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Dialectologie, Diachronie, Phonologie, dont le français en Afrique

DDP
Dialectologie, Diachronie, Phonologie, dont le français en Afrique

Responsable : Michèle OLIVIERI

Membres permanents :

Xavier Barillot, Riitta Blum, Guylaine Brun-Trigaud, Elisabetta Carpitelli, Jean-Philippe Dalbera, Carole de Féral, Chantal Kircher, Bohdana Librova, Lucia Molinu, Michèle Oliviéri, Ambroise Queffelec, Jean-Claude Ranucci, Olivier Rizzolo, Tobias Scheer, Marie Virolle.

 

Membres non-permanents :

Moussa Abdoulaye, Samir Ben Si Saïd, Jonathan Bucci, Sylvain Casagrande, Elena Curculescu, Giuseppina Cutri, Taieb Jebly, Albert Malfatto, Irène Ngoie Kyungkiboco, Katerina Palasis, Gisèle Thoa.

 

Axes de recherche :

 

 

Cette équipe est d’abord la mise en commun depuis 2007 des intérêts partagés des dialectologues et des phonologues : le pari est que les deux métiers de base – la dialectologie et la phonologie – d’une part s’éclairent mutuellement, d’autre part ne se conçoivent qu’à la lumière de la diachronie. Depuis 2012, s’y est adjointe la thématique du contact des langues avec notamment le français en Afrique.

L’agora de l’équipe peut donc se définir par l’espace ouvert entre théorie, diachronie et variation diatopique.

Ainsi la spécificité niçoise en matière de dialectologie est son étroite association à la théorie linguistique, notamment en ce qui concerne l’étymologie et la syntaxe générative. La spécificité niçoise en phonologie est construite par l’assise diachronique et, si possible, dialectologique, de la théorie phonologique.

A cela s’ajoute bien sûr l’activité fédératrice du laboratoire : tous ces travaux sont menés sur (grands) corpus.


DIALECTOLOGIE


L’idée centrale développée par notre équipe est que la variation diatopique est le reflet du changement diachronique ; ainsi, nous faisons le pari que la variation dialectale que nous étudions peut nous permettre de reconstruire l’évolution de la langue et de faire des hypothèses sur le fonctionnement du langage.
Les recherches s’articulent donc autour de la notion de reconstruction ; elle opère à partir de la comparaison des variétés en usage dans le temps et dans l’espace, visant à reconstruire des systèmes sources et expliciter les mécanismes de l’évolution linguistique, à partir de dialectes d’oc contemporains, de dialectes allemands, de variétés du slave et du latin dans sa filiation indo-européenne.

Les faits diachroniques questionnent les modèles théoriques, notamment phonologiques et syntaxiques, qui ont été trop longtemps bâtis sur les seules analyses synchroniques et/ou sur des langues standards. A l’inverse, les théories modernes font des prédictions concernant les événements diachroniques : elles déclarent tel changement probable ou normal, tel autre incongru, et exercent ainsi un rôle de contrôle sur les résultats philologiques, souvent centenaires. Dans cette perspective, l’équipe est responsable de la partie phonologique (ou phonétique historique) du projet GGHF (Grande Grammaire Historique du Français) conduit par Christiane Marchello-Nizia pour le compte de l’ILF.

L’essentiel de ce travail diachronique a d’abord trait à la morpho-phonologie.
Mais, par ailleurs, les dialectologues romanistes, qui disposent d’un corpus lexical considérable avec la base de données THESAURUS OCCITAN (THESOC) développée au sein du laboratoire et l’Atlas Linguistique Roman (ALiR), ont ouvert des voies d’investigation nouvelles en étendant la démarche au lexique, puis à la syntaxe.

Site du Thesaurus Occitan (THESOC)


Reconstruction lexicale

La nouvelle approche de l’étymologie que propose Dalbera (2006) est fondée sur le constat que l’étymologie telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne marche que sur une patte et par conséquent boîte bas. Malgré le fait que le signe linguistique possède deux faces et qu’il convient de rendre compte tant de l’une que de l’autre, le versant sémantique du signe lexical est sinon absent du moins réduit au rôle de simple auxiliaire dans la recherche étymologique. Il suffit de consulter un dictionnaire étymologique, avec son organisation par entrées-mots, que celle-ci soit conçue de l’étymon présumé vers la forme moderne (type FEW) ou de la forme moderne vers la source étymologique (type DHLF), pour constater que le primat massif du signifiant sur le signifié (de la forme phonique sur le sémantisme) reste patent. Dans les deux cas la perspective est essentiellement sémasiologique et induit une conséquence importante : le signifié ne fait pas l’objet d’une reconstruction propre ; ce qui en est dit se ramène à attester une continuité, condition nécessaire pour parler d’étymologie.

Or, Dalbera (2006) montre que ce déséquilibre entre traitement du signifiant et traitement du signifié n’est pas une fatalité mais que c’est le modèle utilisé qui génère ses propres limites. Plusieurs analyses y sont proposées qui convergent et conduisent vers une autre conception de l’étymologie, disons une reconstruction lexicale dans laquelle la mise en œuvre conjointe de trois principes (bien connus mais non utilisés ensemble) : (i) distinguer la dynamique lexicale (motivation) de l’état (arbitraire) ; (ii) élucider le motif sur base comparatiste ; (iii) mesurer la prégnance du motif à l’aune de sa récurrence, conduit à des résultats spectaculaires, résout des problèmes étymologiques réputés inaccessibles et surtout éclaire considérablement la sémantique lexicale. Ainsi, J.-Ph. Dalbera modélise comme deux reconstructions alternatives et complémentaires le parcours diachronique de la forme phonique et celui du sens. C’est l’analyse motivationnelle du lexique qui permet la saisie du signifié du signe lexical et des modalités de son évolution. Cette analyse motivationnelle est elle-même rendue possible par le traitement d’une quantité considérable de données relatives à des dialectes génétiquement apparentés de manière étroite et offrant néanmoins une variation diatopique considérable, ce que permet d’une part le THESOC et d’autre part l’Atlas Linguistique Roman (ALiR) coordonné par E. Carpitelli.
Ces principes sont également appliqués par J.-C. Ranucci à l’analyse des micro-toponymes, un module du THESOC étant consacré à ce domaine.

 

Syntaxe et morphologie

Les dialectes occitans ont récemment commencé à contribuer à la construction théorique en syntaxe : c’est l’objet d’un axe de recherche de l’équipe qui développe à cette fin le Module Morpho-Syntaxique (MMS) du THESOC sous la direction de M. Oliviéri. Toujours dans la même direction épistémologique, il s’agit d’étudier la syntaxe dialectale dans sa variation diatopique et diachronique, à travers le prisme théorique générativiste et en se dotant d’un grand corpus. Ce module (MMS) est donc constitué d’une base de données de textes oraux, dotée d’outils spécifiques (tagger et parser) permettant l’étude de la variation morpho-syntaxique dialectale.

Ainsi, en appliquant les principes développés par Dalbera pour l’étymologie à ce domaine, l’équipe se propose de tenter de faire de la reconstruction en syntaxe et en morphologie. Les travaux en syntaxe générative s’inscrivent généralement dans une perspective typologique. Nous pensons que l’étude de la variation morpho-syntaxique observée dans les langues non standards que sont les dialectes peut apporter plus : des éléments permettant de reconstruire l’évolution des systèmes. La notion de "paramètre" est alors revisitée, dans une perspective qui prend en compte la grande diversité des faits observés et le changement diachronique.

Parallèlement, se poursuit une réflexion avec les phonologues et les lexicologues sur les relations entre les différentes interfaces du langage et l’architecture de la grammaire, notamment la place de la syntaxe et celle de la morphologie par rapport à celles de la phonologie et du lexique.

 

PHONOLOGIE

 

Dans le cadre défini par l’équipe et le laboratoire, les phonologues s’intéressent à quatre thématiques :

 

  • l’interface avec la morpho-syntaxe

  • les gabarits

  • les jeux de langage et langues secrètes

  • la longueur virtuelle (consonantique et vocalique)

Ces thématiques sont abordées dans un cadre théorique partagé, celui de la Phonologie de Gouvernement en général, et de CVCV (ou CV strict) en particulier.

Dialectologie

Le théâtre de la collaboration avec les dialectologues est le gallo-roman ainsi que l’italo-roman (thèse en cours), et notamment le chantier à long terme de la Grande Grammaire Historique du Français (GGHF). En couchitique, X. Barillot poursuit l’objectif, à moyen terme, de constituer une base de données dialectologique de type THESOC pour les langues en question.


Langues slaves

Le slave est représenté par O. Rizzolo (jeux de langage en serbe), et par les travaux de T. Scheer sur le slave de l’Ouest, notamment la longueur vocalique et les alternances voyelle-zéro.


Interface avec la morpho-syntaxe

Concernant l’interface, l’équipe s’intéresse à la naissance et à la gestion, en phonologie, d’information extra-phonologique (Scheer 2011) : comment les objets porteurs d’information morpho-syntaxique sont-ils insérés en phonologie, de quelle nature sont-ils (ne sont-ils pas), et comment la computation phonologique les gère-t-elle ?


Gabarits

Poursuivant la pensée de la Morphologie Prosodique des années 80 (McCarthy & Prince 1996), l’équipe cherche à mettre en évidence des fonctionnements gabaritiques en dehors du domaine sémitique, qui est son terrain classique : couchitique, slave, éventuellement français ou dans les jeux de langage. Elle poursuit l’hypothèse que les gabarits dans des systèmes concaténatifs (par opposition à la morphologie sémitique, qui est non-concaténative) ont trois propriétés :


• ils sont "gratuits", i.e. contrairement au sémitique n’ont pas valeur de morphème, et
• ils ne sont pas à schème fixe : si en sémitique c’est toujours la même consécution de consonnes et de voyelles qui identifie un gabarit (p.ex. [CVCCVC] pour la forme II de l’arabe classique), les gabarits non-sémitiques imposent une taille minimale ou maximale, mais qui peut être instantiée de différentes manières.
• les contraintes gabaritiques sont déclenchées par de l’activité affixale


Ces hypothèses se démarquent du devenir ultérieur de la Morphologie Prosodique qui, au début des années 90 et en tant que conséquence directe de l’application de la théorie de l’Optimalité, a dissout les gabarits dans les contraintes (Generalized Template Theory, McCarthy & Prince 1994). Contrairement à cette perspective, l’équipe affirme qu’en sémitique, la racine (tri-)consonantique ainsi que les gabarits sont des objets grammaticaux, lexicaux et cognitifs indépendants, et à ce titre forgent une spécificité de cette famille de langues qui l’oppose à d’autres familles (p.ex. indo-européenne, où la mélodie et son support syllabique cohabitent dans le lexique).


Longueur virtuelle

L’idée de la longueur virtuelle est que la longueur d’un objet phonologiquement long, i.e. d’une voyelle longue ou d’une géminée, peut être marquée en surface (phonétique) de diverses manières autres que la durée : la longueur vocalique peut se manifester (exclusivement) en tant qu’ATRité, non-réduction (à schwa) ou encore en tant que voyelle tonique ; les géminées peuvent se signaler (exclusivement), en surface, par la longueur de la voyelle précédente, par (le blocage) d’une alternance voyelle-zéro, par l’aspiration ou par la préaspiration. Ce catalogue ne comporte que les cas documentés : d’autres déguisements phonétiques sont possibles.
La longueur virtuelle pose la question du partage du travail entre la phonologie et la phonétique : la computation phonologique n’y et pour rien dans les effets de surface cités. Ceux-ci sont le fait de la seule interprétation phonétique d’une structure phonologique invariable, i.e. celle où un objet mélodique est associé à deux unités syllabiques. La théorie de l’interprétation phonétique est une spécificité de la Phonologie de Gouvernement (Gussmann 2007).

 

 

CONTACT DES LANGUES ET FRANÇAIS EN AFRIQUE

Responsable : Carole de Féral

 

Les recherches se focalisent ici sur l’étude des dynamiques de transformation des langues en y intégrant la problématique du contact, à partir de différents types de données empiriques. Sont ainsi particulièrement (mais non exclusivement) étudiés :

Le français en Afrique sub-saharienne et au Maghreb 

Le français en Afrique doit pouvoir décrire des réalités et véhiculer des cultures extrêmement différentes de celles de l’Hexagone. Les très nombreuses langues avec lesquelles il est en contact jouent un grand rôle non seulement en tant que sources de transferts linguistiques et culturels mais aussi dans les stratégies langagières quotidiennes (emprunt, alternance codique…) des locuteurs et dans l’écriture des auteurs littéraires.
 

Les Pratiques urbaines et l’émergence de nouvelles identités

(« parlers jeunes », langues véhiculaires, appropriation vernaculaire, changement linguistique…)

Les espaces plurilingues dans lesquelles les langues évoluent ont donné naissance à des façons de parler, voire de nouvelles « langues » susceptibles de symboliser une identité non plus ethnique ou régionale mais nationale. Sont ainsi étudiés des objets linguistiques comme le camfranglais/francanglais du Cameroun ou le nouchi de Côte d’Ivoire mais aussi des langues véhiculaires implantées depuis longtemps en Afrique comme le pidgin-english du Cameroun. L’appropriation vernaculaire de celui-ci par certains locuteurs et le fait qu’il soit en contact avec l’anglais donnent lieu à des changements linguistiques dont il convient de rendre compte.
 

L’approche théorique du contact des langues 

Les différentes analyses de ces objets empiriques ont donné lieu à divers développements théoriques sur le contact des langues, qui ont eux-mêmes mené à des ouvertures épistémologiques. On a montré notamment qu’il était important de réfléchir sur la nécessaire articulation entre les pratiques et les représentations (des locuteurs mais aussi celles que les linguistes proposent dans leurs descriptions) et qu’il importait de questionner des notions aussi banales que celles de « langue » ou de « variété ».

 




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