La théorie du Détour
Une théorie de la relativité en psychologie

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La théorie du détour
Par Michel Cariou

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Automatisme

PLAN

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  1. Introduction
  2. Les premiers mois de la vie
    1. Le développement de la phase centripète correspondant au développement génétique (construction de l'organisme)
    2. De la naissance à l'accès humain (exercice des fonctions vitales et débuts des interactions avec l'adulte)
  3. Premier détour : Structuration de l'émotion et, par là même, de l'interaction à l'humain
    1. Coordination des réactions émotionnelles (mise en place d'une sécurité de base fondée sur la participation émotionnelle)
    2. Mise en forme de l'énergie vitale à travers l'action propre (activité de relation de Wallon) et socialisante
  4. Deuxième détour : La différenciation du Moi et de l'Autre (de la fin de la 2ème année ou début de la 3ème, à la puberté)
    1. Apparition de la conscience réflexive, distinction entre l'émotion de l'autre et la sienne et donc positionnement du sujet à partir de lui même.
    2. La conscience réflexive
    3. L'affinement des autres et donc du Moi par l'expérience de situations sociales variées
  5. Troisième détour : l'accès à l'âge adolte à travers la différenciation classentité/Altérité de Genre
    1. Evolution du corps, découverte de l'émotion sexuelle et accès à l'classéologie globale (position égocentrée ou centrepète)
    2. L'adolescence et la mise en place des classentificateurs
    3. Différenciation classentité/Altérité de Genre et élaboration d'une position de sujet (dans des projest réalistes)
  6. Le 4ème détour : l'accès à la mentalisation
  7. Références de cette présentation

Automatisme est un terme qui dérive d'automate, et a été créé en 1757 par le physiologiste Réaumur pour désigner un accomplissement d'actes sans participation de la volonté. Il s'agit donc d'un comportement rigide et archaïque.

C'est Pierre Janet qui introduit véritablement le terme dans le domaine psychologique puisqu'il en fait le sujet de sa thèse « L'automatisme psychologique », publiée en 1889.

Dans la conception de Janet, le fonctionnement psychique répond à la superposition de différents niveaux de conduites depuis les plus élémentaires (conduites animales), jusqu'aux plus élevées (conduites supérieures). Dans cette hiérarchie, les niveaux plus élevés contrôlent en cascade les niveaux qui leurs sont inférieurs.

L'automatisme psychique apparait alors comme un dysfonctionnement dû à une carence de contrôle du niveau supérieur, avec rétrécissement du champ de conscience. Par  défaut de « tension psychique », le niveau supérieur n'est plus en mesure d'assurer la coordination de l'activité adaptée, liée aux conduites plus inférieures, et celles-ci vont donc s'exprimer de manière inappropriée sur le mode de l'automatisme.

Toutefois l'automatisme de Janet demeure très proche de la conception originelle. Etant un produit dégradé de l'activité supérieure, celle produite par l'automatisme conserve la rigidité de celle d'un automate. « Il faut que ce mouvement reste cependant très régulier, et soit soumis à un déterminisme rigoureux, sans variations et sans caprices » (Janet, p.21).

Si Wallon a conservé de Janet une conception du psychisme basée sur une acquisition et superposition progressive des différents niveaux fonctionnels, s'il a conservé aussi l'idée que le niveau le plus récemment apparu subordonne et contrôle les niveaux antécédents (inhibition/activation), il modifie complètement le sens de la notion d'automatisme. Pour lui « la perfection de l'automatisme, ce n'est pas d'avoir définitivement fixé un certain enchainement d'actions musculaires, c'est au contraire une liberté croissante dans le choix des actions musculaires à enchainer » (La maladresse, 1975 [1928], p.78).

L'automatisme Wallonnien porte sur l'activité de relation et, comme exprimé dans la citation précédente, plus spécifiquement sur l'activité sensori-motrice. Il matérialise l'indivision entre l'acte et l'effet. Car « la distinction de l'effet et de l'action n'est en effet qu'une simple abstraction. Dans toute action il y a quelque chose qui est son contenu, son occasion, son but. Toute action se mesure aux changements soit subjectifs, soit objectifs, qu'elle provoque ou cherche à provoquer » (Wallon, L'Evolution psychologique de l'enfant, p.51).

Ainsi, la construction de l'automatisme dans l'acquisition de la marche, par exemple, ou de la nage, va permettre de lier l'acte à l'effet, en adaptant les actions musculaires à produire dans un rapport différencié, lié à leurs conditions d'exécution (sol plus ou moins régulier, en pente, en cote…). L'automatisme, qui se construit alors à partir d'une activité intentionnelle et consciente, va peu à peu glisser vers un fonctionnement inconscient, réalisant ainsi « une sorte d'unité close sur elle-même, une continuité dynamique, un enchainement moteur, comme une suite mélodique » (Wallon,Mouvement et psychisme, 1990 [1926], p.31).

On retrouve donc une partie (dans le fonctionnement de l'automatisme installé) de l'idée initiale (Réaumur), « un accomplissement d'actes sans participation de la volonté », ainsi que, légèrement différente, l'idée de Janet avec la notion de « rétrécissement du champ de conscience ». Toutefois, cette disparition de la conscience et de la volonté ne sont pas initiale chez Wallon, elles découlent du passage à une gestion inconsciente des actes/effets qui ont commencés à s'automatiser. Et, si l'intentionnalité ne se porte plus sur la réalisation de l'acte lui-même, elle était à son origine et demeure dans son utilisation.

On est donc bien loin de la référence à l'automate de Réaumur et même de l'automatisme psychologique de Janet. D'une part, au lieu d'être rigide, et toujours identique à lui-même, il est « une liberté croissante dans le choix des actions musculaires à enchainer ». D'autre part, au lieu d'être l'expression d'une conduite primitive qui émerge par défaut du contrôle par les conduites supérieures, il devient le résultat d'un processus d'élaboration de l'interaction organisme/milieu, permettant à l'organisme d'acquérir des compétences intériorisées et diversifiées dans l'ordre du sensori-moteur.

Avec la théorie du détour, la notion d'automatisme va encore évoluer : une première fois lors de la première édition (Cariou, 1992 ; Cariou, 1995) et une seconde fois lors de la présente édition.

Dans la première version de la théorie, l'automatisme reste un processus de gestion de l'activité de relation (action propres), que Wallon défini comme une mise en forme du geste par rapport à l'objet externe, en opposition à la mise en forme du corps propre dans l'expression émotionnelle. C'est pour cela que Wallon l'applique à l'activité sensori-motrice.

Dans la théorie du détour, avec l'accès à la fonction symbolique, l'objet externe devient mental (il est internalisé) et l'action propre (activité de relation) devient aussi mentalisée. C'est l'activité opératoire (au sens large) de la pensée par rapport à une représentation de l'objet ou d'une situation.

De ce fait, l'automatisme n'est plus cantonné l'activité sensori-motrice, mais c'est un processus qui va continuer à gérer l'action propre, même mentale, et jusqu'aux plus hautes niveaux intellectuels. Ainsi, des étudiants de mathématiques qui effectuent des dizaines d'exercices chaque jour, installent, au-delà de la compréhension intellectuelle du théorème en jeu, une compétence vis-à-vis de toute une classe de problèmes. Ils intériorisent, peu à peu, la capacité à extraire de l'énoncé, les éléments pertinents, le type de référentiel qu'il faut utiliser parmi tous ceux dont ils disposent et la manière la plus efficace (car il peut y en avoir plusieurs) de parvenir à la solution.

Toute cette activité mentale finalisée, volontaire et, au début tâtonnante, s'organise dans un automatisme qui devient inconscient et rapide. L'étudiant devient alors capable, dès qu'un problème est posé, de savoir, de sentir devrais-je dire, comment il faut le traiter, en référence à quoi, et où cela va mener.

Cet exemple pourrait être repris pour l'acquisition de n'importe quelle compétence : lecture, écriture, à tous ses niveaux de compétences professionnelles (mécanicien, cuisinier, enquêteur, comptable…), compétence de loisir (navigation, jeu d'échec ou de carte…).

Dans tous les cas, il s'agit de l'acquisition d'un automatisme mental générant un savoir faire portant sur un objet externe plus ou moins mentalisé.

La théorie du détour étend donc le concept d'automatisme jusqu'aux plus hautes fonctions de l'esprit. Cela permet de comprendre par quel procédé l'organisme psychologique s'approprie et incorpore dans sa structure, le milieu humain et social avec lequel il doit réaliser son accord adaptatif.

Toutefois, on demeure dans la conception Wallonnienne où l'automatisme ne concerne que l'activité de relation qui s'exprime par l'action propre sur le milieu. Cela entraine que, du fait de l'antagonisme entre activité de relation et émotion, l'émergence de l'émotion, peut perturber le bon déroulement de l'automatisme et que, inversement, la mise en route de l'automatisme peut neutraliser l'émotion. Par exemple, l'acteur que le « trac » paralyse et qui n'arrive pas à retrouver le texte qu'il a pourtant entièrement automatisé dans son jeu. (Le contre exemple étant l'acteur qui ayant réussi à lancer les premières répliques, retrouve l'automatisme et n'a plus le « trac ».

Ainsi, par l'automatisme, s'inscrivent dans la super structure psychologique et donc dans les structures neurologiques les compétences acquises par la personne dans son interaction au milieu physique et humain, en fonction des différents objectifs qu'elle a successivement visée au cours de son développement et des aléas de sa vie.

C'est cette incorporation considérable de savoir faire (par rapport à des contextes matériels ou humains) qui va peu à peu s'exprimer et se vivre dans les termes d'un savoir être.

Cependant, si cette définition de l'automatisme psychologique est un progrès par rapport à celles qui l'ont précédé, si elle permet de mieux comprendre comment s'opère l'incorporation du milieu par l'organisme, elle continue d'entretenir le clivage anthropomorphique entre le cognitif et l'affectif.

En effet, dans la mesure où ce processus ne concernerai que l'action propre, on se retrouve finalement dans le registre du cognitif qui, certes, est une dimension de l'être, mais ne saurait l'y résumer. L'homme doit être compris et étudié dans sa globalité et ses fonctions instrumentales (compétences sensori-motrice ou intellectuelles), ne sont que des outils au service de l'accord global organisme/milieu.

Si l'on revient aux prémices de la théorie, on se souvient alors que l'homme est un être vivant, que tout être vivant est une structure instable qui produit une énergie (l'énergie vitale) qui permet de générer une activité dont la fonction est d'assurer la pérennité du vivant (survie), que cette survie ne peut exister que si l'activité permet d'entretenir l'accord adaptatif entre l'organisme et le milieu dont il est issu et dans lequel il fonctionne. Autrement dit, ce qui est essentiel, et que devra gérer l'activité psychologique, c'est l'accord vital organisme/milieu. Dans le champ du psychisme, c'est ce que nous avons défini dans les termes de sécurité de base.

Si l'automatisme est le processus majeur par lequel le milieu est intériorisé, c'est alors sur cette activité vitale qu'il va porter, globalement, et pas seulement sur sa dimension instrumentale.

Par rapport à la définition Wallonnienne, cela a pour conséquence de ne plus faire nécessairement de la construction de l'automatisme une activité intentionnelle et consciente. Certes elle est orientée, par le mouvement général de la vie et l'adaptation. A ce titre on peut dire qu'elle est finalisée. Mais la fin qui est visée n'est pas nécessairement délibérée, intentionnelle, ni même pressentie par la personne.

S'agissant de l'activité viscérale d'adaptation au milieu physique des premiers mois, l'automatisation des fonctions vitales atteint un objectif (grâce à la différenciation/restructuration de l'activité perceptivo/motrice interne), mais celui-ci est déjà programmé génétiquement.

S'agissant de la mise en forme du corps à travers la posture, la mimique ou les émissions vocales, celle-ci s'automatise très vite dans l'interaction à l'adulte et vise bien une finalité vitale : communiquer son vécu à celui qui peut vous aider. Mais l'enfant ne le sait pas.

Avec l'accès à l'émotion, comme mode de participation au milieu assurant la sécurité de base, les modalités expressives à travers lesquelles les émotions s'exprimeront, se construisent et s'automatisent en rapport avec les renforcements différentiels qu'elles provoquent.

Ces feed-back ne sont pas seulement liés au type d'émotions exprimées (colère, joie, tristesse, etc.). Ils portent aussi sur la forme, la fréquence et l'intensité qui sont acceptées par le milieu. Ils peuvent être différents suivant le fonctionnement psychologique des adultes concernées mais aussi suivant le type de réactivité de l'enfant ou même, tout simplement suivant son sexe :

Ainsi, en moyenne, un garçon sera instinctivement plus agressif qu'une fille, plus « difficile », etc.

Ces automatismes de l'expression (et donc du vécu) émotionnelle atteignent bien un but, celui d'être dans la relation tel que le milieu attend que l'enfant y soit. En cela ils sont donc finalisés et assurent la sécurité de base (dans toute la relativité du concept).

Se mettent ainsi en place des unités fonctionnelles qui s'intériorisent et, au même titre que pour l'action propre, inscrivent dans notre structure psychologique une manière singulière d'être au monde.

Au fil des différents détours, et du changement qualitatif de l'activité adaptative, ces automatismes seront de plus en plus intériorisés, tout en continuant à être actuel dans l'organisation globale de la structure psychologique. Car, si un automatisme d'action peut ne pas rencontrer l'opportunité de son déclenchement, les automatismes relationnels assurant la bonne manière d'être par rapport à l'autre, ou au social, seront toujours sollicités.

Michel Cariou - Novembre 2008

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