallarmé, il ne semble pas que Kandinsky (1866-1944) l'ait connue par lecture directe. Rien de plus saugrenu à première vue que de placer la "première aquarelle abstraite" auprès du "Nénuphar blanc".
Pourtant à la lecture des pages théoriques du poète et du peintre, il apparaît de manière frappante que leurs réflexions sur l'art étaient parallèles.Retour Retour au début

Jean-Claude LEBENSZTEJN (U. Paris I) : Mallarmé, blanc et rouge.
Je tâcherai d'examiner comment le texte de Mallarmé met en jeu les notions de blanc, d'espace, de volume: le Coup de Dés et le projet du Livre s'inscrivent dans et se dégagent de la tradition calligrammatique. J'indiquerai ensuite l'usage que j'ai pu faire de ces indications dans mes travaux, particulièrement dans Zigzag et le Champ des morts. Retour Retour au début

 
Après-midi (Lycée Gabriel FAURE) : Sous la contrainte
 
Marcel BENABOU (Ecrivain, Paris / Oulipo) : Mallarmé en Oulipie.
Depuis ses origines, l'Oulipie (contrée voisine de cette Cratylie si chère à Platon et à Genette) a dressé en l'honneur de Mallarmé une série de monuments, dont les formes comme les matériaux apparaissent, à l'analyse, fort divers. C'est sans doute parce que, contrairement à tous ceux qui se sont employés à tourner ce poète en dérision, les Oulipiens, décelant dans ses écrits une démarche voisine de celle qui a donné naissance à leur petite république, n'ont jamais cessé de le regarder avec une sympathie proche de la piété filiale. Retour Retour au début

Mireille RIBIERE (Londres) : Traces mallarméennes chez Georges Perec.
Le nom de Mallarmé ne figure ni dans le corpus perecquien habituel tel qu'il apparaît dans le "post-scriptum" de La Vie mode d'emploi ni dans les diverses déclarations où Perec recense ses influences. Mallarmé est, néanmoins présent là où la théorie justifierait qu'on le convoque, mais où les réalités de la pratique rendraient la citation peu probable, à savoir les textes à contrainte dure. La contrainte fonctionnerait-elle donc pour Perec à la manière du vers pour Mallarmé ? Retour Retour au début

Léon ROBEL (Change, Langues Orientales) : “Triomphal appoint” ? la traduction.
Il y a vingt-cinq ans paraissait un numéro de Change ( le numéro quatorze) consacré à la traduction. Toute la partie réservée à l'expérimentation et intitulée Tel qu'en lui-même enfin la traduction le change était centrée sur l'oeuvre de Mallarmé. Cette réflexion quant à la traduction et Mallarmé est reprise aujourd'hui (Serge Gavronsky). Mais pour être pleinement efficace, il lui faut s'appuyer sur une théorie de la traduction, qu'on tentera d'exposer. Quant aux prolongements russes de Mallarmé (évoqués dans Change), ils seront vus surtout à travers les oeuvres d'Annenski et, aujourd'hui d'Aïgui et de tel poète de la nouvelle vague russe à qui Mallarmé est maintenant seulement révélé dans sa langue.Retour Retour au début

  

 
 
TOURNON , Lundi 26 Octobre 1998
Matin (Lycée Gabriel FAURE) : Romanesques

Michel Beyrand : Mallarmé au cinéma
Un film sur Mallarmé est-il possible, et peut-on en concevoir le projet ? Je tenterai de répondre à ces interrogations en présentant le scénario d'un "film à venir" sur Mallarmé.
D'après ce texte, qui vise à transposer en images, dialogues et à travers le déroulement d'une existence "dénuée de toute anecdote", comment l'oeuvre, créée à force de volonté lucide mais en même temps surgie des profondeurs de l'inconscient, a pu déterminer le cours de cette vie, jusqu'à la mort, en illustrant, mais non en expliquant, cette influence, qui doit garder une part de mystère. Dans le cas de Mallarmé, c'est de son oeuvre que naît le drame, et là que se trouve "l'anecdote nécessaire que demande le public". Retour Retour au début

Matin (Lycée Gabriel FAURE) : Hypothèses à l'œuvre (1)

 
Bernardo SCHIAVETTA (Ecrivain, Paris / Formules) : Hypothèses sur la philosophie de la composition chez Mallarmé.
Mallarmé avait entrepris une étude sur "la Parole" qui s'est prolongée sans doute dans son projet de thèse universitaire, dont il nous reste des traces. Il s'agissait d'une réflexion très complexe sur divers aspects du langage. Tous ces aspects sont représentés, dans la trame du texte du sonnet en -ix, où ils ont été retrouvés par les nombreux exégètes. Toutefois, jusqu'à présent, à ma connaissance, toutes ces constatations n'avaient pas été mises en rapport avec le principe de leur engendrement, qui est aussi une "philosophie de la composition" : l'analyse mallarméenne du signe linguistique, partie intégrante de cette "étude sur la Parole" d'où le sonnet, selon l'aveu de Mallarmé, a été bel et bien "extrait".Retour Retour au début

 
Après-midi (Lycée Gabriel FAURE) : une raréfaction des images (2)

Thierry ALCOLOUMBRE (U. de Bar-Ilan, Israël) : Le Coup de dés dans l'espace israélien : Mallarmé et Ofer Lellouche.
Le peintre israélien Ofer Lellouche (né en 1947) poursuit depuis plusieurs années un dialogue approfondi avec Mallarmé. Dialogue particulièrement manifeste dans l'illustration du Coup de dés parue récemment en Israel, et qui nous intéressera ici. Ce qui frappe dans ce travail, c'est qu'il s'agit moins d'une "illustration" proprement dite que de "l'adjonction d'une rêverie parallèle", selon les propres termes du peintre. Il ne s'agissait pas pour Lellouche de calquer, picturalement, tel ou tel détail métaphorique ou narratif du poème ; mais plutôt de choisir certains points forts de son œuvre et de les classer en un ordre qui réitère mais aussi déplace la structure et les intuitions fondamentales du Coup de dés. Le drame mallarméen se joue à présent dans l'espace géographique et poétique d'Israel. Retour Retour au début
 

Reprises, critiques

Didier COSTE (U. de Bordeaux/Formules) : Sur "Le mouvement sommeilleux de la rivière R." : Stevens et Mallarmé.
Malgré son évolution progressive vers une autoréférentialité explicite, c'est une constante de la poésie de Wallace Stevens que la poésie soit le "sujet" du poème, non son "objet". Dès "The snow man", le problème de la position du sujet vis à vis de l'être-en-soi des objets du monde se pose en des termes qui impliquent l'affirmation d'une double néantisation et, par cette conjonction, comme chez le dernier Mallarmé, une possible reconnaissance de l'être-au-monde du poème et un certain acquiescement. Mais les objets du texte stevensien adviennent par l'occasion expérientielle, leur nécessité relève de l'arbitraire de ce-qui-est, non de celui du signe, même remotivé. La démarche de Stevens, comme celle du créationnisme, remonte en-deçà de la problématique mallarméenne, même si elle est impensable sans Mallarmé, et se prolonge vers le ressassement de l'écart comme mode modéré d'être-là.
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Les lettres et la musique

Nicole BIAGIOLI-BILOUS (IUFM de Nice) : Opératisation d'Hérodiade.
Hérodiade, opéra palimpseste ? Alpha et oméga de l'œuvre mallarméen, Hérodiade fut d'abord un projet scénique et opératique. L'écriture dramatique de Mallarmé est parcourue par le conflit qui oppose à son époque théâtre et poésie. Face à la solution proposée par le théâtre lyrique, Mallarmé ébauche une conception de la poésie se mettant en scène par le biais d'une traduction-retour fictive de la musique. La musique est un embrayeur de poéticité, qui facilite le dédoublement du sens institué et du symbole.
L'hypothèse d'un scénario combattant l'angoisse de la création en imaginant que l'on traduit un texte prééxistant présumé permet de transférer sur la production intrasémiotique, encore peu connue, les modèles scientifiques utilisés pour décrire les productions intersémiotiques.
Pour en compléter la vérification, nous avons comparé le texte de Mallarmé à la traduction opératique effective du mythe par Massenet, et surtout à la "traduction de la pseudo-traduction -retour" que représente toute transposition musicale du texte mallarméen. Pour cela il nous est apparu nécessaire de compléter la lecture de la "récitation orchestrale" de Paul Hindemith par une écriture dont on voudra bien considérer qu'elle a dans ce contexte une visée essentiellement praxéologique (quoique non dépourvue d'intention esthétique). Retour Retour au début

 

 
VALENCE , Mardi 27 Octobre 1998
Matin (Pôle universitaire LATOUR-MAUBOURG) :

Allocution de clôture, par Monsieur André SIGANOS, Président de l'Université Stendhal (Grenoble III)

Hypothèses à l'œuvre (2)

Daniel BILOUS (U. Grenoble III, Formules) : Mallarmé au miroir des pastiches.
"Mallarmé et d' après" ou, pour parodier un titre célèbre, "quand lire, c'est faire". Si la lecture est bien, selon un mot de Todorov, une "écriture passive", alors l'écriture peut à bon droit passer pour une lecture active. Une plongée dans l'univers fort peuplé de la mimésis verbale, illustrée par les occurrences mallarméennes quasi-obligées en tout recueil de pastiches qui se respecte, convainc si besoin était de l'importance d'œuvres qui se veulent toutes, ironiquement ou non, des miroirs de sorcière. En effet, par delà des railleries souvent cruelles, ce qui s'y joue n'est pas seulement l'ombre portée par la littérature attestée. Lecture de Mallarmé, l'imitation offre l'avantage exceptionnel d'actualiser le déchiffrement du "modèle" en gestes d'écriture précis et descriptibles, ouvrant sur une heuristique du style à ce jour encore mésestimée. Et c'est non moins la production d'un Mallarmé virtuel, qui prolonge et, pourquoi pas ? complète l'œuvre — la "goutte d'eau qui manquait à la mer" (Igitur) —, tant il est mallarméennement vrai qu'"un livre ne commence ni ne finit. Tout au plus fait-il semblant". Retour Retour au début

Jean RICARDOU (Ecrivain, Paris) : Tel qu'en lui-même enfin Mallarmé s'améliore.
Dans un passage peut-être plus souvent cité qu'approfondi, "l'œuvre pure implique la disparition élocutoire du poète qui cède l'initiative aux mots, par le heurt de leur inégalité mobilisé; ils s'allument de reflets réciproques comme une virtuelle trainée de feux sur des pierreries (…)", ce que Mallarmé institue, entre autres choses, et cela dût-il ne point trop plaire, c'est la possibilité d'une amélioration de ses poèmes par quelque autre. En effet il suffit de connaître les règles qui gouvernent cette étrange initiative, pour en accroître s'il y a lieu l'exercice, et concourir, ce faisant, en l'obstiné souci de "l'œuvre pure", à cette perfectionniste "disparition élocutoire", par laquelle, curieusement, le poète s'accomplit comme tel.
C'est à cette tâche que l'on propose de se vouer, sur l'exemple du sonnet Hommage (à Richard Wagner), en tirant bénéfice des rigoureuses ressources d'une discipline nouvelle, la textique, dont la prétention est d'établir une théorie exhaustive des structures de l'écrit. Retour Retour au début