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Quadriennal 2008-2011


Contacts, échanges et frontières en Méditerranée XVIe-XXIe siècles

Le CMMC se propose de consacrer le quadriennal 2008-2011 à l’étude des acteurs (consuls, francs-maçons, figures des élites politiques et administratives) et des lieux (îles et ports) des contacts, échanges et frontières en Méditerranée (XVIe-XXIe siècles).

La Méditerranée moderne et contemporaine est au cœur d’une circulation intense d’hommes, de biens, d’idées, d’informations, de représentations. Lieux d’affrontement, ses frontières appellent constamment au contact, au franchissement, à l’échange, à la rencontre. La priorité sera donc donnée aux acteurs des échanges en Méditerranée qui vivent la frontière et de la frontière, qui lui tournent le dos ou encore l’appréhendent comme un horizon d’attente pour les uns, de crainte pour d’autres.

Espace convoité, espace fracturé, la Méditerranée est également un espace et une frontière de rencontres intensément parcourus. Varier la focale et les échelles d’observation permet de faire apparaître un maillage particulièrement serré de l’espace méditerranéen, et d’en proposer une cartographie dynamique. Négociants, consuls, exilés, passeurs, savants et migrants sont les promoteurs, les acteurs, les obligés aussi de ces échanges. Idées, idéologies, productions culturelles, modes de vie, de loisirs et de divertissements : les occasions de se rencontrer sont multiples. A tel point que le Conseil de l’Europe a pu définir la Méditerranée comme un « espace privilégié de l’interculturalité ». Sans doute plus qu’ailleurs, la relation à l’Autre revêt une dimension complexe dans le bassin méditerranéen. Frontière entre chrétienté et Islam à l’époque moderne, entre Nord et Sud aujourd’hui, la Méditerranée est aussi une « frontière de rencontres ». Pour aller au-delà des mots, il faut prêter attention aux acteurs de ces échanges, analyser les postures et les stratégies qu’ils adoptent, les identités qu’ils façonnent comme les représentations qu’ils suscitent. La référence à la figure tutélaire de l’historiographie française qu’a été Fernand Braudel n’a rien d’une invocation rituelle. Il s’agit bien plutôt de revisiter le projet braudélien d’appréhension de l’espace-temps méditerranéen dans ce qu’il a de plus novateur. Nous nous proposons ainsi d’examiner et de revisiter l’espace-temps méditerranéen à partir de la frontière. Une frontière appréhendée comme un observatoire privilégié des échanges en Méditerranée et comme un laboratoire où s’élaborent, au gré des ruptures qui scandent l’histoire de la mer intérieure, de multiples recompositions -territoriales, sociales, économiques, politiques et stratégiques.

Deux thèmes ont été retenus :

thème 1 : « Circulation des hommes et des informations »

thème 2 : « Iles et ports entre fermeture et ouverture »

 

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Bilan du quadriennal 2004-2007

 

L’axe 1 : Population et Changement Social en Méditerranée a marqué la spécificité d’un laboratoire interdisciplinaire attaché aux études transversales. En travaillant sur migrations de populations en Méditerranée, sous l’impulsion de Ralph Schor et d’Yvan Gastaut, le laboratoire s’est attaché à l’étude des systèmes de représentations et des stéréotypes des migrants dans le temps et l’espace -recherches qui ont débouché sur le colloque international récapitulatif Religions et Migrations XIXe-XXe siècles les 7 et 8 décembre 2007 ; cette rencontre a réuni de très nombreux participants et a bénéficié d’une convention de partenariat avec la Cité nationale pour l’histoire de l’immigration qui vient d’ouvrir ses portes. Cette approche a été complétée par l’étude de la ville méditerranéenne du point de vue des discontinuités socio-spatiales dans l’espace urbain. Cette problématique des frontières internes : des frontières de la ville aux frontières dans ville, les différents types de frontières, les principaux objets spatiaux produits, a trouvé un écho favorable auprès des collègues du laboratoire et auprès de chercheurs d’autres centres niçois et européens. Ainsi, plusieurs tables rondes ont pu être successivement organisées, sous la responsabilité du CMMC. En juin 2006, le n°73 des Cahiers de la Méditerranée a dressé un bilan de ces rencontres sous le titre : Les frontières dans la ville. L’étude de la perception et la prévention des risques urbains a été menée en parallèle. Il s’agissait moins de dresser la liste des menaces réelles ou d’établir la chronique des désastres, que de montrer quelle hiérarchie les populations établissent entre les risques que leur environnement induit, quels sont les risques majeurs acceptés et refusés. Un premier travail a été entrepris sous l’impulsion de Xavier Huetz de Lemps, aujourd’hui directeur des études pour l’histoire contemporaine, à la Casa Velasquez de Madrid.

L’axe 2 : Héritages et échanges culturels s’est attaché à l’étude de la mémoire des lieux et des lieux de mémoire en région PACA et en Corse. De nombreux sites ont été inventoriés et exploités grâce aux travaux des étudiants de maîtrise, DEA et aujourd’hui de Master, sous la direction de Jean-Louis Panicacci et Jean-Paul Pellegrinetti notamment. Des séminaires réguliers ont permis d’analyser l’inventaire des sites et de soumettre les lieux de mémoire à une analyse thématique et esthétique et de se livrer à une étude évolutive de la mémoire des lieux. La diversité des lieux d’inventaire a conduit à des analyses comparatives intéressantes. Les membres de l’équipe participent au projet Horoya (programme de collecte de témoignages oraux sur la période 1939-1947 cofinancé par le département des Alpes-Maritimes, le Conseil Régional PACA, et la MSH de Nice). Marie-Aline Barrachina et Valérie Piétri ont eu la responsabilité d’un ensemble de séminaires sur mythes et rites en Méditerranée. Ils ont abouti à l’organisation de deux journées d’études les 9 et 10 février 2006 auxquelles ont participé une vingtaine de chercheurs (France, Italie, Espagne…). Elles doivent déboucher sur un important dossier thématique des Cahiers de la Méditerranée en 2008. L’arrivée au CMMC d’un professeur d’histoire moderne, spécialiste des réseaux d’échange qui innervent l’espace européen et méditerranéen au siècle des Lumières et de la sociabilité, a permis d’amorcer l’étude des échanges culturels en Méditerranée qui est au cœur du quadriennal 2008-2011. Cette nouvelle orientation a reçu un écho très favorable de la part de nos correspondants des rives méditerranéennes. Un colloque international réunissant la plupart des spécialistes internationaux de la Franc-maçonnerie en Méditerranée s’est tenu en octobre 2005, sous la responsabilité scientifique de Pierre-Yves Beaurepaire sur le thème Franc-maçonnerie en Méditerranée XVIIIe-XXe siècle : circulations, modèles, transferts. Les actes du colloque ont été publiés dans le n°72 des Cahiers de la Méditerranée. Deux post-doctorants (UQAM, Canada et U. de Lund, Suède) ont été accueillis sur ces thèmes, de même qu’un PhD candidate de l’Université de Yale, et un professeur invité de l’Université de Tokyo, Katsumi Fukasawa.

L’axe 3 : Tensions géopolitiques, Etats et Sociétés a mis l’accent sur les échanges et conflits en Méditerranée. Séminaires et journées d’études où sont intervenus différents spécialistes européens et méditerranéens de la question se sont déroulés régulièrement et une rencontre internationale de trois jours a été organisée sur le thème de Crises, Guerres et conflits en Méditerranée. Histoire et géopolitique XVIe-XXe siècles. Ces journées ont réuni une cinquantaine de spécialistes (histoire, géographie, géopolitique, droit international…) appartenant à différentes institutions européennes et méditerranéennes. Une sélection drastique des textes a été effectuée par le comité scientifique du colloque. Deux tomes des Cahiers de la Méditerranée ont été publiés en 2006, représentant une somme de plus de 500 pages. Dans un deuxième temps, l’étude des pouvoirs, dérives et ruptures en Méditerranée sous la responsabilité de Samya El Mechat et Jean-Paul Pellegrinetti a mis en valeur les différentes formes étatiques d’encadrement et de structuration des sociétés et des territoires, durant les périodes moderne et contemporaine. Après l’organisation de séminaires, une table ronde sur les pratiques administratives de l’Etat en Méditerranée à l’époque contemporaine s’est tenue en mars 2006. Dans une perspective complémentaire, le CMMC sous l’impulsion d’Anne-Laure Dupont s’est intéressé aux formes de la modernisation dans les sociétés méditerranéennes en privilégiant un champ aujourd’hui particulièrement prometteur : l’étude des systèmes scolaires et enjeux de l’enseignement au Proche-Orient et en Afrique qui a débouché sur l’organisation de deux journées d’études en janvier 2005. La publication des actes est prévue pour décembre 2007 (n°75 des Cahiers de la Méditerranée). Nommé en septembre 2007, Olivier Bouquet, spécialiste de l’histoire ottomane, poursuit l’étude de l’encadrement des Etats et des sociétés à partir de l’analyse des carrières administratives, des trajectoires individuelles et des itinéraires familiaux. Il rencontre ainsi les problématiques d’autres chercheurs du laboratoire (Pierre-Yves Beaurepaire, Christophe Bellon, Anne Brogini, Henri Courrière, Xavier Huetz de Lemps, Jean-Paul Pellegrinetti notamment) ainsi que de nombreux doctorants. Le quadriennal 2008-2011 leur donnera l’occasion de développer ces recherches autour d’une prosopographie comparée des élites politiques et administratives. Pour ces trois axes, le CMMC a souhaité favoriser la participation des doctorants et des jeunes chercheurs du laboratoire (et hors laboratoire). Séminaires, journées d’études et colloques leur ont donné l’occasion de présenter leurs travaux et de pouvoir publier les premiers résultats de leurs recherches. Outre son programme de recherches propres, le CMMC en tant que laboratoire a apporté son soutien à plusieurs manifestations scientifiques d’ampleur organisées à l’Université de Nice Sophia-Antipolis dans le cadre de la MSH. Il participe à divers programmes de recherches nationaux et internationaux, notamment le GIS d’histoire maritime, les programmes INTERREG II et III avec les Universités de Turin et de Gênes et CMCU avec les Universités de Tunis, le GDR Ecrits du for privé, ainsi que le Réseau scientifique européen pour l’étude de la communication dans l’Europe moderne. Les différentes recherches menées au cours de ces quatre années ont favorisé l’élargissement des relations scientifiques constaté tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale et favorisé divers types de collaboration ou d'association. En 2005, le laboratoire a ainsi accueilli pour 6 mois le Professeur Katsumi Fukasawa de l’Université de Tokyo, spécialiste des échanges en Méditerranée à l’époque moderne, et qui depuis est venu participer à chacun des colloques internationaux organisés par le CMMC. La même année, les Professeurs Fayçal el Ghoul et Hassen El Annabi (directeur du CERES), de l’Université de Tunis ont été accueillis. Leurs enseignements en Master recherche et leurs séminaires au sein du CMMC témoignent des relations à la fois amicales et scientifiques tissés par le laboratoire avec des institutions de la rive Sud de la Méditerranée dans une dynamique de recherches régionales, ainsi qu’à plus long rayon. Les professeurs Fukasawa et Hassan El Annabi figurent à présent dans le comité de lecture de la revue. Des chercheurs doctorants et post-doctorants comme Julie Roy de l’UQAM, Andreas Önnerfors (recruté comme enseignant-chercheur titulaire à l’Université de Sheffield en décembre 2007) et Kenneth Loiselle de l’Université de Yale témoignent également de l’ouverture internationale du CMMC.



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