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D, D-CI, adj. Fréq., oral, fam., mésolecte, souvent ironique. En parlant d'un véhicule administratif de fonction: qui appartient au gouvernement ivoirien. Même si elle [une voiture] est à plat [.] elle ne lui coûte pas un sou, c'est une D-CI. ID., 07.12.1975. Voiture D, c'est pour* le gouvernement. (Chauffeur, Abidjan, 1980). Un jour, il y a un monsieur qui est venu me voir avec une voiture D, accompagné de son chauffeur [.]. Antoine /Dubresson /Manou-Savina, 1987 : 232. Par exemple, j'ai été surpris de voir des voitures DCI dans les rues de Cotonou. Un des conducteurs approché m'a informé qu'il était en voyage d'affaire pour l'épouse de son patron...un haut fonctionnaire. Ivoir'Soir, 28.08.1997. Ca fait longtemps qu'on parle des véhicules administratifs [.]. Chacun veut aussi sa voiture D, D comme le système D. Il suffit d'avoir une petite parcelle de responsabilité. Ivoir'Soir, 05.11.1997.

COM.: la lettre D sur une plaque d'immatriculation ivoirienne, identifie un véhicule comme appartenant à l'administration ivoirienne.

 

da, dah, n.m. Spéc., (flore), (du mandenkan "hibiscus sabdarriffa et hibiscus cannabinus") , oral, écrit, tous milieux. Nom donné à plusieurs plantes de la fam. des Hibiscus.

1- da, da foura, n.m. (Hibiscus sabdariffa Linn). Plante dont on consomme les feuilles bouillies en guise d'épinards. On en fait une sorte de plat très apprécié à saveur acide. Pendant ce temps, nettoyez les feuilles de dâ, supprimez les nervures et lavez-les puis faites les blanchir à l'eau bouillante. Biarnès, 1974 :28.

ENCYCL.: avec le calice des fleurs d'hibiscus ou roselle*, oseille* de Guinée, on fait une décoction rouge très désaltérante. V. BISSAP*

COMP.: dakoumou*, datou*.

SYN.: bito* (: feuilles), oseille* de Guinée, oseille* du Soudan, roselle*, (: fleurs), bissap*, thé* karak, thé* rose (:boisson).

2- da, da dian, n.m. (Hibiscus cannabinus Linn.). Plante cultivée fournissant une fibre utilisée pour la fabrication des cordes et des sacs et éventuellement une drogue. Roberty, 1954 : 54.

SYN.: chanvre* de Guinée, chanvre* du Soudan, gombo*-chanvre, kénaf*.

3- da, da sina, n.m. (Hibiscus asper Hook. f.), variété sauvage. Roberty, 1954 : 54.

 

dâ ni blô, loc. V. DAH NI BLOH*.

 

daba (1), n.f. Usuel, (du mandenkan "houe"), oral, écrit, tous milieux. Sorte de houe traditionnelle à manche court dont on se sert pour retourner la terre et pour sarcler. C'est le symbole de la paysannerie. Le village fournit beaucoup de houes dites dabas. Binger, 1892, I : 136. Ce qui est probable, c'est qu'à cette époque, l'instrument aratoire par excellence était la daba telle que la fabriquent encore les forgerons de village. Du Prey, 1962 : 29. Tandis que le peuple peinait à la tâche, la daba en main*[.]. A. Koné, 1976 : 33. Je crois que je ne peux plus tenir la daba . Koné, 1976 : 42. Le concours de labour à la daba se poursuivait [.]. Ibid : 55. Dans la brousse*, on sait bien que la daba, la large daba, nécessite des bras puissants. Kitia Touré, 1979 : 22. Comme je ne trouvais pas dans ma vie de fonctionnaire le bonheur espéré, je me suis converti à la daba. FM., 30.05.1980. Il faut les [: les Sénoufo] voir dans leurs rizières, leurs champs de canne à sucre ou leurs hectares de tomates, manier leur fameuse daba, houe à large lame qu'ils utilisent aussi bien comme bêche que comme pelle ou même charrue à main. Conte, 1981 : 40. Quand j'ai eu quinze ans je n'ai plus gardé les boeufs, j'ai pris la daba. Deniel, 1991 : 37. Le prix du carburant [.] ne permet pas de mettre à la retraite la daba ou la machette* pour embaucher le tracteur ou le motoculteur. L'oeil du peuple, 29.03.1995.

ENCYCL.: la daba peut éventuellement servir d'arme. Baya accuse sa femme de maléfice et l'abat d'un coup de daba. FM , 31.01.1980.

LOC.: labour à la daba, prendre* la daba : ‘’ travailler la terre" , se convertir* à la daba : "retourner à la terre", ne plus pouvoir tenir* la daba : "être trop vieux ou trop malade pour cultiver la terre".

 

daba (2), dagba, v. inv. Argot nouchi, (du mandenkan "grande gueule"), fam.. Manger, "bouffer". Mon vieux* daba  gawamalo*. (: Mon vieux bouffe du riz de mauvaise qualité., Informateur, Abidjan, 1990).

SYN.: badou,* daler*, dagba*, pôtô*.

DER.: dabali */ dagbali*.

 

daba (3), v. inv. Dispon., (du mandenkan : "bouche-taper), argot nouchi, fam.  Frapper. Ils ont daba le grahou*"(: Ils ont frappé le petit voleur., Informateur, Abidjan, 1990).

 

dabali, dagbali, [dabali] / (dagbali], n.f. Dispon., argot nouchi, (du mandenkan), fam. Nourriture. Je m'en vais mlounmloun* dabali. ( : Je vais faucher de la bouffe., Informateur, Abidjan, 1990). "Dabali": manger [.] Ces différents termes empruntés au langage nouchi*, font partie aujourd'hui du lexique zouglou*. Ivoir'Soir, 15.10.1997.

SYN.: badouko*, potoli*.

 

dabé, [dabe], n.m. Spéc., (flore), (de l'attié  <ndabé>). (Erothroxylum emarginatum Thonn.). Arbre de la fam. des Erothroxylacées à bois rougeâtre et à fût sinueux. Le dabé atteint  25 m. de hauteur environ. Aubreville, 1953, I : 366.

ENCYCL.: il perd ses feuilles en février-mars et de nouvelles feuilles de couleur rouge apparaissent.

SYN.: dahain (abé), pépéçia (agni)

 

dabéma, [dabema], n.m. Spéc., (flore), mais fréq. (Piptadeniastrum africanum [Hook f] Brenan). Un des plus grands arbres exploités de la fam. des Légumineuses Mimosacées au feuillage fin, à la cime en parasol. Bois de cet arbre qui présente les caractéristiques suivantes : bois tertiaire jaune ou brun, lourd, à mauvaise flottabilité, ne nécessitant pas de traitement de protection. Utilisé pour la menuiserie et le tranchage. Le fût du dabéma est droit, cylindrique. Aubreville, 1953, I : 224. Les gigantesques dabémas aux puissantes racines s'en allaient tout déracinés, broyés, pulvérisés. Dadié, 1955, 88. Arnaud /Sournia, 1980 : 30.

COM.: dabéma est le nom-pilote de ce bois. CTFT, 1989 : 390.

SYN.: aké (ébrié), akassanoumou (agni), béné béné (gouro), blé (yakouba), gano/galo (krou), gô (ouobé/guéré), gobo (bété) .

 

dabila, [dabila], n.m. Spéc., (alimentation), (du mandenkan "bouche laisser"), nord. Levure de bière de mil que l'on récupère au fond des canaris. Il faut du dabila pour faire le dolo*. (Informateur, Ferké, 1983).

 

dagba, v. inv. V. DABA*(2).

 

dagbé, [dagbe], n.m. Spéc., (flore). (Soyauxia grandifolia Gilg. et Stapf.). Petit arbre de la fam. des Medusandracées, au bois dur, d'un brun violacé. Aubreville, 1959, III : 42.

 

dago, n.m. Assez fréq., (patronyme kru, du nom du personnage d'une célèbre bande dessinée ivoirienne "Dago à Abidjan") oral surtout, fam., mésolecte, ironique. Péquenaud, rustaud, guignol. Désigne de façon péj. un homme identifié comme un pauvre paysan peu habitué à la grande ville. Les personnes qui viennent à Abidjan comme les personnes qui viennent d'ailleurs sont taxées de "dago" parce qu'elles n'ont pas connaissance des informations de fraiche date ou des techniques nouvelles, enfin de tout ce qui est d'actualité. Caummaueth, 1988 : 110. La marchande dioula est assise [.] de même que le dago à pipe de terre. Tierno Monenembo, 1993 : 36. Vous tous, dans ce bus, vous n'êtes que des dago sans chaussures ! Ibid : 43.

COM.:"dago" ne prend pas la marque du pluriel.

COMP.: dago sans chaussures.

SYN.: gawa*.

 

dah ni bloh, dâ ni blô, [daniblC], loc.adv. Argot nouchi, (par allusion au titre d'une chanson très appréciée de S. Kassi, en 1990, blo serait la forme nouchi de "bluffer"), oral, fam., mésolecte. C'est pas du bluff ! Sûr qu'avec lui  [Alpha Blondy] ce ne sera pas dâ ni blô. FM., 31.12.1990. Serge Kassi, lui qui n'en est pas à sa première K7 saura aussi rappeler avec sa verve habituelle qu'il est bien le père de "c'est pas dah ni bloh" le morceau fétiche de 1990. FM., 06/07.02.1993.

 

dah-koumou, n.m. V. DAKOUMOU*.

 

daïe, [daj] n.f. V. DAILLE (2). Une fille, c'est tour à tour une go*, terme général, une daïe* ou un steki* pour une chérie, une awoulaba* quand elle est belle ou plus prosaiquement un produit* pour celui qui ne voit en elle qu'un objet à consommer. Krol, 1994 : 216.

 

daille (1), daye, die, [daj], adj. Fréq., argot urbain., (de l'anglais "mourir"), oral, fam, pej.

1- Ivre-mort, complètement saoul. En parlant de drogue, "pété". Tu étais tellement daille que tu tenais pas debout! (Abidjan, étudiant, 1983). Etre daille, bon, c'est le langage qui est plutôt employé par les alcooliques, c'est aussi employé par les drogueurs*. Caummaueth, 1988 : 71. Si demain [.] un véhicule m'écrasait, les gens diraient que j'étais trop die sous l'effet de la drogue. ID., 16.04.1989. En clair, si vous êtes deux à boire des Guinness, si le premier est "daille" et le second pas, c'est parce que les parents du premier lui ont "légué quelque chose". Ivoir'Soir, 16.06.1998.

DÉR.: dailleur*.

2- daille (être ---- de qqun), loc. verb. Par translation, être amoureux fou (d'une jeune fille) au point de dépendre complètement d'elle. Etre daille de cette fille, quoi encore, c'est pour dire qu'il est follement amoureux de cette fille. (Informateur, Abidjan, 1990).

SYN.: être fan* de, être mouk* de, être tué* de, pouvoir se destroy*, pouvoir se détruire*, pouvoir se dja*, pouvoir se fan*, pouvoir se mourir*, pouvoir se tuer*.

 

daille (2), daye, daïe, [daj], n.f. Argot estudiantin et urbain, (anglais "mourir"), oral, fam. V. GADI*.

1- Petite amie, "pépée". Djo*!, t'as vu la daille qui va là ?  Zazou, n° 12, 1981. La daille, ce jour-là, devra se défaire des contraintes du groto* si elle en a un. Campuslexique, 1979 : 4. Daye : la jeune fille qui pourra aussi être la gadi*, la go*, le carreau*, la mama* ou, si d'aventure elle est un peu légère, la gnin*, la sao*, le second bureau* ou la tchamp*. ID., 23.02.1986. La daille, bon, c'est le terme courant que les jeunes utilisent pour qualifier une jeune fille. Caummaueth, 1988 : 70. Il veut que je devienne sa daye forcée. ID., 18.03.1989.

COM.: le terme peut devenir très péj si un homme l'emploie en faisant référence à son épouse.

SYN.: bouille*, carreau*, daille*, gadi*, gnin*, go*, gomon*, mama*, produit*, sao*, soupe*, stéki*, tchamp*.

2- daille, (vraie ---- ), n.f.

a + Précédé d'un possessif : Petite amie attitrée d'un garçon. Je viendra te présenter ma vraie daille aujourd'hui. Caummaueth, 1988 :

SYN.: titus*. 70.

b + Précédé d'un article : pin up, belle fille, sacrée nana. La vraie daille, elle a toutes les qualités réunies: c'est celle qui est belle, qui a également la forme que l'on recherche et le caractère. Caummaueth, 1988 : 71.

 

dailleur, [dajZr], n.m. Argot urbain, (dérivé hybride de "to die"+ suffixe français -eur), oral, fam., mélior. Gros buveur, "gosier en pente". Papa est un amateur de bière aussi et il trouve un certain plaisir à ce que'on l'appelle dailleur. Kitia Touré, 1979 : 40. Il est fier d'être un dailleur ! (Etudiant, Abidjan, 1990).

 

dakota, n.m. Vx. (par allusion au gros avion de transport du même nom), oral, fam., plaisant. Mâle ailé de la fourni-magnan (Anomma nigricans), gros insecte noir à abdomen long et recourbé, au vol bruyant, qui vient la nuit autour des lampes. Attention au dakota, près de ta  tête ! (Enseignant, Ferké, 1973).

 

dakoumou, dah-koumou, [dakumu], n.m. Dispon., (alimentation), (du mandenkan "hibiscus sabdariffa"), nord surtout. V. DA*. Feuilles du dâ* (Hibiscus sabdariffa) utilisées comme condiment entrant dans la préparation de nombreuses sauces*. J'ai acheté du dakoumou au marché d'Adjamé, la sauce aura bon goût. (Secrétaire, Abidjan, 1984).

SYN.: dâ*, oseille*, oseille de Guinée*.

 

daler, daller, v. tr. Argot nouchi. (argot français "dale" : faim.), fam. Manger. On va daler ? J'ai un peu* les pierres*. (: On va manger ? J'ai un peu d'argent., Informateur, Abidjan, 1990).

SYN.: badou*, daba*, dagba*, poto*.

 

daller, v.tr. V. DALER*.

 

dama (1), n.f. V. BICHE-ROBERT*.

 

dama (2), n.f. V. NDAMA*(2). Si la dama est réputée pour sa résistance.[.]. FM., 04.04.1980.

 

daman, n.m. Spéc., (faune), mais fréq. Terme générique désignant deux espèces différentes de la fam. des Procaviidés : le daman d'arbre et le daman de rocher.

1- daman d'arbre[s], surtout manuels. V. AHUA*. (Dendrohyrax arboreus Smith). Petit mammifère forestier, acaude, nocturne, au pelage foncé et épais dont le cri puissant est très caractéristique. Les damans d'arbres se signalent dans la forêt par leur cri particulier qu'on peut traduire par ahuha. On les désigne souvent sous ce nom. Roure, 1962 : 63. Le daman ressemble à un rongeur mais appartient à l'ordre des Hyracoides, ce qui le rapproche davantage de l'éléphant que du rat. Ses doigts sont garnis de petits sabots. Oberlé, 1983 : 24. Les damans d'arbres [.] se signalent quotidiennement en criant entre 21-23 heures et 3-5 heures. Le cri commence faiblement comme un soupir puis s'amplifie et est répété jusqu'à 150 fois à brefs intervalles, devenant un hurlement extrêmement fort, audible jusqu'à 3 km, puis cesse brusquement. Haltenorth /Diller, 1985 : 105. Signalé (Marahoué, Taî, Azagny). Bousquet, 1992 : 163.

SYN.: ahua*, daman noir.

2- daman de rocher[s], surtout manuels. (Procavia capensis Pallas). Petit animal savanicole, acaude, à la silhouette ramassée, végétarien et diurne, au pelage brun. A signaler à Duékoué [.] un daman de rocher mesuré : 50 cm de long, 18 cm de haut, sans tache jaunâtre sur le dos  Roure, 1962 : 64. Le daman de rocher, nocturne, vit dans le Nord. Oberlé, 1983 : 24. Haltenorth /Diller, 1985 : 107.

3- daman noir, V. AHUA*, DAMAN D'ARBRE. [.] trois cent soixante six fois le daman noir / Use sa voix dans la nuit noire. Zago Bia, "Nuit d'Afrique" FM., 09.03.1982.

 

damance, ndamance, [damSs], n.f. Spéc., (élevage), mais fréq., (mot-valise  composé  à  partir de "dama*" et du mot "abondance"), oral, écrit.  Nouvelle race de bovin créée en Côte d'Ivoire par croisement entre la vache locale ndama* très résistante à la maladie du sommeil et la race alpine "Abondance" plus fragile et meilleure productrice de lait. Tout comme l'arabusta* en matière caféière*, la Côte d'Ivoire possède désormais une nouvelle race bovine en production animale: la damance. FM., 04.04.1980. Aussi le ministère de la Production animale [.] suit-il en ce moment 203 sujets, des damances issues d'une expérience d'insémination artificielle. FM., 05.04.1980.

 

dame des eaux, n.f. V. MAMIE* WATER.

 

damer sur qqun, v. tr. Argot urbain, oral, fam, péj., jeunes. Frapper (qqun), taper (qqun), tomber dessus, s'acharner physiquement ou moralement sur qqun. Et puis les petits, on dame dessus. (Informateur, maquis abidjanais, 1995). Quand je dis quelque chose, pourquoi les gens dament sur moi? (Corpus Lycéennes, Abidjan, 1995).

 

damier, n.m. Dispon., oral, écrit, mésolecte. Jeu de dames. Kouadio, viens! On va jouer au damier ! (Chauffeur, Abidjan, 1980). J'avais beaucoup de copains et on jouait au damier ou au lido*. Deniel, 1991 : 156. Le damier, c'est un peu difficile. (Lycéen, Abidjan, 1991).

 

damiste, n.m. Dispon., oral, écrit, mésolecte. Joueur pratiquant le jeu de dames. Je ne suis pas bon damiste comme mon frère ! (Universitaire, Abidjan, 1989).

 

dan, n.m. V. CAILLOU*.

 

danévi, [danevi], n.m. Spéc., (flore). (Xerroderris chevalieri [Dunn] G. Rob.). Plante de la fam. des Fabacées à feuilles et grappes florales rassemblées au sommet des branches. Roberty, 1954 : 212.

 

danse, n.f. Fréq. (tradition), oral, écrit, tous milieux, mélior.

1- Fête au cours de laquelle sont pratiquées des danses collectives traditionnelles S. vit son mari venir. Et elle s'interrogea de savoir pourquoi son homme venait-il [sic] à cette danse coutumière strictement réservée aux femmes. FM.,15.01.1980.

ENCYCL.: certaines de ces réunions peuvent être exclusivement réservées à l'un des deux sexes.

2- Groupe particulier de danseurs, groupe folklorique.On avait donné l'ordre qu'on fit venir certaines danses typiques [.]. Il y aura forcément le goli*, le zaouli*, des danses poros* du pays sénoufo, celles du pays bété sans parler de l'abissa*, le nolé, danses éburnéennes*, aussi typiques, aussi variées, aussi colorées les unes que les autres. Anoma Kanié, 1978 : 116. Préparez vos danses; des camions iront chercher les danseurs dès cinq heures du matin. Kitia Touré, 1979 : 8. Quinze mille [francs] étaient allés dans la caisse de la danse*, trois mille pour faire boire les danseurs à satiété mais il y avait tout juste un peu de koundjadjo*,  les deux autres mille avaient été donnés à la cantatrice*. Kitia Touré, 1979 : 15. Les membres de la danse Moyeho d'Azuretti, sous-préfecture de Grand-Bassam, remercient toutes les personnes qui les ont aidés lors de la sortie* de leur danse. FM., 18.01.1982. Chaque village a une forêt sacrée d'où part sa danse. FM., 19.04.1982. Toutes les danses du terroir ont fait le déplacement. FM., 26.10.1990. Les danses sacrées anciennes des castes et races* sénoufo, bambara, mossi, bobo, forgeron* et dioula* s'animèrent du bolloda* aux bois sacrés* environnants. Kourouma, 1990 : 280. Le PDCI a fait appel à près de dix danses (environ 20 personnes par danses)[.]. L'oeil du peuple, 13.03.1996. Plusieurs danses sont sorties de leur retraite pour saluer les fils et filles retournés au terroir. Des rythmes comme l'Adjoss, le Guédégnéli, le N'Gbo,... battaient leur plein. Ivoir'Soir.14.04.1998.

ENCYCL.: chaque danse porte un nom particulier, présente des pas différents et possède sa propre valeur symbolique. [.] la danse du masque long ou des échasses où l'échassier* vêtu de cotonnade rayée bleu et blanc , comme son escorte, tournoie à trois ou quatre mètres au dessus de la foule [.], la fantastique m'ninnin ou danse des jongleurs de Man qui lancent en l'air en les faisant tournoyer avant de les recevoir - l'illusion est extraordinaire- sur la pointe de deux poignards... des petites filles. David, 1986 : 121. Pour la petite histoire, sachez que la danse Adjanou qui est une danse rituelle [: pour faire tomber la pluie] n'est exécutée que par des femmes d'un certain âge, notamment celles qui ne sont plus en mesure de procréer. Ivoir'Soir, 15.04.1998.

LOC.: sortir* une danse.

3- danse du cercueil, loc.nom. Spéc. (tradition). Appellation désignant l'interrogatoire* du mort durant laquelle le corps du défunt, porté sur les épaules de certains de ses proches, guide ceux-ci devant le responsable de ce décès, lors d'une cérémonie à laquelle participent tous les habitants du village et toute la famille du disparu. Il avait été l'initiateur de cette danse du cercueil de son cousin qui avait humilié ce mangeur *d'âme. Détective, 22.02.1993.

SYN.: interrogatoire* du mort.

 

danser, v.tr. Fréq., (tradition), oral, écrit. Entre dans un certain nombre de formations locales.

1- danser au nom de quelqu'un, loc.verb. Mésolecte, basilecte, mélior. Danser en l'honneur de quelqu'un. On va manger. Puis on va danser à ton nom. Du Prey, 1979 : 39.

2- danser l'abissa, loc.verb. V. ABISSA*.

3- danser le masque, loc.verb. Assez fréq. oral, écrit, tous milieux, mélior. Porter le masque* et exécuter les pas traditionnels du masque que l'on porte. [.] en même temps, tous les adolescents apprennent à danser le masque familial. FM., 04.03.1980.

4- danser un accueil, loc.verb. oral, écrit, tous milieux, mélior. Célébrer une cérémonie de bienvenue pour l'arrivée d'une personnalité, cérémonie à laquelle participent toujours les groupes folkloriques de danseurs de la région. [.] la foule enthousiaste qui lui dansait un accueil [.]. A. Kourouma, 1990 : 28.

5- danser le cercueil, (faire ---- ), loc.verb. Assez fréq., (calque des langues loc.), sud, oral, écrit, mésolecte. V. MANGEUR* D'ÂME. Procéder à l'interrogatoire du mort* afin d'apprendre qui est à l'origine de cette disparition et par quel procédé elle a été obtenue. Les jeunes retournés à la terre, non contents* de la mort d'un des leurs, se décident à faire danser le cercueil. Détective, 22.02.1993.

ENCYCL.: devant tout le village rassemblé, le mort porté sur les épaules de ses amis et parents, dirige ses porteurs vers le responsable conscient ou inconscient qui, par sa sorcellerie, a mangé l'âme* du défunt.

SYN.: interroger* le mort.

 

danseur/ danseuse, n.m. ou f. Fréq., oral, écrit, tous milieux, mélior. Membre d'un groupe de danse traditionnelle. La cérémonie a commencé par une danse des initiés exécutée par les huit Kpa Lissè Yêbô ou danseuses-voyantes, ces femmes respectables qui perpétuent les valeurs mystiques de cette localité rurale. FM., 21.10.1982. Les danseurs de panthères de Vaou près de Vavoua sont sortis* du bois* sacré. David, 1986 : 120.

ENCYCL.: la plupart de ces danses sont apprises au cours de l'initiation* et ont un caractère sacré et mystérieux.

COMP.: danseur de panthères, danseur-jongleur, danseur sur échasses, danseuse-voyante.

 

dao, [daw], n.m. Spéc., (flore), (de l'abé). (Trichoscypha arborea A. Chev.). Petit arbre de la fam. des Anacardiacées identifiable lors de la floraison par de très grandes inflorescences rouges pyramidales qui mesurent 0, 80 m. de haut, puis lors de la fructification par de grandes grappes de fruits rouges mesurant 0, 50 m. Aubreville, 1959, II : 195.

SYN.: alakoui (agni), allahia (ébrié), .

 

daocou, [dawku] n.m. Spéc., (flore), (de l'attié.). (Bosquios phoberos Baill.). Arbre moyen de forêt dense humide ou de galerie forestière. Aubreville, 1953, I : 68.

ENCYCL.: il produit un latex qui devient rouge violacé en se desséchant.

SYN.: nantié (wobé), ouka mlé / mbaki bakié (baoulé).

 

daokro, [dawkro], n.m. Spéc., (flore), (de l'abé). (Trichoscypha yapoensis Aubr. et Pellegr.). Petit arbre côtier à écorce rouge exsudant de la résine odorante, de la fam. des Anacardiacées. Aubreville, 1953, II : 193.

 

d'après que, loc.adv. Assez fréq., oral surtout , nord, scolarisés moyens et non scol. Emploi en tête d'énoncé visant à rapporter une information que l'on a reçue sans en préciser la source : d'après la rumeut publique, à ce qu'il paraît, d'après ce que l'on raconte. "D'après que son fils s'est marié?"-"Oui, c'est ce qu'on m'a dit.". (Chauffeurs, Abidjan, 1981)

 

darama, n.m. V.-DROME*.

 

darcassou, darkassou, n.m. V. ANACARDIER*, POMMIER*-CAJOU.

 

darkassou, n.m. V. ANACARDIER*, POMMIER*-CAJOU.

 

dartre, n.f. Spéc., (santé), oral, écrit, tous milieux. Terme générique désignant toute affection cutanée plus particulièrement les mycoses provoquant une dépigmentation de l'épiderme. V. CHAMPIGNONS*. Il faut que tu soignes ce dartre sur l'épaule, regarde la couleur rose s'étend!  (Infirmière, Abidjan, 1987).

DÉR.: dartrier*.

 

dartrier, n.m. Spéc., (flore). V. CASSE* AILÉE. (Cassia alata Linn.). Plante cultivée à feuilles allongées et long épi de fleurs d'un jaune orangé. Le dartrier, originaire d'Asie [.] est utilisé en Côte-d'Ivoire pour ses propriétés purgatives, fébrifuges et son action sur les dermatoses. Bouquet /Debray, 1974, b : 56.

ENCYCL.: le suc du dartrier passe pour avoir des vertus curatives sur les affections de la peau.

SYN.: casse*, casse ailée, cassia*.

 

dassou, [dasu], n.m. Spéc., (alimentation), (du dida). Sorte de ragout qui est consommé avec du foutou*-banane. Le plat préféré de mon mari c'est le Dassou. C'est une sauce* à base d'huile* de palme, de potasse*, de viande, d'escargot*, de poisson fumé, une spécialité du pays dida que je lui prépare tous les dimanches. Ivoir'Soir, 15.19.1997.

 

datou, [datu], n.m. Spéc., (alimentation), (du mandenkan : "oseille touffe"), nord. V. DA*. Condiment à odeur forte fabriqué à partir des graines de dâ* (Hibiscus sabdariffa). Le dakoumou est un condiment apprécié ici. (Informateur, Odienné, 1983).

 

datte, n.f. Spéc., (flore, alimentation), mais fréq., oral, écrit, tous milieux. V. DATTIER* NAIN. Fruit sucré et noirâtre à maturité d'un petit palmier épineux assez répandu sur le littoral. Auparavant, avec l'approche des Rameaux, ils se livraient à la cueillette des dattes. Dadié, 1973 : 132.

DÉR.: dattier* nain.

 

dattier, n.m. Spéc., (flore).

1- dattier [des îles Canaries], (Phoenix canariensis Host.). Grand palmier ornemental introduit depuis longtemps. Roberty, 1974 : 374.

ENCYCL.: l'arbre femelle porte de gros régimes de fruits non comestibles.

2- dattier nain, dattier des marais, dattier sauvage, (Phoenix reclinata Jacq.). Petit palmier épineux du littoral. Roberty, 1954 : 374. Ils se jetaient dessus pour presqu'aussitôt aller s'abattre ailleurs sur un autre dattier sauvage plus riche en grappes. Dadié, 1973 : 132. Il y avait aussi des touffes de dattiers nains. Ibid., 190.

ENCYCL.: cet arbre porte des régimes de toutes petites dattes sucrées, noirâtres à maturité et dont les enfants sont friands. V. DATTE*. Son bois dur sert à confectionner des poteaux et des pièges.

 

daurade, dorade, n.f. Spéc., (faune). Appellation désignant localement des poissons fort différents.

1- Désigne le coryphène* ce qui, selon les spécialistes, est à proscrire, les vraies dorades étant des Sparidae. Seret /Opic, 1981 : 200.

2- Désigne le Pagrus ehrenbergi Valenciennes ou pagre*, poisson de mer d'environ 60 cm, de la fam. des Sparidae, au corps comprimé rosé à points bleus sur le dos. Aldrin /Noyer /Bregeat, 1972 : 75 bis. Seret /Opic, 1981 : 234.

SYN.: pagre à points bleus*.

3- daurade grise, (Cantharus cantharus). Poisson gris brun portant des lignes longitudinales peu marquées, d'environ 32 cm, fam. des Sparidae. Les daurades grises sont plus rares que les autres daurades. Aldrin /Noyer /Bregeat, 1972 : 76.

ENCYCL.: c'est l'appellation AFNOR mais localement ce poisson est plus souvent nommé griset*. Un autre poisson répond aussi parfois à l'appellation" daurade grise" c'est le Plectorhinchus mediterraneus Guichenot. V. CARPE* BRUNE.

SYN.: griset*.

4- daurade rose, n.f. Appellation désignant localement le gros Dentex gibbosus Rafinesque = D. filosus Valenciennes (V. BOSSU*, DENTE*), poisson de mer côtier à la couleur rose rouge, de la fam. des Sparidae, au museau arrondi portant deux fortes canines et une grosse bosse frontale. Les gros Dentex sont appelés daurades. Aldrin /Noyer /Bregeat, 1972 : 74 Chez les daurades, les vieux mâles portent souvent une grosse bosse frontale. Seret /Opic, 1981 : 234.

ENCYCL.: la 3ème épine dorsale est prolongée par un long filament.

COM.: la plupart des Dentex des autres espèces (V. DENTÉ*) sont également commercialisés sous l'appellation de "daurade rose".

SYN.: bossu*, denté*.

 

dawa, [dawa], n.m. Argot urbain, (du mooré. "homme"), oral, fam., basilecte, péj., sud. Homme de peu de valeur, minable, pauvre type. Hé dawa , Tu viens faire quoi à Abidjan ? (Dispute entre étudiants, Abidjan, 1980).

SYN.: bagas*(part.), baragnini*(part.), donita*(part.), cacaba*(part.), dawa*(part.), fougari*, kaya-kaya*, gawa*(part.), ouyo-ouyo*(part.), pousse-pousse* (part.), wotro*(part.).

 

daye, n.f. V. DAILLE (1)*. [.] on ne peut pas oublier le jour de son mariage, même quand on est daye. Ivoir'Soir, 05.05. 1997.

 

DCS, n.m. Dispon., argot urbain, (sigle pour "Deux chambres-salon"), oral, péj. Sigle désignant familièrement un crâne dégarni, une calvitie, par référence à un grand appartement dans lequel le mobilier normal semble rare et insuffisant, "patinoire à mouches". Deux chambres-salon pour un avocat. (titre). L'homme que l'on connaissait très chauve a vite fait d'aller se faire planter des cheveux sur la partie dégarnie du crâne. Pourtant D. qui ne nourrit aucun complexe exhibe fièrement son "DCS" (Deux chambres-salon) réputé pour être le signe de la haute intellectualité. L'oeil du peuple, 13.03.1996.

 

de, prép., adv. interrog. Fréq. , oral surtout, basilecte.

1- de + infinitif, prép. C'est l'équivalent de "pour" + infinitif. Elle m'a envoyé au marché d'aller payer* bananes*. (Chauffeur, Adjamé, 1983). Elle m'appelle toujours de venir la tresser*. (Coiffeuse, Abidjan, 1984).

2- de + infinitif, adv. interr. Suivi de l'infinitif et portant un ton haut, "de" sert à introduire une question : est-ce que ? De partir tout suite ? (: Est-ce que je peux partir maintenant ?, Chauffeur, Abidjan, 1980). De plucher* légumes ?" (: Est-ce que j'épluche les légumes?, Boy-cuisinier, Abidjan, 1983).

 

dè ! dê !, dé !, [dD], interj. Fréq., (du mandenkan "particule énonciative à valeur intensive", du baoulé "vraiment, c'est sûr"), fam., mésolecte, basilecte. Marque insistance ou stupéfaction. Demandez Dieu! Walaï*, c'est lui seulement qui connaît, dè. Bolli, 1977 : 29. Eh ! patron, le vieux que tu vois-là, il est très riche dê. Oussou-Essui, 1979 : 37. Non, tout cela n'était qu'un travail de karamoko* dé, de débutants, d'apprentis marabouts*. A. Koné, 1980 : 46. Mais qui est fou* dé? Qui va te prêter encore l'argent ? (Etudiant, Abidjan, 1983). Aujourd'hui là*, moi je meurs avec* toi dè! (: Je meurs d'amour pour toi, sûr et certain !, BD., Nouvelle Presse, 22.04.1993). Il s'interrompait toutes les dix lignes pour commenter sa lecture par des exclamations typiquement ivoiriennes en perchant la voix dans l'aigu sur les dernières syllabes :" Ah ! Mais cet enfant -là dê, il a pas eu de chance dans la vie [.]. Dieu lui viendra en aide à celui-là, il a eu trop* de courage dê ! Krol, 1994 : 175. Les Ivoiriens extériorisent souvent leur émotion avec exubérance en multipliant les Mmm, les dê en fin de phrase, les ’’Tu vois ça non?" et autres exclamations communicatives montrant qu'ils compatissent sans pour autant prendre une mine compassée. Ibid. : 175. Il a été obligé de descendre de la caisse pour la pousser [.]. Houuum, c'était plus que pluie du matin dè ! Top Visages, 30.03/05.04. 1996. Alors sa peine, il la purgera chez lui à domicile. Prison comme ça, c'est doux*, dè . Ivoir'Soir, 05.08.1997.

SYN.: ké*, même*, trop* même.

 

, [dD], v. nv. Argot nouchi, oral, fam. Regarder. Dê le you*! (: Regarde le policier, Informateur, Abidjan, 1990).

 

de caste, loc.adj., V. CASTÉ*.

 

de toutes les façons, loc.adv. Usuel, tous milieux. V. FAÇON*. De toute facon. Il avait ajouté que, de toutes les façons, les vieux ne comprenaient rien à la vie actuelle. Koné, 1980 a : 33. De toutes les façons* rien ne pouvait me faire penser que ce bangui* là n'était pas du vrai bangui. FM., 19.11.1980. De toutes les façons, c'est ce que nous vous aurions conseillé [.] FM., 22.01. 1982. De toutes les façons, l'Etat ivoirien dispose de tous les moyens pour faire la part des choses. FM., 09.11.1983. De toutes les façons, le dernier mot lui reviendra. FM., 29.11.1990. De toutes les façons, je ne cherche pas à faire des affronts à qui que ce soit. Jeune démocrate , 15.02. 1993.

COM.: "de toute  façon " ne semble pratiquement pas usité localement.

 

déballé, (être ---- ), loc.verb. Argot estudiantin, (frcs balle : "fric"), oral. Etre fauché, ne plus avoir un sou. Mon chéri-coco* était déballé. On a pas pu aller en boîte. (Secrétaire, Abidjan, 1990).

 

débourrage, n.m. ISpéc., (industrie). Action d'enlever les fibres (V. BOURRE* DE COCO) qui entourent la noix de coco. La section de débourrage mécanique des noix*. Elle est exécutée par des machines à couteau et écarteurs traitant les noix une à une. Après débourrage, les noix de coco et les bourres sont triées manuellement. FM., 06/07.02.1982.

 

débourser, v.tr.dir. Assez fréq., oral, fam., mésolecte, péj. Ruiner quelqu'un, l'appauvrir, littéralement," lui vider la bourse". Il lui a fallu la voiture, puis l'appartement, maintenant la sape*; elle va le débourser complet*. (Secrétaire, Abidjan, 1982).

 

débrouillard, n.m. Dispon., oral, fam. mésolecte, péj. Personne qui survit financièrement grâce à divers petits boulots, voire à certains expédients. Les groupes zouglous* ont proliféré dans la capitale, constitués d'étudiants recalés ou démissionnaires, de déscolarisés*, de vagabonds, de débrouillards et autres désoeuvrés ayant un peu ou beaucoup de talent à défaut d'autre chose. Krol, 1994 : 213.

 

débrouillardise, (faire la ----), loc.verb. Dispon., oral, mésolecte, basilecte, fam. V. DEBROUILLER 1. Avec les copains, nous avons fait la débrouillardise. Nous avons pillé et chapardé de la nourriture. Kourouma, 2000 : 141.

 

débrouiller, v. Fréq., oral, mésolecte ou basilecte, péj.

1- v.intr. Se débrouiller (pour survivre, pour gagner de l'argent, pour vivre d'expédients, pour arranger une affaire ennuyeuse, pour régler un problème avec la police,...). Tu m'as trouvé aujourd'hui je suis en train de débrouiller, c'est ça là je fais pour gagner mon pain. A. Touré, 1985 : 113. Ivoiriens Ivoiriennes c'est pas gâté* / on a débrouillé on a gagné/. (Chanson "On a débrouillé on a gagné", Groupe Les pros du Far, corpus T. 1994). L'apprenti tente de calmer les passagers : "On se débrouille" dit-il d'un ton léger; Ses paroles sous-entendent que le véhicule n'est sans doute pas en règle et que le chauffeur tente un arrangement  auprès des policiers. Ivoir'Soir, 13/14/15.02.1998.

SYN.: faire la débrouillardise*.

2- débrouiller, (se ---- ), v.pron., Sorte d'euphémisme signifiant se procurer de l'argent pour survivre, par n'importe quel moyen, prostitution, par ex.. Il y a des pères qui disent carrément à leurs filles que si elles veulent rester à l'école, elles n'ont qu'à se débrouiller [.]. Débrouille-toi, ça veut dire : ma fille tu as des seins et le reste, il faut t'en servir [.]. Celle qui n'arrive pas à se débrouiller d'une manière ou d'une autre passe pour une pauvre fille. Krol, 1994 : 61.

DER.: débrouillard*.

3- débrouiller-débrouiller, Loc.verb. Assez rare, oral, fam, mésolecte, basilecte. Formule signifiant qu'on va négocier une sorte d'accord à l'amiable, qu'on va chercher un terrain d'entente. Mais ne t'en fais pas. Nous allons débrouiller-débrouiller. Du Prey, 1979 : 150.

 

débrouissaillage, n.m. V. DEBROUSSAILLAGE*.

 

débrouissailler v.tr. Dispon., oral, basilecte, ouest. Débroussailler. C'est le lopin auquel il avait droit après les années qu'il avait passées comme manoeuvre à débrouissailler les terres d'un planteur* bété. Krol, 1994 : 178.

 

débroussage, n.m. Fréq. oral, écrit, tous milieux. Action de débroussailler, essartage. Toute l'école a fait le débroussage du nouveau terrain de sport. (Instituteur, Bouaké, 1979). Patron, le débroussage là, c'est fini. (Contremaître, Korogho, 1985).

SYN.: débroussaillage*, débroussement*.

 

débroussaillage, débrouissaillage, n.m. Dispon., oral, mésolecte. Essartage. Il faisait toujours du débrouissaillage dans les plantations de café et les champs de manioc. Krol, 1994 : 177. En moins d'une semaine, nous avons appris le débroussaillage à la machette*. (Animateur rural, Azaguié, 1978).

SYN.: débroussage*, débroussement*.

COM.: moins fréq. que débroussage.

 

débroussement, n.m. Dispon., oral, fam., mésolecte, basilecte. Action de débrousser*, essartage. Les prisonniers font le débroussement des bords de route. (Policier, Abidjan, 1980).

SYN.: débroussage*, débroussaillage*.

 

débrousser, v.

1- v.intr. Fréq., oral, écrit, tous milieux. Défricher un terrain de brousse* non encore cultivé. Avant, c'était la forêt. J'ai obtenu le droit de débrousser pour planter le cacao*. (Planteur, Daloa, 1978). Sur un terrain qu'aucun propriétaire ne revendique [.] ils débroussent. Bonnassieux, 1985 : 2.

2- v.tr.dir. Fréq., oral, écrit, tous milieux. Enlever les mauvaises herbes d'un terrain ou d'un champ précédemment entretenu. La route des caravanes [partant d'Aboisso] est régulièrement entretenue, nettoyée, débroussée. Du Prey, 1962 : 92. Un Burkinabè venu en 1972 dans cette zone  [: la périphérie de la capitale] a du débrousser pour pouvoir édifier un logement. Bonnassieux, 1985 : 89. Le garçon, lui, va débrousser la cacaoyère*. Deniel, 1985 : 105.

DÉR.: débroussage*, débroussement*.

 

décabossage, n.m. V. ECABOSSAGE*. Actuellement le décabossage se fait surtout avec une machine. (Ingénieur, Abidjan, 1982).

 

décabosser, v.tr ou employé absol. V. ECABOSSER*. S'il fallait décabosser tout ce tas à la daba*, tu te rends compte du temps! (Moniteur d'Agriculture, Daloa, 1982).

DER.: décabossage*, décabosseuse.

 

décabosseuse, n.f. V. ECABOSSEUSE*. Le GVC. va acheter une décabosseuse. (Planteur Daloa, 1985).

 

décalage, n.m. Fréq., argot zouglou, oral ,fam., jeunes, mélior. Démarche élégante, façon de marcher assurée, qui serait caractéristique du loubard et séduisante s'il s'agit d'une femme. [.] un certain Anouma Brou Félix qui s'est distingué en créant le "wami" une danse de décalage sur le côté. Ivoir'Soir, 01.10.1997. Elle est en joujou* de N'guessan à cause de son décalage. (: Elle s'est entichée de N'Guessan à cause de sa démarche de loubard, Informateur, Abidjan, 1990). Sa manière de marcher là, ça, c'est un décalage ! (Corpus maquis abidjanais, 1995).

 

décaler, v.intr. Fréq., argot zouglou, oral, fam., mélior.

1- Marcher avec assurance et élégance. Quand tu vois le tonton* décaler / on dirait un PDG or que* c'est un côcô. (Chanson "Les côcôs". Groupe Les côcôs. corpus.T., 1994).

DER.: décalage*.

SYN.: sincaler*.

2- fumer de la drogue. Des filles qui nous avaient rejoints entre-temps ont disparu. "Elles sont parties* décaler."c'est-à-dire fumer la drogue. [.]. Entre deux passes, entre deux demi-heures creuses, elles font le tour chez le dealer du coin ou à Treichville. Ivoir'Soir, 16.06.1998.

 

décéder avant son temps, loc.verb. Dispon., (tradition), (calque de langues locales), oral, mésolecte. Mourir prématurément. A la fin de la nuit des funérailles d'un individu décédé avant son temps, on convoque son âme pour qu'elle vienne citer celui qui l'a empoisonné ou ensorcelé. Deluz, 1978 : 232.

ENCYCL.: cela implique, localement, que la mort ne saurait être naturelle, qu'il y a eu acte de malveillance de la part d'une personne (mauvais sort jeté, empoisonnement,...).

 

décercler la veuve, loc.verb. Rare, (tradition), (calque de l'agni), sud. Couper la sorte de ceinture de fil qui enserre la taille d'une veuve et qui a pour sens rituel d'interdire à celle-ci tout rapport sexuel avec des membres de sa communauté. En pays agni [.] il existe une cérémonie [.] qui consiste à décercler la veuve. Celle-ci se donne à un ou plusieurs étrangers*[.] dont le premier coupe le cercle de fil qui enserre sa taille et l'empêche sur le plan rituel d'avoir des rapports sexuels avec des gens de sa communauté. FM, 20.05.1983.

 

décharger, (se ---- ), v.pron. Assez fréq. (tradition), oral, écrit, tous milieux. Déposer une charge que l'on porte sur la tête ou sur le dos. Sur la berge, l'homme aida la femme à se décharger. Kourouma, 1990 : 130.

 

déchavi, [deGavi], n.m. Spéc., (flore), (de l'attié). (Rauwolfia vomotoria Afz.). Arbuste buissonnant de la fam. des Apocynacées qui possède des vertus thérapeutiques selon les guérisseurs locaux. Aubreville, 1953, III : 196.

SYN.: bakaegbi (agni), brokouadiomoué (ébrié), inikichébi (attié), kolidiohi (mandenkan).

 

déclareur, n.m. Argot estudiantin, oral, fam., mélior. Séducteur, Don Juan. C'est le moment où les déclareurs doivent aussi se distinguer des petits* gars qui, par manque de dextérité ou d'expérience se rabattent sur les djandjous*. Campuslexique, 1979 : 8.

ANTON.: petit* gars.

 

déclassement, n.m. Spéc. (administration). Décision politique et juridique par laquelle une forêt classée est libérée pour être divisée en lots distribués aux paysans qui pourront la défricher. L'une des informations essentielles [.] est sans conteste, le déclassement de 50 000 hectares de forêt en faveur des paysans. FM., 23.02.1993.

 

décocage, n.m. Spéc., (industrie). Opération mécanique consistant à séparer coques et amandes de noix de coco. L'atelier de décoquage et de séchage , quant à lui, est très simple. La séparation des coques et des noix est assurée par un ensemble d'hydrocyclones, l'un étant affecté aux coques, l'autre aux amandes. FM., 06/07.02.1982.

 

décoller, v. intr. Fréq., oral, fam., mésolecte. Quitter un endroit, en voiture, pour un assez long déplacement. Quand nous avons décollé de Bongouanou, nous ne savions pas que notre voiture avait fait l'accident* sur la même route un an avant. (Entrepreneur, Abidjan, 1984). A Boundiali, on a décollé à 16 h. 30, on a roulé toute la nuit en passant par Korhogo et Séguéla. Deniel, 1991 : 67.

 

déconseiller, v.tr. Dispon., oral, écrit, mésolecte, basilecte. Donner de mauvais conseils, mal conseiller dans une intention malveillante. Mais tu ne vois pas que ce sont des faux types* qui te déconseillent?  (Etudiante, Abidjan, 1984). Celui qui dit de vendre maintenant, te déconseille. (Planteur, Bongouanou, 1994).

 

décorcer, v.tr. Assez fréq., oral, peu ou non scolarisés. Décortiquer, éplucher, une graine, une plante ou un fruit. Tu veux l'orange décorcée ? C'est trop doux* même ! (Marchande, marché Plateau, Abidjan, 1980). Attends ! Je décorce des arachides pour l'apéritif. (Institutrice, Abidjan, 1983).

 

décortiquerie, n.f. Spéc., (industrie). Usine de décorticage (pour le café en cerises, le riz,...). En fait, les décortiqueries ont l'avantage non seulement d'épargner aux paysans de lourds travaux (décorticage artisanal, triage), mais aussi de présenter au gouvernement une production très compétitive. FM.,17/18.11.1979. Le deuxième exemplaire du bulletin d'achat doit accompagner le produit lorsqu'il est livré à la décortiquerie . FM., 21.01.1981. Le café-coque* arrive à la décortiquerie. Nouvelle Presse , 22.04.1993.

 

décortiqueur, décortiqueuse, n.m.ou f. Spéc.,(industrie). Machine à décortiquer le café, le riz,... . Brahima avait déjà fait appel à un mécanicien pour venir réparer sa vieille décortiqueuse qui ne manquait jamais de tomber en panne. Koné, 1980 : 73. Venez vite voir les broyeurs à manioc* [.] décortiqueurs à riz et à café avec moteurs électriques ou diesel, fabrication ivoirienne ou hindhoue. FM, 02/03.10.1982. Un kilogramme de riz qu'une femme de chez nous doit préparer est pilé par une décortiqueuse. Où allons nous avec cela ? Guenaman Colbert, 1985 : 35. Une usine avec décortiqueuses et trieuses est montée. Courrèges, 1987, I : 14. Au loin la cacophonie d'une décortiqueuse de riz paddy*. Tierno Monenembo, 1993 : 160. La Côte d'Ivoire vend des machines agricoles: décortiqueurs mixtes à riz et à café [.] broyeurs à manioc*". [.] Nos décortiqueurs sont irrésistibles ! Démocrate, 21.04.1993. Un bon décortiqueur à café et à riz, c'est avant tout un bon moteur. (publicité). FM., 23.02.1993. Il possède deux décortiqueuses, une pour le riz, une pour le café, il vit de ça. Krol, 1994 : 178.

COMP.: décortiqueur mixte.

 

décortiqueuse, n.f. V. DECORTIQUEUR*.

 

découronner, v.tr. Dispon., (tradition), oral, écrit (litt.), péj. Déposer, déposséder de la couronne. Une fois, la génération* sortante envisagea de découronner la dynastie des Keïta. Kourouma, 1990 : 191.

 

décrépant, n.m. Fréq., oral, écrit, tous milieux. Produit servant à décréper les cheveux. Tu crois que ça fait du bien à tes cheveux tout ce décrépant ? (Mère de famille à étudiante, Abidjan, 1979).

 

décréter l'année blanche, locverb. Dispon., (administration), oral, écrit, intellectuels. Annuler par décret l'année universitaire entamée et marquée par des grèves importantes afin de recommencer à zéro une nouvelle année scolaire. Pour rattraper les mois de cours perdus, il aurait fallu décréter une année blanche et repartir de zéro. Jeune Afrique, 23/29.03.1995.

 

décrochage, n.m. Spéc., (administration). Fait pour les enseignants d'avoir été décrochés de la grille des salaires de la Fonction publique, afin d'être plus motivés par ces augmentations dans leur tâche estimée prioritaire.On ne parle que de nous, de notre décrochage, de nos congés et de nos vacances. Ils oublient que la profession d'enseignant est trop* exigeante. Guenaman Colbert, 1985 : 57.

 

décrou, [dekru], v.inv. Argot nouchi, (hybride français/mandenkan dé- + crou)., V. CROU*. Jeunes urbanisés. Rendre, restituer, remettre en plein jour, "refiler". Il avait déjà crou* les crika*[.], il va les décrou maintenant. (Jeune, Abidjan, 1995). Décrou le piair* ou ce sont les pompiers qui vont venir te chercher ! (BD.) Ivoir'Soir, 05.01.1998.

 

dedans, (être ---- ), loc.verb. Fréq.,fam., jeunes surtout. Etre dans le coup, être mêlé à quelque chose, avoir quelque chose à voir avec un problème donné. Si jamais tu casses un verre ou même une assiette chez eux, je ne suis pas dedans dè*, je ne t'ai pas envoyé ! Konaté, 1987 : 40. Désolé ! Je suis pas dedans ! Personne ne m'a rien dit. (Instituteur, Bouaké, 1979). Si on fait ça, la direction risque de nous sanctionner [.] et de nous exclure du lycée. Moi je ne suis pas dedans. c'est trop casse-gueule. Krol, 1994 : 204. Amusement où on prédit la mort des gens, nous on n'est pas dedans. Ivoir'Soir, 09.07.1997.

 

dédé, [dede], n.m. Spéc., (flore), (de l'abé).  (Ficus exasperata Vahl). Sorte de ficus qui n'exsude pas de latex, aux feuilles obliques légèrement dentées. Le dédé est un arbuste ou un petit arbre très commun. Aubreville, 1953, I : 74.

SYN.: mfaci (attié), asakué (ébrié).

 

dédja, [dedFa], v.tr.inv. Argot zouglou, oral, fam. Ouvrir (un sac, une mallette,...) pour en sortir qq chose. A midi-o* dans le jardin public / quand tu vois le tonton* dédja la mallette / les journaux / les gbofrotos* / souvent même l'attiéké*[.] . (Chanson "Les côcôs", groupe Les côcôs, corpus T., 1994).

 

défaire les cheveux (se ---- ), v.pron. Fréq. (tradition), (calque de lang. loc.), oral, écrit, tous milieux. Défaire les petites nattes qui servent de coiffure féminine, en signe de deuil. Des femmes se défont les cheveux, elles se défont la ceinture, se griffent le visag. Anoma Kanié, 1978 : 273.

ENCYCL.: cheveux défaits, ceinture dénouée, sont les marques rituelles de deuil pour les femmes, comme la tête rasée pour les hommes.

 

déféminisation, n.f. Dispon., (tradition), écrit, recherché, mélior., lettrés. Se dit de l'opération de la circoncision. Les parents qui ne laissent aucun répit au wanzan* défilent chez lui pour la déféminisation de leurs petits garçons. A. Touré, 1986 : 119.

ENCYCL.: la circoncision vise à faire disparaître toute trace féminine chez le mâle comme l'excision a pour objectif l'effacement de caractères physiques masculins chez la femme.

 

défendre qq'un de [+ inf.], v. r. Fréq., oral, peu ou non scolarisés. Défendre à qqn de faire qqch. Moi, je défends toujours mes enfants de s'approcher d'un chien. (Revendeuse, Abidjan, 1979). Son père la défend de sortir avec les garçons. (Secrétaire, Abidjan, 1983).

 

défense en ligne, n.f. V. CARTEL*. Lui aussi, a souvent recours au système de "défense en ligne" ou "cartel". Ivoir'Soir, 07.05.1998.

 

déflaté, n.m.ou f. Assez fréq., oral, écrit, lettrés, mélior. Victime d'une compression de personnel, licencié pour cause économique. Les 255 déflatés de la BNDA [.]. ID., 02/03.08.1990. Licenciement collectif à la C.A.A. Ce qui attend les déflatés. FM. 08.02.1993. On a cependant demandé aux déflatés de rester jusqu'à la fin de cette semaine [.]. Ivoir'Soir, 06/07/08.03.1998. Licenciement au Palm-Club : les déflatés ont reçu leurs chèques. Ivoir'Soir, 12.03.1998. Bouaflé: une déflatée dépouillée de ses droits. Dame* S.J., secrétaire récemment touchée par la mesure de compression des agents journaliers de la fonction publique a été dépouillée de la somme de 1.361.099 CFA à la gare routière de Bouaflé par un malfrat. Cet argent représentait ses droits de licenciement qu'elle venait de percevoir à Abidjan. Ivoir'Soir, 02.06.1998.

 

déflater, v.tr. Assez fréq., oral, écrit, tous milieux. Licencier pour compression budgétaire. [.] pour payer des agents journaliers en remplacement de ceux qui ont été déflatés. Ivoir'Soir, 15/16/17.05.1998. Mais comme on le sait, ce corps [conducteurs de bac] a été supprimé. Les agents des bacs comme tous les journaliers de Côte-d'Ivoire ont été déflatés et autant qu'ils sont, ont tous perçu leurs indemnités de licenciement. Ivoir'Soir, 02.06.1998.

 

déflation, n.f. Dispon., oral, écrit, lettrés. Surtout utilisé pour parler de la compression de personnel pour raison économique. Déflation des journaliers de la Fonction Publique. (Titre presse) Ivoir'Soir, 25.03.1998.

 

défrichement [social], n.m. Spéc., (administration.. Distribution à des paysans dépourvus de terres, de parcelles de la forêt domaniale afin qu'ils puissent les défricher et les cultiver. V. DECLASSEMENT*. Les programmes de défrichement social dans le département de Séguéla doivent permettre d'ici le mois de juin la réalisation de 1200 ha. de coton. FM., 28.02.1980. Défrichements sociaux : 26000 ha pour Bouaké, Katiola, Dabakala. (titre d'article) FM., 11.02.1983. La population de Vavoua demande des défrichements sociaux. FM, 26.01.1984.

COM.: surtout employé au pl.

 

défrisage, n.m. Usuel, oral, écrit, tous milieux, mélior. Traitement capillaire visant à rendre lisses des cheveux crépus, décrépage. Ce monsieur vendait différents produits pour le défrisage des cheveux de dames. FM., 22.12.1980. Fémina Coiffure vous propose le défrisage, le shampoing, le traitement du cuir chevelu, des produits de beauté, des tresses... Publicité ds FM., 15.01.1982. Les prestations sont essentiellement le défrisage et le démélage. FM., 17.04.1992.

COM.: "défrisage" est mélior. par rapport à "décrépage".

 

dégagement, n.m. Vx., oral, fam., surtout Européens. Soirée dansante organisée entre amis. On parle encore de ce dégagement ! Jamais de mémoire de broussard*, on n'avait vu de soirée pareille. (Commerçant, Man, 1975)

ENCYCL.: A l'époque coloniale, une soirée de ce genre marquait le départ définitif d'un colonial "dégagé des cadres" (d'où le nom de la soirée) ou nommé ailleurs.

 

dégager, v. intr. Vieilli, oral, fam., surtout Européens.

1- Participer à un dégagement*. A cette époque, les gens aimaient dégager: Le moindre départ en congé, la moindre arrivée, tout était sujet à dégagement*! (Vieux forestier, Sassandra, 1977).

2- Mener joyeuse vie, sortir beaucoup, fréquenter les boîtes de nuit. Il est jeune, il est friqué* et il dégage. Et alors ? (Barman, Abidjan, 1978). Il est donc normal que le pauvre K. et ses pauvres amis au comité National des supporters, avec leurs pauvres 2 000 000F, dégagent. Nouvel horizon, 12.02.1993.

SYN.: fêter*, nocer*.

DÉR.: dégageur*.

 

dégageur, n.m. Vieilli, oral, fam. surtout Européens. Joyeux luron, personne qui aime sortir et s'amuser, boute-en train. Tu n'as pas connu Albert ? C'était un  vrai  dégageur, toujours  le premier  pour boire, danser et rigoler ! (Officier, Abidjan, 1975).

SYN.: ambianceur*.

 

dégazage, n.m. Fréq., argot  urbain, oral , fam., péj. En sport, perte de forme, baisse de régime. Tu as vu le goalier*, ce dégazage ? C'est pas la peine*!  (Lycéen, Bouaké, 1980). Je suis en plein dégazage, après ces matchs. Il faut que je me repose. (Footballeur, Abidjan, 1988).

 

dégazer, v.intr. Argot, (sport), oral, fam., péj. En matière de sport, (football plus particulièrement), être en perte de vitesse, littéralement "ne plus gazer". Il est trop vieux pour rester professionnel, il dégaze maintenant ! (Etudiant, Abidjan, 1980). Si tu bois beaucoup, tu dégazes ! (Infirmier, Abidjan, 1984).

DÉR.: dégazage*.

 

dêgbê, [dDgbD], n.m. Dispon. ,oral, écrit, région de Korhogo. Cuvette contenant environ 4 kg, utilisée pour la vente de l'amande de karité*. Les femmes servent l'amande avec le dêgbê, une cuvette de 4 kg. Le dêgbê passe donc de 150/200 à 375 francs jusqu'à la fin de la campagne. Ivoir'Soir, 25.08.1997.

 

dégé, n.m. V. DÉGUÉ*.

 

dégrainer, v.tr. Fréq., oral, mésolecte, basilecte. Egréner. dégarnir de ses grains un épi, une cosse, une grappe. Je dégraine du maïs pour le piler. (Ménagère, Abidjan, 1980). Il faut dégrainer les haricots pour midi ? (Boy, Abidjan, 1980). Madame, il veut pas dégrainer le maïs avec moi comme tu as dit. (Boy, Abidjan, 1984).

 

dégrader qqun, v.tr. Dispon., oral, mésolecte, péj. Dire du mal de qqqun, salir sa réputation. Chez vous, c'est comme ça que vous faites? Vous dégradez vos grands frères* devant les gens? A. Kouadio, 1983 : 93. Si j'apprends que tu m'as dégradée, gare à toi ! (Secrétaire, Abidjan, 1991).

SYN.: gâter le nom* de qqun, mal parler*de qqun.

 

dégorger, v.tr. Rare, Litt. (Kourouma). Raconter d'un seul coup et à la suite. Fama dégorgea ses souvenirs. Kourouma, 1997 :97.

 

dégué, dégè, [dDgD], n.m. Usuel, (alimentation), (mandenkan : "sorte de brouet consistant en céréale pilée non tamisée, légèrement passée à la vapeur, étendue d'eau ou de lait,"), oral, écrit, tous milieux.

1- Aliment usuel à base de semoule de petit-mil* cuite à la vapeur et délayée dans du lait caillé additionné de sucre. Le dégué que l'on offre en sacrifice est sous forme de pâte, pas sous forme de farine. (Informateur, Kong, 1981). Plus d'une centaine de personnes ont été intoxiquées hier à Koumassi à la suite de la consommation de dégué. FM., 02.04.1984. J'ai bu pour 25 F. de dégué. FM., 03.04.1984. On me dit d'offrir du dégué en sacrifice. Konaté, 1987 : 183. Dans le Mandingue, toutes les guerres victorieuses se terminent par l'indispensable cérémonie de consommation du dégué. Le dégué est une bouillie de farine de mil ou de riz délayée dans du lait caillé. C'était une cérémonie publique au rituel réglementé [.]. Kourouma, 1990 : 44. Je prie Allah de transformer le dégué que je viens de consommer en poison mortel si je me parjure. Kourouma, 1990 : 45. La consommation du déguè était le point de rupture indispensable marquant le changement de suzerain. Tant qu'elle n'avait pas eu lieu, les vaincus ne se sentaient pas les vassaux des vainqueurs. Ibid : 45. Si les pères boivent  tout le dégué, ils doivent s'attendre à ce que leurs enfants affamés leur brisent la calebasse* sur la tête. Nouvelle Presse, 29.04.1993. J'ai encore en mémoire l'époque où les "Bras*-Môghô" (amis) m'achetaient du "dégué" (mil au lait) devant le cinéma Liberté. Ivoir'Soir, 25.08.1997.

ENCYCL.: la valeur symbolique de cet aliment est grande.

LOC.: boire* le dégué (: s'engager solennellement par cette action) Je viens boire le dégué de l'alliance. Kourouma, 1990 : 26), manger* le dégué, c'est du déguè*.

DER.: déguédrome*, déguétière*.

COMP.: lidégué*.

2- déguè, (c'est [du] ----!), loc.verb. Fréq., argot urbain, oral, péj. C'est du vent !, c'est rien du tout !!. Je vais vous dire une chose les gars. On ne devient des hommes pour eux que quand il y a des élections. Sinon à part ça, c'est déguè" déclare Fousseini. Ivoir'Soir, 25.05.1993.

 

déguédrome, [degedrCm], n.m. Dispon., (mandenkan "brouet + cinq francs"), oral, nord surtout. Lieu du marché où se rassemblent les marchandes de dégué*."Vous avez déjeuné ?"-"Oui ! On s'est arrêté au déguédrome, en arrivant à Odienné." (Enseignant, Odienné, 1982).

 

déguétière, [degetjDr], n.f., Dispon., (hybride mandenkan + suffixe français -tière), oral, nord. Femme ou jeune fille qui prépare et vend du dégué*. Son tuteur* l'envoie faire la déguétière à la porte du lycée. (Enseignant, Korogho, 1983).

 

déguerpi, n.m. ou adj. Usuel, oral, écrit, tous milieux.

1- n.m.ou f. Personne expropriée de son logement pour permettre la mise en oeuvre de grands travaux d'intérêt collectif (barrage, lac artificiel, rénovation de quartier,...). On a rasé Abobo-Avocatier pour y recaser les déguerpis d'Abobo-Gare. FM., 03/04.05.1980. Le quartier Avocatier une fois aménagé et loti devra permettre de loger les déguerpis. FM., 16.04.1982. En outre la réorganisation de la vallée ne s'effectua pas sans mal, notamment la réinstallation des sinistrés (on disait des "déguerpis") qui posa bien des problèmes. Rémy, 1996 : 61. Certains déguerpis ont construit des maisons qu'ils ont mises en location. Ivoir'Soir, 29.10.1997. Les agents devant la furia des déguerpis qui usaient de tous les moyens pour empêcher l'avancée destructrice des machines ont dû utiliser des gaz lacrymogènes pour disperser la population déchaînée. Ivoir'Soir, 04.02.1998.

COMP.: déguerpi illégal*, déguerpi légal.

2- déguerpi illégal, n.m. Personne expulsée d'un lieu occupé en marge de la légalité. V. HABITAT* SPONTANE. Sur l'ancien emplacement  [du marché] un espace vert est prévu alors que la plate-forme d'Avocatier, désignée pour réinstaller les populations concernées, est en voie d'occupation spontanée rapide. On en vient à expulser des déguerpis illégaux (ceux d'Avocatier) pour y installer des déguerpis légaux* (ceux du marché) sur un projet financé par la banque Mondiale qui, dans ses principes s'oppose aux déguerpissements*. Antoine /Debresson /Manou-Savina, 1987, 93.

3- déguerpi légal, n.m. Personne expropriée d'un logement légal. Si tu es déguerpi légal, alors tu as droit à l'indemnisation. (Secrétaire, Abidjan, 1982).

4- adj. Expulsé, exproprié. Des familles déguerpies, les bagages sur la tête, décampent. FM., 26.04.1981. Les familles de pêcheurs togolais et ghanéens déguerpies se replient vers divers points du rivage aux alentours de Gonzagueville. Bonnassieux, 1985 : 196. Les parcelles* du lotissement sont louées à des populations déguerpies de différents secteurs proches (Golélé-Washington).. Antoine /Debresson /Manou-Savina, 1987, 235.

 

déguerpir, v.tr. Usuel, oral, écrit, tous milieux. Expulser les habitants d'un lieu (habitation, quartier, village...) par décision administrative (assainissement, grands travaux d'utilité publique collective : barrage, port, chemin de fer,...). Mais aussi faire évacuer un habitat spontané*. Maintenant qu'ils sont déguerpis -pour la cause commune- que va-t-il advenir d'eux ? FM., 19.10.1982. Assainissement de Koumassi : des difficultés pour déguerpir les populations des zones concernées. (titre d'article), FM., 27.10.1982. Une seconde parcelle complémentaire en friche a été présentée pour des personnes qui n'avaient pas encore reçu de terrain et que la RAN* voulait déguerpir le 9 janvier dernier. FM., 08.04.1983. Les personnes installées à cet endroit savent qu'elles allaient partir un jour. Et ce n'est pas à nous de les déguerpir, c'est au ministre de la Construction. FM n° 8741 cité Dagnac, 1996, 156.

DÉR.: déguerpi*, déguerpissement*, déguerpisseur*.

 

déguerpissement, n.m. Usuel, oral, écrit, tous milieux. Expulsion par décision administrative des habitants d'un quartier, d'un village, d'une zone, pour permettre la réalisation de grands travaux d'intérêt collectif, expropriation.; mais aussi, évacuation d'une zone d'habitat spontané. Dans les quartiers illégaux, les bâtisseurs se savent sous la menace permanente d'un déguerpissement. P. Vennetier, 1982 : 60. Cette opération de déguerpissement est l'acte premier du vaste programme d'assainissement de Koumassi. FM., 13.01.1983. Des gens critiquent ces lois qui justifient le déguerpissement. Bonnassieux, 1985 : 197. En 1956, il est versé une indemnité de déguerpissement de 558 400 FCFA* aux villageois d'Attiécoubé pour la première tranche du lotissement. Antoine /Debresson /Manou-Savina, 1987 : 93. [.] toute son histoire se résumerait à une insertion urbaine qui n'a pu résister à la conjoncture* et au déguerpissement. Bonnassieux, 1987 : 203. Etonnant quand on sait la menace de déguerpissement qui pèse sur leurs têtes. FM., 22.04.1993. [.] M. A. pour qui le déguerpissement n'est pas une opération impossible. Ivoir'Soir, 29.04.1997. Le déguerpissement des habitants de Washington , près du Lycée technique de Cocody, n'a pas été total. Ivoir'Soir, 22.01.1998. Ce déguerpissement s'est opéré sous la supervision de Me Gahié, huissier de justice exécutant certainement une décision du tribunal d'Abidjan. Ivoir'Soir, 04.02.1998.

 

déguerpisseur, n.m. Dispon., oral, écrit, tous milieux, péj. Personne chargée de faire évacuer les lieux (maison, quartier, village, zone,...) destinés à être détruits pour la mise en oeuvre de grands travaux d'intérêt collectif. Mais pour les déguerpisseurs, l'opération avait pour but essentiel de préserver la vie de ces locataires qui ne perçoivent pas toujours la portée de ces travaux d'assainissement. FM., 26.04.1981. Jamais déguerpissement* n'aura provoqué autant de passion, frisant parfois les querelles de personne entre déguerpis* et déguerpisseurs. FM., 08.04.1983.

 

déhi-déhi, [deidei], n.m. Disponible, oral, écrit. V. PINASSE*. Sorte de grande pirogue pouvant contenir une vingtaine de personnes, et destinée à la traversée de la lagune. A Treichville, se trouve un chantier naval où sont fabriqués les déhi-déhi, ces premiers "navires" fabriqués en Côte-d'Ivoire. FM., 30.01.1984.

SYN.: pinasse*.

 

déhima, adj. V. DEÏMA*. Lakota a la particularité d'engendrer des devins*, tels Honneyo Marie de la Mission Déhima à Niambezaria. Détective, 16.03.1995.

 

déhonté, n.m, ou f., adj. Disponi., Litt. (chez Kourouma), écrit, péj.

1- n.m. ou f. Personne constituant un objet de honte ou de scandale. Un bâtard, un vrai, un déhonté de rejeton de la forêt [.]. Kourouma, 1970 : 57. De ses études, le Massa Digui conclut que le français était un langage de déhonté et indicible par un croyant et un grand chef. Kourouma, 1990 : 232.

2- adj. Sans pudeur, sans amour-propre. Ils l'avaient escaladée [: la colline] comme s'enjambent les seuils de la case* et les cuisses d'une femme déhontée [.] Kourouma, 1990 : 34. Le chien n'abandonne jamais sa façon déhontée de s'asseoir. Kourouma, 2000 : 153.

 

deîma, déhima, [dejma], adj. Usuel, oral, écrit, tous milieux. Qualifie un culte syncrétique lancé en 1942 par une femme d'ethnie dida, Marie Lalou. Comment il est devenu deïma ? (Informateur, Dabou, 1978). Aux fidèles de la religion déhima de Côte-d'Ivoire [.]. FM., 15.01.1982. M. D., président du Comité National de la Mission déhima et les Pawaba* suprêmes ont le plaisir d'informer tous les Pawaba déhima ainsi que tous les fidèles de la Mission Déhima que le mois du Carême, appelé Debo Blitcho en langue godié , de l'année 1982 , débute le 21 juin en tenant toujours compte de l'apparition de la lune du mois de juin. Ils prient tous les Pawaba déhima de jeûner obligatoirement la journée du samedi 20 juin 1982. FM., 05/06.06.1982. Fondée en pays dida vers la fin de la 2ème guerre mondiale par la prophétesse* Marie Lalou, la religion deîma exige le renoncement aux fétiches* et aux talismans, flétrit le mensonge et recommande la tolérance tout en revendiquant pour les Africains une religion qui soit leur. Elle recrute ses membres surtout dans le centre sud ivoirien. Deniel, 1983 : 121. Les textes qu'on lisait pendant le culte deïma ressemblent aux cours de l'Histoire Sainte. Voilà pourquoi je pense que la religion deïma est syncrétique. (Etudiante, Abidjan, 1984). Les enfants qui sont nés ensuite, devenaient deïma. Deniel, 1985 : 122.

COM.: la graphie deïma semble la plus courante.

COMP.: culte deïma, religion deïma.

 

délégué d'amphi, n.m.ou f. Fréq. oral, écrit, mélior. Représentant des étudiants. Quel est le rôle des délégués d'amphi dans une université ? FM., 06.04.1993.

 

délesté, adj. Fréq., oral, écrit, plaisant, tous milieux. Privé de courant électrique par suite de délestage, victime de pannes de courant. L'ILA étant délestée le mercredi, les cours auront lieu à l'Ecole de Pharmacie à partir de 17 h. (Note destinée aux étudiants, janvier 1984). Je viens travailler chez toi : je suis encore délesté !  (Enseignant, Abidjan, 1984). Déjà conjoncturés* et compressés*, voilà les Abidjanais encore en plus délestés, contraints ici et là de passer Noel et le réveillon aux bougies sans disco ni télé. David, 1986 : 63.

COM.: particulièrement fréq. dans les années 80 où le pays connut des pénuries d'électricité.

 

demander,.v.tr. Fréq., oral, mésolecte, basilecte.

1- demander qqn qqch., demander qqch à qqn. Le maître demande les élèves un peu de silence. (Copie, 4ème, Daloa). Je la demande son livre. (Lycéen, Bouaké, 1980). Le chauffeur a demandé patron les clés de la voiture mais  patron n'a pas. (Boy, Abidjan, 1982).

2- demander qqn de + inf, demander à qqn de + inf. Je la demande de venir mais elle a la tête* dure. (Enseignante, Bouaké, 1978). Le policier demande les gens de circuler. (Copie 3ème, Abidjan, 1980). Elle a demandé le couturier de coudre un boubou* de bazin*". (Secrétaire, Abidjan, 1982).

SYN.: dire qqn de*.

3- demander [d']après qqun, loc.verb. Demander à voir qqun, demander des nouvelles de qqun. Y a un homme qui demande d'après Patron. (Boy, Abidjan, 1984). Comme au bout d'un mois, mon mari n'avait pas demandé après moi [.]. Deniel, 1985 : 64. On peut demander après lui à un kiosque de café situé à l'entrée de Koumassi-Poto-poto, Bonnassieux, 1987 : 164.

4- demander l'affectation, loc.verb., V. AFFECTATION*.

5- demander la nouvelle, loc.verb.,V. DEMANDER LES NOUVELLES*,  

6- demander la permission, loc.verb. Fréq., (extension d'emploi du mot "permission" dans son acception militaire), oral, mésolecte, basilecte. Demander une autorisation d'absence, solliciter un bref congé. Madame, je demande la permission pour demain matin. (Boy, Abidjan, 1979). "Où est la secrétaire ?"-"Elle a demandé la permission." (Enseignant, Abidjan, 1982).

7- demander la route, loc.verb. Usuel, (tradition), (calque de langues locales), oral, écrit, tous milieux, mélior. Demander à son hôte l'autorisation de prendre congé. Alors il est temps de demander la route pour rentrer. Après, ils nous ont préparé à manger, on nous a donné des poulets et on a demandé la route. A. Kouassi, 1983 : 69. Demander la route, c'est l'usage ivoirien en général et baoulé en particulier, qu'il faut connaître. David, 1986 : 129. Le nouvel intronisé* offre un présent symbolique au chef* avant de lui demander la route (formule couramment utilisée pour demander l'autorisation de partir, en principe, on demande la route trois fois avant que l'autorisation soit accordée). Gaudio /Van Roekeghem, 1989, 65. "Tenez ! pour le retour à Abidjan", dit-il penaud. Pourtant personne n'avait encore songé à demander la route. Gombeaut /Moutout /Smith, 1990, 98. Je suis resté au village pendant un mois puis j'ai demandé la route à mon oncle. Deniel, 1991 : 66. Vous avez, contre toutes les bonnes règles de savoir-vivre, demandé la route. L'homme au totem* hyène vous a rappelé le précepte africain qui veut que l'hôte par trois fois sollicite la route. Kourouma, 1998 : 201. Les émissaires "demandent la route", accordée, comme il se doit dans la tradition ivoirienne, à la deuxième requête. Ils repartent donc en direction d'Abidjan. J.A.-L'Intelligent, 21/27.2000.

ENCYCL.: selon l'usage traditionnel, on demande la route à son hôte et on attend qu'il "ait donné la route" pour se lever et partir.

ANT.: accorder la route*, donner la route*.

8- demander les nouvelles, demander la nouvelle, loc.verb. Usuel,  (tradition),, oral, écrit, tous milieux. Demander à celui qui arrive des informations concernant le lieu dont il vient et les gens qu'il a quittés. C'est ce qu'apprit Karfa après qu'on l'eut fait asseoir et après lui avoir demandé les nouvelles comme c'est la coutume. Koné,1976 : 123. Alors que les deux amis croquaient* la cola, Bakary demanda les nouvelles. Koné, 1980 : 40. Un groupe d'hommes devisent sous l'arbre à palabres [.]. Ils nous demandent les nouvelles comme l'exige la tradition. ID., 03.02.1980. Konan, pourquoi tu ne t'asseois pas pour nous saluer comme il faut et puis demander les nouvelles. A. Kouadio, 1983 : 66. Il nous offre gentiment à boire et nous demande la nouvelle. Comme au village. FM , 02.04.1984. Car dans chacun de ces innombrables villages ou quartiers urbains [.] tout arrivant se voit d'emblée demander la nouvelle. David, 1986 : 48. On lui servit trois rasades de vin puis on lui demanda les nouvelles. M. Bandaman, 1993 : 117. On demande les nouvelles dans la pure tradition africaine [.]. Ivoir'Soir, 13.05.1997. A son arrivée sur le lieu du deuil, on lui demande les nouvelles comme on le fait très souvent en Afrique. Ivoir'Soir, 24.06.1997. Le tam-tam crépite non seulement en guise de bienvenue mais pour relever la cérémonie  jusqu'à ce que le gardien du trône [.], accompagné de quelques notables, s'avance vers le micro et demande les nouvelles au nom du roi*.  Ivoir'Soir, 15.09.1997. On demande les nouvelles dans la pure tradition africaine. FM., 13.05.1998.

9- demander pardon, loc.verb. Usuel, oral, écrit, mésolecte, basilecte. V. PARDON*. Supplier, demander instamment qqch., prier de façon insistante, s'excuser. Il a fallu qu'on demande pardon aux gens pour qu'ils aillent voter ! (TV., 15.12.1980, 20h.30.). N'ayant pas de connaissances et voyant ma petite famille souffrir, j'ai dû demander pardon pour ne payer que 200 000 francs. FM., 23.01.1981. Normalement, il aurait dû quitter l'école, mais ses camarades sont allés demander pardon aux notables pour le laisser continuer ses études. A. Kouadio, 1983 : 60. "Si tu fais ça je vais te frapper tout de suite". J'ai demandé pardon, j'ai cherché 100F pour lui donner. A. Touré, 1985 : 53. On a recommencé à discuter. Elle voulait que je reste. J'étais décidé à partir. Elle m'a même demandé pardon ! Deniel, 1991 : 32. L'équipe de direction du CHU a dû monter au créneau pour 'demander pardon' aux grévistes afin que ceux-ci reprennent le travail le plus vite possible. FM., 28.01.1993. [.] l'enfant panique et s'agrippe à l'agent à qui il demande pardon, au su et au vu* de tous les passants [.] . Mais sans autre forme de pitié, l'agent tire une balle. Bôl Kotch, 28.03.1995. Le tailleur demande pardon au contrôleur. Malgré son âge avancé, le vieil homme implorant la pitié de Gonéhiri qui menaçait même de le mettre en prison, se met à genoux. Ivoir'Soir, 22/23/24.08.1997. Et celle qui parvenait à se l'approprier, l'entraînait immédiatement au lit, le balançait, le manipulait jusqu'à l'épuisement [.] et le chagrinait jusqu'à ce qu'il reconnaisse sa défaite, jusqu'à ce qu'il demande pardon à haute voix [.]. Kourouma, 1998 : 202. Vous avez demandé le pardon qu'une femme zendé exige toujours d'un homme défait. A haute voix et à pleine bouche. Kourouma, 1998 : 202. On allait lui [: au féticheur] demander pardon, de retirer le maléfice, le djibo*. Kourouma, 2000 : 26

10- demander sa barbe au Bon Dieu, loc.verb. V. BARBE*.

 

démarabouter, v.tr. Fréq., oral surtout, mésolecte, basilecte. Lever un envoûtement, combattre un mauvais sort. Parfois employé au figuré : vaincre des obstacles puissants. Le soleil avait réussi à se démarabouter." (: à percer à travers les nuages). Kourouma, 1970 : 95. Comme elle ne faisait que des filles, son mari a voulu la démarabouter. (Boy, Abidjan, 1978), Avant le match, on démaraboute les équipes. on ne sait jamais ! (Etudiant, Abidjan, 1980).

ANT.: marabouter*.

 

démarrer, v. intr. Argot urbain, oral, fam. euphémisme.

1- Entrer en érection, démarrer sexuellement. Elle a divorcé parce qu'elle dit qu'il démarre pas. (Informateur, Sassandra, 1979). Le démarreur* c'est le nom donné à un de ces médicaments* qui aurait le pouvoir de faire démarrer sexuellement un amant ou un mari ayant du mal à entrer en érection. Démarrer c'est entrer en érection. A. Touré, 1985 : 109. G.E. ne "démarrant" plus, Pauline se trouvait toutes les excuses à ne plus se cacher pour tromper le père de  ses enfants. B-V savait désormais que G. E. était impuissant. Détective, 06.03.1995. Le vieux là , il dit qu'il faut donner le médicament pour démarrer. (Vendeur, marché Treichville, 1990).

DÉR.: démarreur*.

ANTON.: avoir la superbe*.

2- démarrer (ne pas ---- ), v.intr. Argot urbain, oral, fam. A la forme négative, être "fauché", ne pas avoir le sou. ne pas savoir se débrouiller par n'importe quel moyen pour avoir de l'argent. Celle qui n'arrive pas à se débrouiller* d'une manière ou d'une autre passe pour une pauvre fille. On dit alors : "Mais celle-là, elle démarre pas, elle vaut rien cette fille-là.". Oui c'est comme ça que beaucoup d'hommes parlent. Krol, 1994 : 61. Quand quelqu'un ne démarre pas, c'est qu'il n'a pas le sou. (Informatrice, Abidjan, 1995). Si c'est une fille qui parle à son amie : bon bon le gars là c'est un faux* gars, il démarre même pas, elle peut parler sur deux sens. Sur le plan sexuel ou sur le plan financier. (Etudiant, Abidjan, 1995).

 

démarreur, n.m.

1- V. KANKANKAN*. Usuel, argot urbain, fam., tous milieux, euphémisme. Aphrodisiaque masculin. M. A. B. est lui aussi un fidèle consommateur de démarreur [.]. Il n'est plus tout jeune et il a constaté à plusieurs reprises des déficiences que les femmes ne pardonnent pas. ID., 03.02.1980. Démarreur là, c'est trop fort* même*! (BD), F.M., 16.04.1982. Ses clients viennent bien sûr acheter toutes sortes de remèdes mais les plus prisés sont ceux que l'on appelle communément des démarreurs, des aphrodisiaques pour les non-initiés. Guido n° 68, 27 04/13.05.1983. Le plus connu et le plus demandé de ces cure-dents*, c'est le "démarreur" qui est, selon lui, un aphrodisiaque extraordinaire. A. Touré, 1985 : 107. Les vendeurs de démarreurs sexuels n'ont pas leurs pareils pour remonter le moral des mâles en baisse de forme. Jeune Afrique, 02-08.01.1991. Les compatriotes du tsar Boris 1er gagneraient à consommer du  kan kan kan*. Il paraît que c'est un démarreur efficace. Ivoir'Soir, 29.10.1997. Pour ceux qui ne le savent pas encore, le Viagra est un démarreur qui réchauffe les mâles qui sont au frigo. Ivoir'Soir, 28.05.1998. On ne vante plus les bienfaits du kan kan kan* de blanc appelé Viagra. Ce démarreur a tellement de succès qu'il a envahi le monde entier. Ivoir'Soir, 28.06.1998.

ENCYCL.: nom donné à plusieurs médicaments traditionnels : poudres, champignons ou sorte de racine blanchâtre vendue sur le marché par les Gouro et aux effets vantés par les utilisateurs.

COMP.: poudre*-démarreur/ poudre de démarreur.

SYN.: accélérateur*, cancan*, chargeur* de batterie, kankankan*, poudre* cancan,

2- Homme qui sait se débrouiller et progresser financièrement dans la vie. V. DÉMARRER (2)* Les centaines d'expressions tirées du français sont tout aussi imagées [.] le démarreur, c'est celui qui bouge et avance dans la vie . Krol, 1994 : 209.

3- adj. Aphrodisiaque. La poudre démarreur, appelée communément "cancan*" a d'indéniables propriétés. Guido n° 68, 04/13.05.1983.

 

déménagé, n.m. ou f. Surtout litt., (Kourouma), (du verbe fam "déménager" : déraisonner), écrit. Fou, dément. [.] le masque*[.] agitait la clochette comme un déménagé. Kourouma, 1990 : 280.

 

demi-bec, n.m. Spéc., (faune). V. AIGUILLETTE*. (Hemiramphus brasiliensis Linn.). Poisson de mer de la fam. des Hemiramphidae, proche de l'anguille et à la chair très appréciée. Les bancs de demi-becs s'observent durant les saisons chaudes. Seret /Opic, 1981 : 11.

ENCYCL.: il a la machoire inférieure très allongée alors que la mâchoire supérieure est courte, d'où son nom.

SYN.: aiguillette*, nokro.

 

demi-deuil, n.m. Spéc., (flore). V. FAUX*-ÉBENIER. (Diosporos mannii Hiern). Petit arbre mince au bois jaunâtre très dense. Aubreville, 1953, III : 62.

ENCYCL.: avec l'âge, le coeur de l'arbre devient noir et imite l'ébène.

SYN.: faux-ébénier*.

 

demi-dur (en ---- ), loc.adj. Assez fréq., oral, écrit, tous milieux lettrés. V. EN DUR*. Se dit d'une construction faite de briques de banco*, assemblées par du ciment et crépie, sur un soubassement d'agglos*. La construction en demi-dur a l'avantage d'être moins coûteuse. (Entrepreneur, Katiola, 1980). Les mosquées du nord du pays sont souvent en demi-dur. (Informateur, Abidjan, 1987).

 

demi-tour, (faire ---- ), loc.verb. Assez fréq., oral, mésolecte, basilecte. Revenir à son point de départ. Un jour, [.] on a ramassé les bagages et puis on a fait demi-tour* au village parce qu'on souffrait trop et puis l'argent n'était pas beaucoup. A. Touré, 1985, : 66. Et puis si là-bas en France, ça ne te plaît pas, comment tu vas faire demi-tour ? (Chauffeur, Abidjan, 1987).

 

démission, (rendre ----), loc.verb., V. RENDRE* DÉMISSION.

 

démissionner, v. ntr. Assez fréq., oral, mésolecte.  En parlant d'un élève, quitter, de sa propre initiative, un établissement scolaire. En parlant d'un salarié, quitter un employeur. "Et pourquoi selon toi elle a démissionné ?" -"On dit qu'elle est enceinte et ne peut plus venir en cours." (Etudiante, Abidjan, 1987). Madame, je veux démissionner pour aller au village cultiver*. (Boy, Abidjan, 1982).

SYN.: rendre* démission.

 

démocrate, n.f. Dispon., argot urbain, iron. Prostituée. "Démocrate" : prostituée. [.] Ces différents termes empruntés au langage nouchi*, font partie aujourd'hui du lexique zouglou*. Ivoir'Soir, 15.10.1997.

SYN.: lanceuse* de foulard, mange mille*, sotra*.

 

demoiselle, n.f. Spéc., (faune). (Eupamocentrus leucostictus Müller et Troscgel). Poisson tropical de la fam. des Pomacentridae, de petite taille, au corps ovale comprimé. La demoiselle est brune avec un ventre jaune clair et une tache bleu ciel au niveau de la tête. Seret /Opic, 1981 : 282.

 

démocratisme, n.m. Peu fréq., mélior., intellectuels. Sens de la démocratie, culte de l'égalité sociale. D'autant plus que les Famous Kings cultivent un démocratisme tel qu'ils suppriment le titre de Président. Konaté, 1987: 50. Nous, les jeunes, nous voulons plus de démocratisme dans l'attribution des bourses. (lettre d'étudiant, Abidjan, 1989).

 

démontrer, v.tr. Argot urbain, oral, fam., mélior. Faire la démonstration de pas de danses pour se faire remarquer, montrer des pas de danses, faire une exhibition de danse. J'allais en boîte avec ma fraîche*/ pour démontrer le ngakpa-ngakpa. (Corpus zouglou, T. 1995)

 

démouain, [demwR], n.m. Spéc., (flore), (de l'attié). (Hunteria eburnea Pichon). Arbuste ou petit arbre de la fam. des Apocynacées. Aubreville, 1953, III : 208.

ENCYCL.: son écorce aurait une forte action hypotensive.

SYN.: mogba (ébrié), bissi (agni)

 

démoustiqué, adj. Fréq., oral, écrit, tous milieux. Qui a subi une opération de démoustication. Abidjan  a été démoustiquée. FM, 09.03.1983. La villa est-elle démoustiquée ? J'ai vu des gîtes à larves dans le jardin. (Locataire, Abidjan, 1984).

 

dendroaspis, n.m. Spéc., (faunr). V. MAMBA*, SERPENT* DES BANANIERS. Variété de serpents venimeux à tête étroite, écailles larges et queue effilée. On distingue localement le mamba vert ou serpent des bananiers (Dendroaspis. augusticeps), très long (plus de 2 m.), de couleur verte sur le dos et jaune sur le ventre, qui vit dans les arbres, parfois très haut et le mamba noir (Dendroaspis polyepis polyepis) mesurant plus de 2, 50 m, terrestre et semi-arboricole. Mazer /Sankallé, 1988 : 226.

 

dendrocygne, n.m. Spéc., (faune). Désigne localement deux variétés d'oiseaux aquatiques de la fam. des Anatidae. Les dendrocygnes nagent relativement peu. Serle /Morel, 1988 : 27. Le dendrocygne fauve (Dendrocygne bicolor Gmelin) est roux et brun. Ibid. Le dendrocygne veuf (Dendrocygna viduata Linn.) est d'aspect sombre avec une tête blanche au port dressé. Ibid., 1988 : 28. Outre certains Ardéidés et les bécassines, la végétation marécageuse abrite les marouettes*, poule sultane*, jacana*, dendrocygne. Champroux /Ducret, 1979 : 108.

SYN.: canard* siffleur.

 

dengue, [dRg], n.f. Fréq., (santé), (de l'espagnol <denguero> "raide"), acrolecte et mésolecte. Maladie endémo-épidémique due à un virus transmis par un moustique du genre aedes, le phlébotome. Elle se caractérise par de la fièvre, des céphalées, des douleurs musculaires et articulaires généralisées, avec chez les enfants une atteinte des voies respiratoires. Il avait la dengue et ne pouvait pratiquement plus bouger tant les articulations le faisaient souffrir. (Missionnaire, Bongouanou, 1979). Outre le paludisme, il s'agit de la dengue, de la fièvre jaune*, [.] de la trypanosomiase*, des filarioses*; en particulier l'onchocercose*, et la dracunculose*, des bilharzioses* [.] des leishmanioses/*[.] ou des rikettsioses*. Doumenge, 1982 : 46. La dengue dure une dizaine de jours et disparaît généralement sans laisser de séquelles. Mazer /Sankalé, 1988 : 261. L'aedes (Stegomia) aegypti, moustique essentiellement tropical [.] est le vecteur majeur de la dengue et de la fièvre jaune*. Gentilini /Viens, 1989 : 47.

 

dénoter de, v.tr.ind. Fréq., oral, écrit, mésolecte. Dénoter. Cela dénote d'un manque d'organisation des circuits de distribution, de prix officiel, et du mauvais état des pistes. FM n°8742, cité Dagnac, 1996 : 157. Ce travail dénote de son manque de sérieux. (Enseignant, Abidjan, 1995).

 

dense, adj. Argot zouglou, oral, fam, mélior. "Calé", ferré, informé et donc intéressant. En math, Il est dense, tu sais!  (Lycéen, Bingerville, 1993). /Grand frère Junior / tes tchatches* sont denses* (Chanson "Amina". Groupe, Zouglou machine, corpus T., 1994).

 

dent, n.f.

1- dent (d'éléphant),  Fréq. mais vieilli, surtout écrit. Défense d'éléphant. Les marchandises qui viennent de là sont les esclaves, l'or et les dents d'éléphants. Fernandez, V., 1510 : 77. Les hommes étaient des criminels chasseurs qui massacraient les éléphants en les tuant pour leurs dents. FM., 28.06.1983. Autrefois, la Côte d'ici s'appelait la Côte des Dents à cause du commerce de l'ivoire. (Professeur, Abidjan, 1984). Madame, tu veux la dent d'éléphant bien sculptée. (Marché, Plateau, 1984 ).

2- dent d'hippo,  Vx. Rare. Dent d'hippopotame, utilisée comme ivoire de moindre qualité et valeur. L'antiquaire* a essayé de me vendre de la dent d'hippo, j'en suis sûre! (Enseignante, Abidjan, 1984).

3- dents, (garder des ---- contre qqun), loc.verb. V. GARDER*.

 

denté, n.m. Spéc., (faune). Terme générique désignant plusieurs poissons de mer de la fam. des Sparidae. Souvent classés dans la catégorie "dorade* rose" pour la commercialisation. Seules les espèces suivantes sont typiquement ouest-africaines : le denté à tache rouge (Dentex canariensis Steindachner), le denté à gros yeux (Dentex macophtalmus Bloch.), le denté congolais, (Dentex congoensis Poll.) au corps presque vermillon, le denté angolais, (Dentex angolensis Poll. et Maul.). Le denté à tache rouge se distingue par sa grosse tache foncée, nette et constante, à la base de la dorsale molle. Seret /Opic, 1981 : 226, C'est au moment des grandes concentrations de reproduction que le denté à gros yeux est pêché [.] surtout par des chalutiers russes. Ibid : 228. Le denté congolais: il s'agit du plus petit denté. Ibid. : 230.

 

dentelaire, n.f. Spéc., (flore). (Plumbago zeylanica Linn.). Arbuste souvent cultivé près des villages car ses fleurs blanches ont la réputation de guérir gale et lèpre. La dentelaire était considérée autrefois comme une plante magique. (Sociologue, Abidjan, 1984).

 

dèp, [dDp], n.m. Argot nouchi, (troncation de ’’dépôt’’), oral, fam. Dealer. Un po* a babougo* le dèp. (: Un policier a tabassé le dealer. ( Informateur, Abidjan, 1990).

SYN.: tchéman*.

 

dépasser, v.tr. Dispon., oral, basilecte. Aller au delà de certaines limites (possibilités physiques ou financières notamment). La maladie l'a dépassé et il est mort. (Chauffeur, Bouaké, 1979), C'est cher, la mobylette, trop même*, ça  me dépasse. (Boy, Abidjan, 1980).[.] mais il faisait froid, trop*! J'avais mis chemise, pantalon, cravate, veste, manteau, mais quand j'ouvrais la porte pour sortir, le froid dépassait. Deniel, 1991 : 53.

 

dépense, n.f. Fréq., oral, écrit, tous milieux. Somme destinée à l'achat de la nourriture quotidienne de la famille. Chaque jour [: mon mari doit me donner] la dépense, pour les légumes, les condiments et le poisson. Deluz, 1978 : 48. C'est moi qui fournit toute la dépense, depuis qu'il a été compressé*, il ne me donne rien. (Secrétaire, Bouaké, 1986), Il me donne trois cents francs pour la dépense et nous sommes huit. (Ménagère, Abidjan, 1988)

ENCYCL.: en principe, c'est la contribution du mari à l'entretien de la famille.

 

dépisteur, n.m. Argot du milieu, oral. Nom du malfaiteur qui est chargé de repérer les opérations possibles et de relever toutes les informations nécessaires à sa réalisation, indicateur. Ces bandits [.] ont chacun une organisation hiérarchisée : [.] les indicateurs ou dépisteurs. Le rôle de ces derniers consiste à repérer les endroits susceptibles de cacher un butin substantiel. Ces dépisteurs sont partout. FM., 21.01.1981. Il paraît qu'il était le dépisteur d'une bande de bris* opérant dans la Cité rouge ! (Etudiant, Abidjan, 1986).

SYN.: indicateur.

 

déplumer, v.tr. Fréq., oral, écrit, mésolecte, basilecte.  Plumer, arracher les plumes d'un oiseau avant de le préparer pour la cuisson. Tu prends deux canards, tu les tues, tu les déplumes. Deniel, 1991 : 111. Tu mets de l'eau bouillante sur le poulet avant de le déplumer. (Boy, Abidjan, 1983). Moi, j'achète le poulet déplumé. Ca va plus vite. (Ménagère, Abidjan, 1984).

COM.: le verbe est fréquent et n'est pas réservé au sens d'"arracher les plumes d'un oiseau vivant"(P.R.)

 

déposer, v. r. Argot zouglou, oral. Vider (en parlant de boisson). Vous déposez un casier de bière au maquis* / alors que vos enfants n'ont pas à manger / à plus forte raison tchakoto*. (Corpus zouglou, T, 1995).

 

depuis, [depPi::], adv.

1- Très fréq., oral, écrit, tous milieux mais souvent plaisant chez les intellectuels. Depuis longtemps, il y a longtemps. Monsieur le Président, on faisait tout ensemble depuis ! [: Aux Assises], FM., 08.08.1980. Lui ? il est parti depuis !!! (Enseignant, Abidjan, 1980), Tu pouvais venir, hier, chercher la voiture, j'ai fini depuis !!. (Mécanicien, Abidjan, 1980). Malgré cette pénible situation qui dure depuis, nous ne sommes en aucun cas gagnés par le désespoir. FM., 30.11.1982. C'est ça on voulait entendre depuis ! (: C'est ça que nous voulions qu'on nous dise depuis longtemps., Ivoir'Soir, 03.12.1997). Au campus, ils [: les étudiants] ont fait ça [: siffler et interpeller grossièrement les étudiantes qui passent] jusqu''ààà*. Un jour ils sont tombés sur une go yankee. Une go*, elle-même elle a dit elle a enlevé* camarade depuis* avec la honte* . Ivoir'Soir, 23.04.1998.

COM.: avec durème et ton suraigu sur la voyelle finale.

2- Fréq., oral, fam. tous milieux mais plaisant chez les intellectuels. Dans des échanges de salutations, signifie que l'on n'a pas rencontré son interlocuteur depuis un certain temps. C'est donc l'équivalent de "Ca fait longtemps qu'on ne s'était pas vus" "Ca fait un bail". Comment vas-tu depuis ? (: depuis tout le temps qui s'est écoulé, Enseignant, Abidjan, 1984). "Ca fait longtemps !" - "Depuis !!" (Etudiants, Abidjan, 1982).

COM.: "depuis " porte un durème et un ton haut sur la dernière syllabe.

COMP.: depuis à ce moment*, depuis là*, depuis longtemps que*

3- depuis à ce moment, loc.adv. Assez fréq., oral surtout, mésolecte. A partir de ce moment là, depuis ce moment.  Depuis à ce moment, il a toujours été malade. (Ménagère, Abidjan, 1978), Depuis à ce moment, tu n'es pas retourné en Guinée ? (Etudiant, Abidjan, 1982.). Patron* est parti en France. Depuis à ce moment, je n'ai pas trouvé du travail. (Boy, Abidjan, 1986).

4- depuis là, loc.adv. Assez fréq., oral, écrit, mésolecte, basilecte. Depuis déjà un certain temps. Gazou, le gars qui nous suit depuis là, il est beau dè *! (B.D.) Ivoir'Soir, 02.12.1997.

5- depuis longtemps que, loc.conj. Assez fréq., oral, écrit, mésolecte. Depuis le temps que, depuis le moment où. Depuis longtemps que vous m'avez dit ça, j'ai oublié. (Etudiante, Abidjan, 1984). Depuis longtemps qu'on nous annonce chaque jour les chiffres en millions, à la Radio ou à la télé [.]. Patriote Express, 27.04/03.05.1993.

 

déranger, v.tr. Fréq., oral, écrit, tous milieux, péj. Poser des problèmes pour qqun ou qq chose, soulever des difficultés pour qqun ou qq chose, contrarier qq chose (un projet par exemple) ou qqun., nuire à. Je pense normal qu'il y ait une diminution au niveau du coût des transports urbains car cela nous dérange beaucoup. FM., 03.07.1980. Les traditions, la présence active de sectes, le relief accidenté dérangent l'implantation de la religion catholique dans la région. FM., 20.05.1983. Y en a pas l'argent pour l'écolage* des enfants. Vraiment*! la rentrée scolaire, ça me dérange beaucoup! (Gardien, Abidjan, 1990).

 

dérékéba, n.m. V. DRÉKÉBA*.

 

derrière, prép. Assez fréq., oral surtout, mésolecte, basilecte. En l'absence de. Si un patron est comme ça, il faut parler en bien de lui non seulement devant lui mais derrière lui. Deniel, 1991 : 74. Derrière moi, il a pris mon vélo et il a fui. (Boy, Abidjan, 1978). Elle gâte ton nom* derrière toi. (Infirmière, Bouaké, 1980).

 

désacculturation, n.m. Peu fréq., écrit, intellectuels, recherché.  Action visant à effacer les effets de l'acculturation. Le renversement de la situation supposerait une politique cinématographique et de la désacculturation hardie. FM., 12.10.1982. Ce qu'il faut , c'est de la désacculturation, que les Ivoiriens retrouvent leurs propre valeurs. (Sociologue, Abidjan, 1988).

 

descendre, v.int.

1- Usuel, oral, écrit, tous milieux. Quitter le travail à la fin de la matinée ou en fin de journée. Par extension, terminer sa journée de travail pour rentrer chez soi. Le domicile conjugal étant éloigné du bureau ou de l'usine, on ne descendra pas à midi. FM , 30.11.1982. Il travaille la nuit et descends le matin. FM., 15.02.1983. Chacun a cent arbres, le matin et cent l'après midi. Si tu n'as pas fini de nettoyer en bas des arbres, tu ne descends pas. A. Touré, 1985 : 65. Moi par exemple, je monte* au travail à 7 h. 30 et je descends à 16 h. Deniel, 1991 : 75. Quand ils font des invitations*, le soir et que je descends tard, lui voudrait bien payer mon transport mais elle ne veut pas. Deniel, Ibid : 35.

ENCYCL.: certains informateurs voient dans cet emploi un souvenir de la montée et de la descente des couleurs qui ponctuaient la journée de travail durant l'époque coloniale.

DÉR.: descente*.

ANT.: monter*.

LOC.: descendre du ventre avec.

2- Fréq., oral, écrit, mésolecte, basilecte. Aller en ville (pour quelqu'un qui habite une ville moins importante ou un village). "Il descend demain."-"Ah bon ! il va à Abidjan ?". (Enseignants, Korhogo, 1979). Du matin au soir, ils [: les commerçants ambulants] déambulent à travers les quartiers de la capitale ayant pour cibles préférées les touristes et les gens de la campagne qui descendent un jour. FM., 31.03.1980.

3- descendre du ventre avec, loc.verb. (calque langues locales du groupe kwa), assez fréq., peu ou non scolarisés, plaisant chez les lettrés. Faire partie de la nature de qqn, être un trait de caractère inhérent à la personnalité de qqn. Quant à ses brusques changements d'humeur, on ne sait pas trop où il les a pris [.]. Il est descendu du ventre avec. Anoma Kanié, 1979 : 57. Elle est comme ça, serrée*, tu ne la changeras pas, elle est descendue du ventre avec. (Infirmière, Abidjan, 1981).

4- descendre en Basse Côte, loc.verb., V. BASSE* CÔTE.

5- descendre froid, loc.verb. Litt. (Kourouma). En parlant de la nuit, tomber en refroidissant l'atmosphère. Le soleil tombait tôt, les nuits descendaient froid. Kourouma, 1990 : 238.

 

descente, n.f. Usuel, oral, écrit, tous milieux. Sortie du travail, à midi comme en fin de journée, ce qui implique des problèmes de circulation entre le centre ville et la périphérie. La descente, en fin d'après midi, sur le pont  Houphouët-Boigny, c'est terrible!  (Taximan, Abidjan, 1980). En fin d'après-midi, à la descente, il fallait renouer avec les bousculades et les embouteillages. Bonnassieux, 1985 : 69. Ils s'y  [: à l'atelier de mécanique] rendent le soir à la descente [.]. Tilliette, 1984 : 90. Attends moi à la descente, je te véhiculerai*. (Fonctionnaire, Abidjan, 1987). Au plateau*, entre les tours, dès "la descente", c'est-à-dire la sortie des bureaux [.]. Jeune Afrique, 24/30.07.1996 : 81.

 

déscolarisé, n.m., adj. Usuel, oral, écrit, tous milieux, souvent péj.

1- n.m. Jeune contraint d'abandonner ses études (quel qu'en soit le niveau) avant l'achèvement de celles-ci, pour des raisons diverses : mauvais résultats scolaires, redoublements réitérés, échec à des concours d'entrée successifs et très exigeants (en 6ème, en seconde,...), manque d'argent, de tuteur*. Victime des déperditions du système scolaire. Il y a trop de déscolarisés dans notre système d'enseignement actuel. (Conseiller pédagogique, Abidjan, 1977). En effet, les jeunes déscolarisés dont certains sont titulaires du CEPE [.] exigent des compensations. FM., 15.12.1980. Par ailleurs, parmi les jeunes déscolarisés de la décennie précédente, certains ne parviennent pas à trouver d'emplois stables en milieu urbain. FM., 24.11.1982. Un grand nombre de déscolarisés vivent dans le quartier. Bonnassieux, 1987 : 186. Ce concours qui s'adresse d'abord aux enfants du primaire, du secondaire et même aux déscolarisés [.]. FM.,.23.02.1993. Je ne sais pas si ce garçon est arrivé jusqu'au bac ou si, comme son malheureux copain, il a été "déscolarisé", un mot ivoirien que j'ignorais alors et que j'ai beaucoup entendu par la suite. Krol, 1994 : 8. C'est l'exclusion, la honte du retour au village ou l'engloutissement dans la jungle des villes. Des dizaines de milliers de déscolarisés sont passés par là. Krol, 1994 : 32. De jeunes déscolarisés en quête d'emploi y ont vu une manne surtout que c'était une formation-embauche. Détective, 16. 03.1995. Si je suis déscolarisé, ça veut pas dire que je suis exclu du monde, (j'ai toujours quelque chose à apporter au monde. Corpus Van Den Avenne, 1995 : 94. Au cours de cette formation, les déscolarisés ont reçu un enseignement pouvant leur permettre d'élever, d'alimenter et de soigner les ovins et les poulets. Ivoir'Soir, 02.12.1997.

ENCYCL.: ces jeunes, après leur éviction, ne reviennent pas tous dans leur milieu d'origine et constituent, parfois, en milieu urbain, des groupes désoeuvrés de délinquants potentiels.

2- adj, Victime des déperditions du système scolaire. L'O.N.P.R. fait désigner les jeunes ruraux déscolarisés pour les former aux tâches de peseurs et de caissiers-comptables des G.V.C*. FM., 29/30.11.1980. Dans le milieu de la jeunesse déscolarisée, des manifestations de mécontentement se produisent. Bonnassieux, 1985 : 50. On rencontre de plus en plus de jeunes déscolarisés dans les villages : déchets de l'école disent les uns, retour à la terre préfèrent les autres. FM., 07.05.1993. Le centre accueillera de jeunes déscolarisés ayant déjà des notions de base en agriculture. FM., 07.05.1993. Le programme d'insertion des  jeunes déscolarisés [.]. FM., 16.02.1993.

 

désemparer, v.intr. Rare, Litt. (Kourouma). Etre désemparé. Le coeur de Salimata désempara. Kourouma, 1970 : 60.

 

désensorcellement, n.m. Assez fréq., oral, écrit, tous milieux. Action de désensorceler, de faire disparaître les effets d'actes de sorcellerie. Le colonel Papa le bon lui-même parfois pesait les bagages, discutait ferme avec les passagers et encaissait directement les taxes des douanes dans les poches de la soutane. Sans compter les séances de désensorcellement. Sans compter les conciliabules...sans compter...[.]. Kourouma, 2000 : 80. Il fut condamné à des séances de désencorcellement. Des séances de désensorcellement de deux hivernages*. Ibid, 2000 : 86.

 

déserter les bancs, loc.verb., V. BANCS*.

 

désinsectiser, v.intr. Usuel, oral, écrit, tous milieux. Détruire systématiquement les insectes (notamment mouches et moustiques) par des pulvérisations d'insecticide. Madame, la pompe* est gâtée*, je ne peux pas désinsectiser le séjour. (Boy, Abidjan, 1981). Quand il [: l'Institut d'Hygiène] s'avise de désinsectiser, une pulvérisation par voie aérienne lui coûte dix millions. FM., 20.01.1982. Près de la lagune, il faut désinsectiser la maison, une fois par an, c'est cher ! (Commerçant, Abidjan, 1983).

COM.: employé aussi bien pour la désinsectisation générale d'une maison par une entreprise que pour la simple pulvérisation occasionnelle d'insecticide dans une pièce.

SYN.: (part.) démoustiquer*.

 

désintéresser, v.tr. Dispon., oral, écrit, mésolecte, basilecte. Ne pas intéresser, ennuyer, déplaire. Moi c'est le dessin qui me désintéresse. (Instituteur, Bouaké, 1983). Tu dis que les polars te désintéressent, mais tu aimes voir des films policiers ? (Etudiant, Abidjan, 1984).

 

désivoirisé, (être ---- ), loc.verb. Dispon., oral, écrit, surtout intellectuels, péj. Avoir perdu son caractère national ivoirien. Moi je dis que certains quartiers d'Abidjan sont complètement désivoirisés avec leurs tours ultra-modernes. (Sociologue, Abidjan, 1980). La Côte-d'Ivoire [.] a fait de gros efforts pour rééquilibrer une économie dont on a pu dire qu'elle était fortement désivoirisée par le haut et par le bas. David, 1986 : 56.

ANT.: ivoiriser*.

 

désorienté, n.m. Rare, litt . Personne qui a perdu son chemin, égarée, privée du sens de l'orientation. Le désorienté revenait sur ses pas pour retrouver son chemin. Kourouma, 1990 : 206.

 

désormais, adv. Fréq., oral, mésolecte, recherché. Depuis un moment précis du passé jusqu'à maintenant. Particulièrement usité dans une question quasi-rituelle. Comment vas-tu désormais ? ( : comment vas-tu depuis la dernière fois ?, Convers. enseignants, Abidjan, 1980). Désormais, je n'ai plus mangé de langouste. (Secrétaire, Abidjan, 1981).

 

dessoucher, v.tr. Dispon., oral, écrit, tous milieux. Arracher les souches, jeter à bas un plant. Sangliers*, singes, biches*, toutes les nuits venaient dessoucher les bananiers*, les ignames* . Dadié, 1956 : 108. On était partis* dessoucher un brûlis. (Moniteur d'agriculture, Man, 1980).

 

destroy, [dDstrCj], v.tr.fréq. Argot zouglou, (de l'anglais), jeunes urbanisés. Tuer, rendre dingue, détruire (en parlant d'amour fou). La go* est jolie / avec son matos*, son sape* / ça peut me destroy. (: la fille est jolie /avec son popotin, ses fringues /elle peut me rendre dingue., Corpus T. Abidjan, 1994).

SYN.: pouvoir fan*, pouvoir tuer*, pouvoir mourir*.

 

détacher, v.tr. Fréq., (tradition), (calque de langues locales), oral, écrit.. Effacer les effets de l'envoûtement opéré à l'encontre de qqun. Elle accepta plus ou moins de "détacher" quelques victimes mais refusa obstinément de libérer N'Bé, le neveu d'Oncle Kopè. Parce que, disait-elle, il était lui aussi un sorcier. Bolli, 1977 : 82. Puisqu'on a fait un maraboutage* contre lui, il nous faut être dans une maison pour le détacher [.]. Il s'agit d'exorciser les mauvais esprits. FM., 21.01.1980. Souvent, il n'y a que le féticheur qui a attaché le médicament* qui peut te détacher. Les autres ne savent pas toujours. (Informateur, Bondoukou, 1990).

SYN.: démarabouter*.

ANT.: attacher*, djiboter*, faire djigbô*, faire gris-gris*, grigriser*, marabouter*.

 

détaillant-tablier, n.m. Usuel, oral, écrit, mélior. V. TABLIER*. Vendeur à l'étalage (au marché ou sur un trottoir...). Le Syndicat National des Commerçants Détaillants-Tabliers de Côte-d'Ivoire (SYNCODETACI) a réuni jeudi dernier les adhérents d'Adjamé dans les locaux de l'Ecole Primaire Publique Saligui Sangaré. FM., 26/27.05 1980. Je suis un détaillant-tablier  d'Abobo-Gare. ("Djamo-Djamo" 9 h 30, 18 mars 1981).

SYN.: tablier*.

 

détar, ditar, ditakh, [detar] / [ditar], n.m. Spéc., (flore), (du wolof). Terme générique qui, localement désigne deux arbres de la fam. des Caesalpinacées.

1- (Detarium senegalense Gmel.). Assez grand arbre de forêt, trapu, qui porte de gros fruits à pulpe sucrée. Certains détars ont des fruits toxiques sans qu'on puisse les distinguer des comestibles, ce qui fait qu'ils sont peu consommés. Roberty, 1954 : 201. Aubreville, 1959, I : 322. CTFT, 1989 : 274.

2- (Detarium microcarpum Guill. et Pern.). Petit arbre des savanes boisées aux fruits comestibles gros comme des oranges. Roberty, 1954 : 201.

 

détendre, v.tr. Dispon., oral, écrit, mésolecte, recherché. Ouvrir (en parlant d'un parapluie, d'une ombrelle ou d'un parasol). Certains électeurs sont venus avec leur parapluie. Ils les ont détendus à cause de la chaleur du soleil. FM., 18.01.1982. Les parasols étaient détendus sur le bord de la piscine de l'hôtel. (Rédaction 4ème, 1996, Bouaké).

 

détresser, v.tr. Fréq., oral, écrit, tous milieux. Défaire la coiffure traditionnelle féminine composée de petites tresses. Il faut compter une heure plus* pour vous détresser , vous brosser les cheveux, et vous recoiffer. (Coiffeuse, Abidjan, 1980).

SYN.: défaire les cheveux*.

ANT.: tresser*.

 

détourner le coeur, loc.verb. V. COEUR*.

 

détribalisation, n.f. Dispon., écrit surtout, politique, mélior. Disparition du caractère tribal, notamment dans les choix politiques. La solution, à mon sens, à la détribalisation du débat, c'est la démocratie. C'est-à-dire la transparence électorale, la justice. Ivoir'Soir, 26.05.1998.

 

détribalisé, adj. Peu fréq., spéc. Détaché de l'obéissance due à la coutume tribale, détaché de l'influence du groupe d'appartenance ethnique. Bien peu des habitants de la grande métropole moderne sont véritablement détribalisés. (Sociologue, Abidjan, 1980). Tous les ouvriers étant à la même enseigne détribalisés [.]. Tilliette, 1984 : 103.

 

détribaliser, v.tr. Peu fréq., spéc. Enlever à qqun ou qqch. son caractère tribal. Il faut avant tout détribaliser la politique si l'on veut la démocratie. (Etudiant, Abidjan, 1991). Il faut détribaliser le débat politique. (Titre d'article), Ivoir'Soir, 08.04.1998.

 

deuil, n.m. Usuel, oral, écrit, tous milieux. Période limitée (quarante jours par ex., pour les musulmans) durant laquelle on pleure, officiellement, un défunt. Toute la famille est réunie pendant le deuil jusqu'aux cérémonies du quarantième jour*. (Informateur, Kong, 1978). Je resterai au village pendant tout le deuil. (Enseignante, Ferké, 1980).

ENCYCL.: le deuil se termine par la levée* de deuil ou retrait* de deuil, sortie* de deuil.

DÉR.: deuilleur*.

 

deuilleurs, n.m.pl. Assez fréq., oral, mésolecte, basilecte, fam. Personnes en deuil, membres de la famille du défunt et participants aux cérémonies des funérailles*. Après l'enterrement [.] les gens en deuil (les deuilleurs, comme on dit en Côte-d'Ivoire) restent au village une semaine. Deluz, 1978 : 195. Il faut l'argent pour donner à manger et à boire aux deuilleurs. (Boy, Abidjan, 1980).

ENCYCL.: ces cérémonies (allant du décès à la levée de deuil) durent assez longtemps (d'une semaine à une quarantaine de jours, selon les ethnies et les religions).

 

deux, (y a pas son ----!), Il n'y a pas son deux ! loc.verb. Fréq., oral, surtout, basilecte, plaisant chez les intellectuels. Expression admirative et superlative correspondant à : il n'y en a pas deux comme cela ! C'est sans égal, il n'y a pas d'équivalent., y a rien de tel ! Abidjan, ça vaut rien ! Un bon foutou*, un joli pagne, la vie au village, y a pas son deux ! Zazou n° 8 : 1978. Les clients qui ont déjà passé, sont souvent revenus avec des amis, prouvant que le "Beyrouth" il n'y a pas son deux. Et puis l'addition passe facilement. FM., 12/13.12.1980. Médicament la*, c'est trop* spécial. Y a pas son deux, ça guérit tout ! Zazou, n° 17, 1980. "Petit là*, Afriqui là* tout, y a pas son deux ! (: Ce jeune, dans toute l'Afrique, il n'y en a pas un comme lui, Konaté, 1987 : 78.  Abidjan, y a pas son deux ! : Abidjan n'a pas sa pareille ! Première leçon de français de Moussa*. Jeune Afrique, 24/30.07.1996 : 95.

 

deux chambres-salon, n.m. V. DCS*.

 

deux-doigts, n.m. Usuel, oral, écrit, tous milieux, fam.

1- Vol à la tire. En quoi consistait cette opération? Deux doigts comme on dit. Il s'agit de soutirer un portefeuille en se frottant contre son propriétaire et en n'utilisant que l'index et le majeur en guise de ciseaux. Kollin, 1975 : 52. Si tu vas au marché, attention au deux doigts. (Ménagère, Abidjan, 1980).

LOC.: faire deux-doigts* .

2- deux doigts, voleur à deux doigts, pickpocket, voleur à la tire. Pickpocket ou voleurs à la tire communément appelés par la police, 'voleurs à deux doigts' ou 'deux doigts' [.]. FM., 21.01.1980. Y a un deux doigts qui lui a piqué le gnon*! (Etudiant, Abidjan, 1982).

DÉR.: deux-doigter*.

3- deux doigts, (faire [le] ---- ), loc.verb. Fréq., oral, fam., mésolecte, péj. Voler à la tire, subtiliser un objet en le prenant entre l'index et le majeur. De quoi il vit ? Il fait le baragnini* et aussi le deux doigts à la gare routière. (Lycéen, Abidjan, 1981). Méfie toi ! En ville, des gens qui font deux doigts, y en a beaucoup. (Instituteur, Man, 1982).

SYN.: deux-doigter*.

 

deux-doigter, v.tr. Argot du milieu, oral. Voler à la tire, subtiliser un objet en le prenant entre l'index et le majeur. J'ai cru que c'était un riche commerçant. Je l'ai deux-doigté. Kollin, 1975 : 38.

 

deux feux, n.m.pl. Argot zouglou, oral, spéc. jeu. As, carte maîtresse dans le jeu. Mais si c'est dans les poids* / tu vas piquer / t'entends dix huit / tôle te gagne / vingt cinq c'est quoi / et deux feux ça casse. (Corpus zouglou T., 1994).

 

deux fois deux (être ---- ), Argot estudiantin, oral, fam. Etre face à face. Il rentre maintenant dans la chambre  /ils étaient deux fois deux. (Corpus Z., 1992 : 96).

SYN.: être vis* à vis.

 

deuxième bureau, n.m. Usuel., (allusion à l'excuse souvent invoquée par un homme marié qui court la prétentaine :"je suis retenu au bureau!"), oral, fam., plais. Maîtresse, femme entretenue en dehors de son foyer, par un homme marié, à l'insu de sa femme légitime. Il a trois enfants avec sa femme et deux avec son deuxième bureau. (Infirmier, Abidjan, 1983). Elle est le deuxième bureau d'un grotto*. (Etudiant, Abidjan, 1983). J'ai quitté mon premier mari parce qu'il était trop égoïste; il ne contribuait en rien aux frais du ménage et entretenait un deuxième bureau. ID., 30.04. 1989. Ils multiplient les maîtresses, ce qu'on appelle les deuxièmes bureaux. Bussang /Leblanc, 1990 : 62. Au fond, si son entreprenant tuteur avait plu à Martine, il aurait pu devenir en même temps son protecteur* et son amant, et elle son deuxième bureau, avant qu'ils ne se lassent l'un de l'autre ou en attendant qu'il se décide à plaquer son premier bureau* et ses cinq enfants. Krol, 1994, 63. Ce n'est plus le cas quand le mari se contente d'ouvrir un "deuxième bureau" expression typiquement abidjanaise pour désigner le ou les foyers extra-conjugaux. Rémy, 1996 : 25. Voici une histoire qui va faire réfléchir les deuxièmes bureaux. Ivoir'Soir, 22.09.1997.

COM.: on peut distinguer deuxième bureau, troisième bureau, en fonction du nombre des femmes entretenues. Par contre le premier bureau, c'est toujours l'épouse légitime.

 

dévalisateur, n.m. Argot du milieu, spéc. Voleur chargé de la fouille d'une maison ou d'un appartement. Il y a également les 'canalisateurs' qui tiennent en respect les victimes pendant que les dévalisateurs fouillent et mettent à sac la maison. FM., 21.01.1981. Les dévalisateurs des immeubles. (titre d'article), FM., 19.01.1982.

 

dévaluation, n.f. Usuel, oral, écrit., péj. Opération par laquelle a été établie en janvier 1994, la parité 1 franc français = 100 CFA (et non plus 200 CFA comme antérieurement) ce qui a eu des incidences très importantes sur la vie quotidienne locale. Par ailleurs, la dévaluation du CFA* étant la condition de la reprise des financements par les organisations internationales, le FMI et la BM ont consenti à la Côte-d'Ivoire des prêts importants en 1994. C.V. Tuho, 1995 : 22. Mais à Abidjan, l'électrochoc de la dévaluation s'est transformé en un véritable coup de baguette magique. Jeune Afrique, 24/30.07.1996 : 69.

DER.: post*-dévaluation.

 

devancer le maître, loc.verb. Rare, litt., (Kourouma), (tradition), (calque du mandenkan), mélior. Pour l'épouse d'un chef manding, se retirer dans un endroit isolé et mener une vie ascétique, dès l'approche de la vieillesse, au lieu d'attendre d'y être contrainte par la mort de l'époux. Plus tard s'institua la coutume de devancer le maître ; sans attendre la fin du roi, ses femmes très âgées furent autorisées à déménager à Toukoro pour y vivre l'existence de prieures. Kourouma, 1990 : 141.

ENCYCL.: les épouses de chefs mandingues, autrefois, avaient à choisir entre accompagner leur époux dans l'au-delà ou se retirer du monde.

 

devant, adv. Fréq., oral, fam., mésolecte, basilecte. Plus loin dans la direction où l'on va. tout droit. C'est devant après l'église. (: Toujours tout droit après l'église, Piéton, Bondoukou, 1978). Si vous veut partir Carnaval Bouaké, c'est devant encore. (: Si vous voulez aller au carnaval de Bouaké, c'est plus loin dans cette direction, BD., Dago parlant à des petits Martiens), (FM., 21.06.1980). Je continue devant ou je tourne à droite? (Chauffeur, Abidjan, 1980).

 

devanture, n.m. Fréq., oral, écrit, tous milieux sauf intellectuels. Partie antérieure d'un bâtiment (facade, pas de porte, portail...) s'ouvrant sur la rue. Je suis un vendeur de cigarettes. Mon père était assis à la devanture de la case*. (copie 3ème, Bouaké, 1978). A la devanture du Lycée, il y a une vendeuse d'aloko*. (Lycéenne, Bingerville, 1983). Ma place se situe à côté d'un carrefour, près du trottoir, à la devanture d'une maison. FM., 07.03.1983. Le même sort a été réservé aux kiosques des trottoirs de la devanture du commissariat. FM., 07.05.1993. La devanture du petit centre culturel du village est clôturée de feuilles de palmiers. Ivoir'Soir, 14.10.1997.

COM.: très rarement utilisé en parlant d'un magasin.

 

développé (être ---- ), loc.verb. Fréq., oral, écrit, mésolecte, mélior. Se dit d'un individu dont les affaires semblent florissantes et qui présente des signes extérieurs de prospérité financière.  Patron, si tu donnes un peu l'argent pour payer *le vélo, les gens verront que je suis un peu développé  puisque je ne prends pas le bus. (Boy, Abidjan, 1978). Ceux qui rentraient [.] on voyait qu'ils avaient voyagé*, qu'ils étaient développés : ils avaient des habits* et le moyen de s'acheter un vélo. Deniel, 1991 : 22. Le Blanc*, quand il fait quelque chose, il le fait bien, c'est dans votre mentalité; c'est pour ça que vous êtes développés, non? Krol, 1994 : 40.

 

déverdir, (se ---- ) v.pron. Rare, litt. (Kourouma). Perdre ou atténuer sa couleur verte. Les fromagers* se déverdissent avec l'harmattan*. Kourouma, 1970 : 51.

 

dévier, v.tr. Rare, oral, écrit, mésolecte. Permettre d'éviter, contourner ( en parlant d'une route , d'une piste, d'un chemin). La piste qui dévie le campement* est plus courte ! (Chauffeur, Gouéssésso, 1979). En principe, tous les animaux entrant dans notre pays sont obligés de passer par ces postes à partir desquels ils empruntent des pistes à bétail qui dévient les cultures. FM., 16.04.1982.

 

dévierger, v.tr.

1- Usuel, oral, mésolecte, basilecte. Déflorer (une jeune fille). Les garçons, ils veulent tous te dévierger mais pas te marier*. (Lycéenne, Bingerville, 1978). Elle a refusé de dire qui l'avait déviergée et enceintée*. (Revendeuse, Abidjan, 1980) .

SYN.: casser*.

2- Dispon., oral, fam. Plaisant chez les intellectuels. Par métaphore, faire perdre à qqch. sa pureté originelle. Nous allons dévierger la maison en faisant la fête. Tu viendras ? (: Nous allons pendre la crémaillère, Universitaire, Abidjan, 1979).

 

devin, n.m. Usuel, oral, écrit, tous milieux, mélior.

1- Personne qui pratique la divination à partir de supports matériels comme les cauris*, la boîte à souris*. Les pouvoirs maléfiques attribués aux sorciers* sont considérables. Il existe fort heureusement [.] une autre catégorie d'individus, les féticheurs*, devins, guérisseurs* destinés, eux à [.] aider et à protéger des calamités que le sorcier* peut engendrer par ses coupables pratiques. Kerharo /Bouquet, 1950 b : 28. C'est un devin d'Adzopé qui m'a dit qui m'avait attachée*! (Secrétaire, Abidjan, 1978). [.] mais le féticheur-devin intervint [.]. Koné, 1980 a, 48.

ENCYCL.: le devin pratique une sorte de magie blanche qui s'oppose par ses aspects positifs à la magie noire du sorcier.

COMP.: devin par souris*, féticheur*-devin.

SYN.: clairvoyant*, voyant*.

2- devin par souris, n.m. Sorte de devin qui prédit l'avenir en observant les figures tracées par des souris qui se déplacent en liberté dans la case pour aller se nourrir. Les devins par souris sont très répandus [.]. Les souris vivent en liberté dans la case du devin. Quand on vient le consulter, il répand du sable fin dans la pièce [.], il dessine des figures magiques et place à une extrémité un peu de farine de mil*. Les souris en venant manger, laissent sur le sable des empreintes qu'on interprète par rapport aux signes préalablement tracés. Kerharo /Bouquet, 1950 a : 30. Le devin par souris m'a révélé que j'aurai encore deux fils. (Ménagère, Abidjan, 1978).

ENCYCL.: c'est la forme de divination la plus usitée dans l'est ivoirien.

 

d'horloge, loc. V. HEURE*. Notre attente a duré trois heures d'horloge ! (Spectateur, Abidjan, 1993).

 

diable /diablesse, n.m.ou f., adj. Usuel, (tradition), oral, écrit, tous milieux., péj.

1- n.m. ou f. Nom donné au sorcier ou à la sorcière maléfiques, ainsi qu'aux génies malfaisants qui leur sont associés. Le grand féticheur* était puissant. Il parlait avec les diables, disait-on. Koné, 1974. Je déclare publiquement que je suis une diablesse. Arnaut, 1976 : 11. Bois le djouroutoué* si tu n'es pas diable ! Bolli, 1977 : 84. La diablesse a avoué qu'elle avait mangé* des âmes. (Informateur, San Pedro, 1977). Certains l'appellent la voyante*, la sorcière*, la diablesse. Elle est là, enroulée dans ses pagnes de soie blanche qu'elle noue à la hauteur de ses seins. Anoma Kanié, 1978 : 73. Un vieux planteur* mourut. On interrogea* le mort [.]. C'est sa fille, une gamine de 10 ans qui était la cause de son trépas. La fillette était une diablesse qui partageait les repas d'une dizaine d'autres diables [.]. Les diables décidèrent de surseoir à la mise à mort du planteur*. FM., 22.01.1982. Les malheurs que Dieu envoie en malédiction aux diables, les diables étant ceux qui ont jeté des sorts à leur prochain. Gaudio /Van Roekeghem, 1984 : 56.

LOC.: attacher en diable, être en diable, manger en diable, tuer en diable.

DÉR.: diaboliquement*

SYN.: mangeur* d'âmes/mangeuse d'âmes, sorcier* /sorcière.

2- diable, adj. Maléfique, chargé de magie noire, lié aux mauvais génies. Il y a beaucoup de choses qui sont diables et les gens se méfient. (Informateur, Daloa, 1978). Alors, vous trouvez une cuvette* simple avec de la nourriture dedans, pour vous, c'est diable ça ? FM., 09.01.1980. Normalement ces gens ont un jour où ils adorent leurs fétiches. Ils sont un peu spéciaux. On dit qu'ils ont la tête dure* et sont un peu diables. A. Kouadio, 1983 : 64.

3- diable, (attacher en ---- ), loc.verb. Envoûter, frapper d'un mauvais sort. Ils m'ont attachée en diable pour que je n'aie plus d'enfants. Terray, 1970 : 138.

SYN.: attacher en sorcellerie*.

4- diable, (être en ---- ), loc.verb. Etre possédé par un esprit, avoir le diable en soi et être soumis à son pouvoir. S'il y a parmi nous, ici, dans l'assistance, deux ou trois personnes qui sont en diable, elles peuvent  converser entre elles sans que nous les entendions. Arnaut, 1976 : 19.

5- diable, (manger en ---- ), loc.verb. Se dit d'un sorcier qui aspire la substance vitale d'un être humain pour accroître la sienne ou l'offrir à des génies maléfiques. C'est moi qui ai mangé celui-ci et celui-là en diable. FM., 21.04.1981.

6- diable, (tuer en ---- ), loc.verb. Tuer par des pratiques magiques, tuer en ayant recours aux actions maléfiques d'un sorcier. Si un voisin construit une maison en dur*, on va chercher à le tuer en diable. Si un ami revient de la ville avec une petite fortune [.] on va chercher à le tuer en diable. Pourquoi ? La jalousie. Arnaut, 1976 : 78.

 

diable de mer, n.m. Spéc., (faune). (Manta birostris Donndorff). Seule espèce ouest atlantique du genre Manta, raie pouvant atteindre 6 m. d'envergure et peser près de 3500 kg. Les diables de mer sont capables de faire des sauts hors de l'eau et font un bruit terrible en retombant. Ce fait, joint à leur aspect effrayant, explique leur nom et les nombreuses légendes qui circulent à leur sujet. Aldrin /Noyer /Bregeat, 1972 : 11.

ENCYCL.: le diable de mer porte deux protubérances sur le devant de la tête. Bien que réputé terrifiant, il est en réalité inoffensif, sauf à la capture.

SYN.: mante, raie cornue, raie manta.

 

diaboliquement, adv.. Assez fréq. oral, écrit, tous milieux, péj. A la façon d'un diable* ou d'une diablesse*, par magie noire. Diaboliquement j'ai tué les personnes suivantes [.]. Arnaut, 1976 : 11. Il y a des gens qui veulent me tuer diaboliquement. (Secrétaire, Bouaké, 1979).

 

diakoidio, diékoidio, djékouadio, djé kouadio, djé Kouadjio, diékwadio, djakoidio, djakouadio, djakouôdjo, djakwadio, djécouadjio, djékoudjo, [djakwadjo],/[djekwadjo],n.m. Usuel, (santé), (du mandenkan, du baoulé), oral, écrit, tous milieux. Appellation qui recouvre deux maladies différentes: le diakoidio blanc, forme de paludisme (V. PALU*), et le diakoidio rouge, hépatite virale avec jaunisse (qui rougit le blanc de l'oeil) et urines colorées. (V. FIÈVRE* JAUNE). Le diakoidio, forme très grave d'ictère avec hémoglobinurie et hématurie. Bouquet /Debray, 1974 : 76. Djékouadio:  paludisme, malaria en baoulé. Anoma Kanié, 1978 : 8. Façon *djakoidio a také nhom aujourd'hui, on dit pas. (: Pas croyable la façon dont les gens ont le paludisme de nos jours!, Zazou n°17, 1978). C'est une maladie qui me revient assez souvent. Elle est chronique, le Djè Kouadio est une maladie de la famille, du pays ! Anoma Kanié, 1978 : 170. Alors ma femme m'a dit que ça devait être du djakouôdjo, du paludisme. Koné, 1980 : 87.  A l'intérieur [: du pays], le canna est prescrit comme calmant de la toux, comme fébrifuge ainsi que dans le traitement du diékoidio. Ibid : 63. En 1980, un djékoudjo terrasse Tantie*. FM., 05/06.03.1983. Le djékouadio, terme très classique qui désigne toute manifestation pathologique avec altération de l'état général et fièvre comme le paludisme aigu ou chronique, la tuberculose, une fièvre typhoïde, une atteinte hépato-biliaire avec ictère. FM. 26.12.1983. Il traite même  les caries dentaires et bien entendu les crises de djecouadjio, nom dioula* du paludisme. Krol, 1994 : 112. Chez nous, qui penserait à poursuivre des guérisseurs [.] qui calment nos djé koudjio? Ivoir'Soir, 22/23/24.08.1997. Le paludisme, ici le djêkouadjo est l'une des affections majeures des pays tropicaux. Ivoir'Soir, 12.11.1997.

SYN.: fièvre* jaune, fièvre* hématoglobinurique, malaria*, palu*, ictère.

 

dialecte, n.m. Encore fréq. chez les plus âgés et les peu ou non scolarisés, péj. Langue africaine. L'utilisation des langues maternelles étant proscrite dans l'enceinte de l'école durant l'époque coloniale, le terme 'dialecte' a donc pris la signification péjorative de 'patois', 'idiome sans écriture'. Défense de parler les dialectes dans l'enceinte de l'école. Dadié, 1956 : 116. J'usais de plusieurs dialectes : yacouba, ouobé, celui de ma race*. Girard, 1967 : 35. Demande au Père B. de t'accompagner, il parle bien le dialecte. (Informateur, Bondoukou, 1979). On demanda les nouvelles à Kimou Aguié. Il les donna comme il le put, c'est-à-dire jusqu'où la pratique de son dialecte qu'il devait réapprendre lui permit de s'exprimer. Oussou-Essui, 1979 : 47. Son ignortance du dialecte des villageois aiguisait sa susceptibilité. Oussou-Essui, 1999 :18.

ENCYCL.: s'oppose au mot 'langue' qui, sous l'influence de l'époque coloniale, s'est restreint à la désignation de la langue officielle, vecteur de l'éducation et de la culture importée.

SYN.: langue nationale (part.), langue vernaculaire, patois*.

COM.: le sens véritable de 'dialecte': "variété géographique d'une langue", ne semble connu localement que par les linguistes. Pour parler de langue africaine utilisée comme langue première par une communauté linguistique, on emploie 'langue* vernaculaire ou de préférence 'langue* nationale lorsque la langue africaine en question a un statut et une fonction de communication reconnus dans le cadre de l'Etat.

 

diallo, [djalo], n.m. Argot urbain, (patronyme peul très répandu), oral, fam., jeunes. Vendeur à l'étalage, sur la voie publique. On a coutume d'appeller diallo tous ceux qui vendent de la cigarette* au bord de la route ou tous ceux qui font le travail de kiosque. Cité in Caummaueth, 1988 : 143. Diallo fut l'un des premiers Guinéens à arriver à Bidjan pour vendre chewing-gums et cigarettes dans un meuble gigogne lui servant d'étalage. On le connaît de Vridi à Williansville au point que son patronyme, gagnant en popularité, a perdu sa majuscule pour désigner l'ensemble de ses confrères. Tierno Monenembo, 1993 : 30. Regardez, tous les petits Mamadou, les Diallo qui vendaient des cigarettes et des bonbons, on les a fait déguerpir*. Jeune Afrique, 24/30.07.1996 : 71. Et puis je vais trouver un tablier,* un diallo quoi. J'ai cent vingt cinq. je dis je veux deux malboros. (Jeune, maquis* abidjanais, 1995).

ENCYCL.: les Peul de Guinée sont souvent revendeurs de cigarettes, allumettes ou confiseries à l'aide d'un éventaire transportable qu'ils installent sur le trottoir, près des chantiers.

COMP.: tablier* diallo.

SYN.: mamadou*, tablier*.

 

dialogue à l'ivoirienne, n.f. Fréq., oral, écrit, tous milieux, mélior. V. A* l'IVOIRIENNE. Appellation donnée à la concertation nationale de grande envergure entamée entre les gouvernants et les diverses couches du pays lorsque de graves tensions sociales semblent se faire jour. Elle s'appuie sur la modernisation des contacts communicatifs de type traditionnel. La période difficile des années 1968-1970 (mécontentement populaire, contestation estudiantine) est traitée par le "dialogue à l'ivoirienne" et permet de faire adopter un consensus [.]. Antoine /Debresson /Manou-Savina, 1987 : 87.