CITRUS LIMETTA RISSO, CITRUS AURANTIFOLIA SWINGLE

 


 

Français:

Lime, limette, lime douce, limonette, cf. a.fr. lomie, lumie (chez les botanistes du XIXe s.), citron vert 'espèce de lime'; autre nom possible:pomme d'Adam (voir plus bas)

Selon Lachiver, lime « fruit du citronnier limettier, fruit qui a une eau très douce et que l'on nomme lime douce pour cette raison. Le fruit est aussi appelé limette »; limettier « espèce de citronnier à fruit doux, dont une variété, dite bergamotier, fournit l'essence de bergamote ». Variété à pulpe douce: citron doux de Méditerranée; variété à pulpe acide: limette acide, limette de Marrakech.

 

Italien:

Lime (masc.), lima (pour DEI et Devoto-Oli 1992 désigne certaines variétés d'orange, de cédrat et de citron; pour GDLI terme régional désignant une variété de citron doux ou limette), limetta (pour GDLI: semblable au citron, avec deux espèces: limette acide [Citrus aurantifolia], venant de Malaisie, et un hybride d'Amérique Centrale ou limette douce/limetta dolce/limone dolce), limetta dolce, limetta mesicana, limone dolce (= limette), limoncello/limoncello di Napoli (= limette 'citron de petite taille', GDLI; nom régional de la limette pour DEI et Devoto-Oli 1992), limoncino (= limoncello, limetta pour GDLI, diminutif de limone pour Zingarelli), lumìa/lomìa/limìa semblable au citron, mais avec la pulpe moins acide [Citrus lumìa] selon GDLI, très proche de la lime [Citrus limonia var. Lumìa] selon DEI, portogallo – limone, variété de lumìa [Citrus lumìa dulcis], selon GDLI.


 

Sicilien:

Aranciu porcuspinu [Citrus limetta], limìa, lumìa 'citron [Citrus limonum], limetta « varietà di limone dolce e con scarsa quantità di sugo [Citrus limetta] (avec le même nom scientifique Piccitto enregistre melarosa : varietà di arancio), limiuni, lumiuni.


Calabrais:

Lima i Spagna ou limoncello, pirettu ou limetta 'variété de citron doux piriforme', lumìa 'espèce de citron doux', lumiuni, giarretuni cf. lumìa.

 

Sarde:

limma, llima.

 

Corse:

Alimìa, alimèa = lumìa ( cédrat, Falcucci); alimmeie (Nord), limmie, limmeie (Balagne), limmee, alimie, alimei, alimii (Sud, selon les relevés de Bottiglioni), limìu 'cédrat'.

 

Occitan:

Limo.


 

Parmi les plus vieilles occurrences nous relevons: Ugo Falcando (= Hugues Foucaud) 1169: « Videas ibi et lumias acetositate sua condiendis cibis idoneas » dans l'acception de citron; Sanremo 1435: limia, lima = citron, appelé limonetto ou bigarade.

En italien: lumìa chez Folgore da San Gimignano, av. 1320; lomìe chez Mattioli 1544 comme synonyme de pomo d'Adamo, p. di paradiso.

Dans le domaine français: a.fr. lomie 'fruit du citrus limonum' (FEW XIX 108 limun), m.fr.

lime 'sorte de citron doux' [Citrus limonia] a. 1555; n.fr. limette 1782.


Les trois termes italiens lima, limetta, lumìa désignent un agrume semblable au citron doux. Les vocables dialectaux (siciliens et calabrais) peuvent désigner des espèces différentes d'agrumes, si nous comparons avec les termes se référant au citron [Citrus limon Burman]. La lime ou limette a été introduite en Sicile par les Arabes vers le milieu du XIe s. selon Spina-Di Martino: it. lima, limetta < ar. LIMA 'citron, cf. esp. lima.


 

 

Nous allons reparcourir les ouvrages de Gallesio et de Risso avant de prendre en considération la nomenclature des botanistes et agronomes actuels.


Pour Gallesio 1811, la lime « tient de l'orange et du limon »; parmi les variétés de citron (= limon) il classe la lime douce/lima dolce, appelée Limetta Hispanica dulcis par Volkamer 1713; la lime de Naples ou lime bergamotte [sic]/limoncello di Napoli/limon calabrese/limone bergamotto; la lime sucrée 'limon orangé à jus doux'/limone aranciato/lima dolcissima; la lima romana autrement appelée cedro aranciato/cedro della China/cédrat de la Chine (hybride). Pour Gallesio la lumie est un hybride du cédrat et de l'oranger: à gros fruit arrondi avec une écorce jaune très épaisse ou lumie d'Espagne/pomme d'Adam et il rappelle que Ferrari 1646 range parmi les lumies les pommiers d'Adam [Lumia valentina], que Volkamer 1713 appelle du nom de lumie ou limée. Il considère la lumie orangée/lumìa aranciata comme une sous-variété de la pomme d'Adam qu'il range sous la rubrique de l'oranger bigaradier, et la lime à fleur d'orange/aranzo a frutto limoniforme ou limia, guère répandu en Ligurie sous la rubrique de l'oranger doux.


Sous le nom de Citrus Limetta vulgaris, Risso 1818 range lime, limette, lime douce/limetta ordinaria, lima dolce grossa di Spagna, fruit du citre limettier, limetta di Spagna, limetta di Roma, limetta pomo d'Adamo et le limettier perette.

Parmi les lumies Risso distingue: la lumie, poire du commandeur [Lumia pyriformis]/lumìa detta del commendatore; la lumie de St. Dominique/lumìa limonata/limone di Santo Dominico [sic]; la lumie rhegine ou Pomum Adami rhegium [Citrus lumia rhegina]; la lumie conique/lumìa a frutto conico, lumìa dolce, zinna di vacca; la lumie jarette/lumìa a forma d'olla; la lumie de Valence/lumìa di Valenza (ou de Galice); la lumie douce/lumìa a frutto dolce (citron doux); la lumie à pulpe d'orange/lumìa arancio, limone Portogallo; la lumie limette/lumìa limetta (ou limon doux).

Et encore sous la rubrique du Bigaradier Spatafore [Citrus Bigaradia Spatafora]/melangolo Spatafora, renvoie à la lumìa Spatafora ou lumìa tonda. Et enfin la bergamotte mellarose [sic] apparaît comme le fruit du limettier à fruit étoilé [Citrus limetta mellarosa].


Roubaudi 1843 réduit le nombre de variétés pour ne parler que de la lime bergamotte ou bergamotte « variété hybride du limonier et de l'oranger »; de la lumie-oranger ou orange-citrée « variété hybride de l'oranger, du cédratier », et de la lumie sucrée ou limon à pulpe d'orange.

Roux 1862 mentionne le citron limette « petit fruit, d'un acide doux, agréable à manger » (II, p. 236), classé parmi les citrons les plus répandus de la région de Nice.


 

De nos jours Spina-Di Martino suivent la classification de Hogdson 1962. Ainsi avons-nous:

Citrus limonia Osbeck: limone limetta

Citrus aurantifolia Swingle: limetta acida ou limetta messicana, West Indian aux Tropiques

Citrus latifolia Tan.: limetta di Tahiti ou Persiana

Citrus limetta Risso: limetta romana/limetta dolce/limoncella ou Patriarca/limetta dolce di Palestina

Citrus limettoides Tanaka: limetta dolce di Palestina .


Pour A. Colombo le nom vulgaire du Citrus aurantifolia est lime, cultivé principalement dans les zones tropicales d'Asie (Malaisie). Parmi les cultivars, il cite la limetta messicana 'Mexicana', la 'Neapolitanum' déjà connue au XVIe s., 'La Valletta'; et un hybride: limequat (Citrus aurantifolia X Fortunella margarita). Citrus limetta est pour lui le nom de la limetta dolce di Roma ou Pursha, hybride d'origine incertaine. Citrus limettoides ou limetta dolce di Palestina, d'origine indienne.

Pour beaucoup la lumie/lumìa est le résultat du croisement du cédratier et du citronnier. Elle porte différents noms: Citrus lumia (GDLI), Citrus limetta (Piccitto), Citrus limonia, var. lumia (Diz. Encic. It., et Devoto-Oli), mais aussi Citrus aurantifolia. Dans les dictionnaires usuels italiens, le terme lumìa est un méridionalisme pour limetta. Pour certains experts français Citrus aurantifolia est le nom de la lime ou citron vert, Citrus limetta est la limette ou limonette, Citrus limonia est la lime-mandarine ou lime Rangpur, la plus répandue.


 


 

    Pomme d'Adam, it. Pomo d'Adamo.

 

Pour FEW IX II 151 pomum et GR la pomme d'Adam (a. 1597) désigne un gros citron, pour d'autres une variété d'orange, tout simplement. Pour les Italiens (DEI) pomo d'Adamo est une variété de cédrat, une limette [Citrus decumana]; pour GDLI, pomo d'Adamo, di paradiso sont deux termes qui renvoient à la lumie [Citrus lumia].

Selon Gallesio la pomme d'Adam, originaire des Indes, était cultivée en Palestine au XIIe s.

La première citation remonterait à Jacques de Vitry, Historia orientalis seu Hierosolymitana (av. 1240); le terme est mentionné par Mattioli (a. 1544) « Non sono molto nelle facultà loro discrepanti dai cedri limoni gli aranci e pomi d'Adamo, li quali noi chiamiamo lomie ». Le médecin de Mantoue, Mattheus Silvaticus (155-1577) l'identifie avec la lime. Ferrari, Hesperides 1646, range parmi les lumies les pommiers d'Adam [Lumìa valentina]; Volkamer, Hesperidium Norimbergensium 1713 appelle la pomme d'Adam lumie ou limée [Adami citratum] dénommée Lumie rhégine par Risso 1818.


 

Le terme pomo d'Adamo sert aussi à désigner le pamplemousse que l'on confond avec le pomelo [Citrus decumana]. Selon DEI lomb. émil. pom d'Adam renvoie au « pamplemousse »; nous en trouvons une confirmation dans les documents liguriens du XVIIe et XVIIIe s. (Carassale-Lo Basso) où pomo d'Adamo équivaut à « pamplemousse » ou pompoléon. En sicilien pomu d'Adamu renvoie à la morelle de Linné, à la pomme de Sodome ou à la tomate sauvage.

 

Pour Gallesio 1811, suivi par Roubaudi 1843, la pomme d'Adam serait la lumie d'Espagne que les Parisiens appellent pompoléon, et que Volkamer désigne par le nom de pompelmus (néerl. Pompelmoes), comme la plupart des botanistes qui ont confondu la pomme d'Adam et le pompolmoes ou pampelmous sous le nom de Citrus decumanum.

C'est une sous-variété de pompelmous [Citrus decumana] que Gallesio désigne sous le nom de Citrus aurantium maximum, une lumie: « fruit rond comme une orange d'un volume quatre fois plus considérable que l'orange ordinaire ».


 

Selon Risso 1818 « ...5 fruits différens qui portent le nom de Pommes d'Adam... » (p. 57). Il distingue:

la pomme d'Adam des Parisiens ou Citrus Aurantium Praecox/arancio a frutto primaticcio,

l'orangier pommier d'Adam des Parisiens, oranger à écorce douce/arancio a pomo d'Adamo di Pariggini [sic],

limetta pomo d'Adamo [Citrus Limetta vulgaris]/limettier pomme d'Adam [Citrus Limetta Pomum Adami]/limetta pomo d'Adamo: pomo d'Adamo/limettier perette,

lumie rhégine [Pomum Adami Rhegium = Citrus Lumia Rhegina], appelée par Ferrari pomum Adami, et Adami citratum par Volkamer.

 

Selon Fodéré 1821 l'orange pomme d'Adam est un « fruit jaune d'une grosseur monstrueuse, à écorce très épaisse, ayant fort peu d'essence ». Pour Roubaudi 1843 les fruits du pommier d'Adam sont beaucoup plus petits que ceux du pamplemoussier qui peuvent atteindre la grosseur des « plus forts melons ». Roux 1862 range la pomme d'Adam « fuit jaune, d'une grosseur monstrueuse, à écorce très épaisse, fort peu d'essence » (II, p. 237) parmi les oranges.

A relever enfin, pour ajouter à la confusion, que pour Cotgrave 1611 pomme d'Adam désigne une banane que d'autres appellent pomme de Paradis (cf. Littré).

En conclusion le terme pomo d'Adamo/pomme d'Adam semble bien être le terme continental pour désigner la lumie ou une variété de lumie, limette. Sic. pumu d'Adamu renvoie à une plante des solanacées Solanum sodomaemum (DEI IV 3010) et n'est pas lexicalisé par Piccitto. Dans le Nord de l'Italie, cette limette est parfois confondue avec le pompoléon aujourd'hui appelé pomélo/pomelo, pummelo


 

 

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