PROJET SCIENTIFIQUE - AXE 1 PERFORMANCE SPORTIVE

 

Projet du Laboratoire Motricite Humaine Education Sport Santé (EA 6309)

  • Université Nice Sophia Antipolis (UNS), établissement principal
  • Université du Sud Toulon Var  (USTV), établissement secondaire

 

Le projet scientifique du LAMHESS comprend deux axes regroupant six thèmes principaux :

Axe 1

Déterminants et conséquences physiologiques et/ou psychologiques de la performance sportive de haut niveau :

  • Performance croyances et transgression
  • Performance et longévité
  • Performance, fatigue et récupération

Axe 2

Facteurs de risque et de protection des comportements de santé de populations en situation de vulnérabilité

  • Epidémiologie du vieillissement accéléré par des pathologies chroniques
  • Facteurs psychosociologiques de l’engagement durable dans l’activité physique chez des populations spécifiques
  • Effets de programmes d’intervention à des fins d’éducation ou de santé

 

Axe 2. Facteurs de risque et de protection des comportements de santé de populations en situation de vulnérabilité

Responsables : Christian Pradier et Fabienne d’Arripe-Longueville (UNS)

L’adhésion à une définition large et positive du concept de santé comme « un état complet de bien-être physique, mental et social » (O.M.S.) invite à considérer l’ensemble des connaissances et stratégies éducatives qui pourront aider l’individu à changer et s’adapter au cours de sa vie et à maximiser son potentiel personnel (Bury, 1992). Les personnes en situation de vulnérabilité, c’est-à-dire présentant une fragilité particulière sur les plans physique, psychologique et/ou social (Meire, 2000) constituent une cible particulière d’éducation à la santé. Le vieillissement de la population et la prévalence corollaire des maladies chroniques ne cessent d’augmenter (OMS, 2003, 2004, 2006 ; Cavill et al., 2006). Ces maladies touchent en France 15 millions de personnes, soit 20% de la population (par exemple asthme = 3,5 millions ; bronchite chronique = 3 millions ; diabète = 2,5 millions ; insuffisance rénale chronique = 2,5 millions ; Alzheimer = 900 000 ; cancer = 700 000 ; VIH = 30 000).
Afin d’améliorer l’état de santé et la qualité de vie, limiter l’aggravation de l’avancée en âge ou de la maladie chronique et/ou la survenue de troubles secondaires chez les populations vulnérables, les conférences de consensus (Haskell et al., 2007; Nelson et al., 2008 ; INSERM, 2008 ; Pedersen & Salin, 2006) recommandent la pratique régulière et adaptée d’activité physique au sein de dispositifs globaux proposés par l’OMS (2004). L’activité physique correspond à « tout mouvement corporel produit par les muscles squelettiques et générant une dépense énergétique » (Caspersen et al., 1985). L’activité physique quotidienne doit être au minimum de 30 minutes par jour (OMS, 2006), y compris pour les personnes les plus vulnérables comme celles touchées par une malade chronique. Pour ces dernières, elle doit solliciter la force, l’endurance, la souplesse et l’équilibre (Nelson et al., 2008).
Dans les faits, la pratique d’activité physique des personnes âgées ou malades chroniques s’avère d’intensité trop modérée, trop peu fréquente et de durée insuffisante pour être bénéfique à la santé et la qualité de vie (Pitta et al., 2006). Cette pratique insuffisante, est responsable d’aggravation des effets du vieillissement ou de la maladie primaire, de complication et de troubles associés tels que l’obésité, la myopathie, la sarcopénie, la dépression, ou l’anxiété. L’OMS (2006) parle désormais de syndrome d’inactivité pour qualifier ces comportements sédentaires qui s’opposent aux informations et recommandations diffusées dans les médias.
Parmi les principaux facteurs limitatifs de l’engagement dans l’activité physique chez ces populations, le rôle des croyances sur les capacités physiques et des stéréotypes associés à l’avancée en âge ou à certaines maladies chroniques, a été peu étudié, tout comme le poids des habitudes sédentaires. De plus, les facteurs susceptibles au contraire de favoriser l’accessibilité aux pratiques physiques et un engagement durable dans ces activités, sont peu identifiés. Dans cet axe du laboratoire, l’équipe s’appuiera sur des compétences pluridisciplinaires en épidémiologie, en sciences humaines et sociales et en sciences de la vie, pour développer deux thématiques principales: (a) l’épidémiologie du vieillissement spontané ou accéléré par des pathologies chroniques, et (b) les facteurs psychosociologiques de l’engagement durable dans l’activité physique chez des populations à risque ou en situation de vulnérabilité.

Epidémiologie du vieillissement accéléré par des pathologies chroniques

Cette thématique de travail repose sur les compétences scientifiques des chercheurs du laboratoire dans l’approche épidémiologique du vieillissement accéléré par des pathologies chroniques notamment le VIH et les pathologies associées telles que la maladie rénale chronique (MRC) ou différents types de cancers. Elle a pour objectif de comprendre les mécanismes qui permettraient une amélioration de la qualité de vie de ces patients notamment par le maintien ou la réhabilitation des capacités physiques.  La convention signée le CHU de Nice est mise en œuvre dans ce cadre.

VIH  condition physique et qualité de vie.

Les recherches antérieures des membres du laboratoire ont initialement concerné l’impact des traitements anti-rétroviraux mis à disposition après 1995 sur l’évolution naturelle de la maladie, à partir de cohortes de patients atteints d’infection par le VIH au niveau local (Nice HIV Cohort, cohorte MANIF2000), national (Cohorte DMI-2) et international (Cohorte EuroSIDA). Nous avons pu contribuer à démontrer le caractère partiel de la réponse virologique au traitement chez les patients bénéficiant des premières trithérapie, un patients sur deux présentant alors un échec virologiques (Pradier et al, 1999 ; Grabar et al, 2000 , Kirk et al, 2001). Nous avons ensuite mis en évidence les conséquences virologiques et immunologiques de la non-observance aux traitements antiviraux chez les patients infectés par l’usage de drogues par voie veineuse (Pradier et al, 2001). Parallèlement, nous avons poursuivi nos recherches d’étude de l’impact des traitements sur l’évolution naturelle de l’infection à VIH en analysant ses relations avec les co-morbidités associées, en particulier cardio-vasculaires et hépatiques. Enfin, nous avons montré l’impact des traitements anti-rétroviraux sur la progression de la fibrose hépatique chez les patients co-infectés par le virus de l’hépatite C (Mariné-Barjoan et al, 2004), démontré le rôle de l’infection par le VIH dans le risque de transmission du VHC de la mère à l’enfant (Mariné-Barjoan, 2007) et précisé les indications du traitement dirigé contre le VHC chez ces patients (Valério, et al, 2008). Enfin, nous avons contribué à préciser le rôle de l’immunodépression dans le risque de survenue des cancers non liés aux VIH (Serraino et al, 2007 ; d’Armino-Monforte et al, 2008). Nos travaux s’orientent actuellement sur la vulnérabilité induite par l’infection par le VIH (cancers, maladie rénale, sarcopénie).
Classiquement la morbidité est associée avec une altération de la qualité de vie, la condition physique et les capacités fonctionnelles (Oursler et al., 2006). En règle générale l’altération des capacités physiques chez des patients VIH est similaire à celui du vieillissement conduisant à un modèle de vieillissement accéléré avec le VIH (Hayes et al., 2010).  Plusieurs facteurs affectent l’altération de la capacité physique chez le patient VIH. Ces facteurs incluent les effets des nouvelles prises en charge thérapeutiques aussi bien que les pathologies associées. Par ailleurs les patients VIH présentent également une accélération des facteurs associés avec l’âge tel que la sarcopénie et le déconditionnement musculaire (Vance et al., 2009).  Dans  ce cadre Crystal et al. (2000) ont montré que la diminution des capacités fonctionnelles chez les sujets vieillissant VIH était 6 fois plus élevée que chez le sujet âgé.
Les travaux actuels montrent que l’activité physique pourrait apporter des bénéfices aux personnes atteintes par le VIH. Ces bénéfices pourraient s’observer sur différents indicateurs physiologiques (améliorations cardiovasculaires, force musculaire) et psychologiques (diminution de l’anxiété et de la dépression ; amélioration de la qualité de vie) (Hatzinger et al., 2003). Ainsi des programmes d’activité physique basés sur de l’entraînement aérobie d’intensité modérée à élevée sont actuellement recommandés pour les personnes touchées par le VIH ou le SIDA.
Le programme de recherche développé dans le laboratoire poursuit ainsi un triple objet. En premier lieu, il s’agira d’identifier les caractéristiques physiologiques et psychologiques et sociologiques de personnes atteintes par le VIH aux différents stades de la maladie et du traitement, et de vérifier le rôle modérateur de l’activité physique. En deuxième lieu, il s’agira d’identifier les croyances relatives à l’activité physique chez des personnes touchées par le VIH et d’évaluer si ces croyances sont influencées par des stéréotypes susceptibles de freiner l’engagement des patients dans l’activité physique. A ce niveau le développement d’outils de mesure spécifiquement adaptés à cette population serait souhaitable. En troisième lieu, un essai interventionnel proposant une stratégie de changement des croyances et des comportements de la population cible et contribuant à terme à l’éducation thérapeutique du patient est attendu.

MRC condition physique et qualité de vie.

Parmi les pathologies responsables du vieillissement une partie de nos travaux antérieurs se sont intéressés à la maladie rénale chronique (MRC). La maladie rénale chronique (MRC) touche 10% de la population avec une incidence croissance liée au vieillissement de la population,  le diabète et l’hypertension artérielle (K/DOQI AJKD 2002). Peu de données sont disponibles sur le retentissement de la MRC sur la dysfonction musculaire et l’activité physique chez ces patients en particulier avant le stade terminal. La dysfonction physique est décrite comme associée à une surmortalité en hémodialyse (Johansen et al JASN 2007). D’autre part le retentissement global sur l’activité physique des différents traitements de l’IRT (Dialyse pértitonéale ou hémodialyse ou transplantation ou traitement médicamenteux simple) est pas connu. Quelques études ont évalué l’effet de l’entraînement en force sur le catabolisme musculaire chez des patients avec une MRC (Castaneda et al Ann Internmed 2001) et sur le bénéfice en termes de capacités fonctionnelles chez des sujets en hémodialyse (CHEN et al NDT 2010). L’objectif de nos recherches à venir sera de valider des outils de phénotypage musculaire et d’activité physique chez ces patients pour mieux apprécier le retentissement de leur maladie rénale chronique quelque soit le stade, secondairement d’évaluer spécifiquement le rôle des thérapeutiques spécifiques de l’insuffisance rénale terminale (Dialyse péritonéale vs hémodialyse vs transplantation) sur l’activité physique et enfin d’établir des stratégies thérapeutiques chez ces patients pour améliorer leur activité physique et apprécier son retentissement en terme de qualité de vie et de pronostic.

 

Facteurs psychosociologiques de l’engagement durable dans l’activité physique chez des populations en situation de vulnérabilité

 

Barrières perçues et stéréotypes envers les populations vulnérables : contenu, antécédents et conséquences

Cette thématique vise à identifier les « barrières » psychosociologiques susceptibles d’empêcher les individus de s’engager dans une pratique physique régulière, et notamment les stéréotypes sociaux (croyances partagées à propos d’un groupe de personnes) envers les seniors ou les personnes atteintes de pathologies lourdes. Elle vise également à comprendre les mécanismes par lesquels ils affectent l’engagement dans l’activité physique, et à mettre au jour les facteurs limitant leur impact néfaste sur l’engagement durable. Nos travaux ont jusqu’à présent mis en évidence différentes voies d’influence des stéréotypes sexués : (1) Une influence par leur internalisation dans la perception de soi, l’adhésion aux stéréotypes relatifs aux APS affectant la performance et la motivation en EPS (Chalabaev, Sarrazin, & Fontayne, 2009 ; Chalabaev & Sarrazin, 2009) ; (2) Une influence par l’intermédiaire des attentes de l’enseignant à l’égard de l’élève (i.e., prophétie auto-réalisatrice, Jussim, 1986). Deux études – expérimentale et corrélationnelle – ont notamment montré que les attentes de l’enseignant d’EPS étaient biaisées en faveur des garçons (Chalabaev, Sarrazin, Trouilloud, & Jussim, 2009).
Nos travaux actuels étendent l’étude des stéréotypes à d’autres populations vulnérables telles que les seniors et les personnes atteintes de cancer.

Le rôle des habitudes dans l’engagement durable dans la pratique physique


Comme Langer (1980) l’a largement illustré, l’homme fonctionne majoritairement en mode automatique avec un contrôle conscient très limité sur ses actions. Pour pallier la capacité limitée de son traitement conscient, l’homme automatise toute réponse qui est choisie de manière régulière dans une même situation (Norman & Shallice, 1986). Ce processus de création d’habitudes constitue le stade ultime de l’apprentissage dans le sens où le comportement pourra alors être systématiquement généré dans le contexte avec lequel il a été associé sans aucun besoin de contrôle conscient.
Ce projet de recherche s’intéresse aux mécanismes de création et de rupture des habitudes dans le but d’optimiser la maintenance de la pratique d’activité physique.

 

Effet de programmes d’intervention à des fins d’éducation ou de santé

 

Développement des acteurs / construction identitaire en situations d’enseignement et de formation

L’intervention est ici envisagée selon le modèle de la clinique de l’activité (Clot, 1999 ; 2008). Les activités de l’entraîneur et de l’athlète, de l’enseignant et de l’élève, du formateur et de l’adulte en formation sont comprises comme des activités de travail dans lesquelles le développement du sujet est favorisé ou au contraire empêché. Les concepts d’étayage (du côté du formateur) et d’intériorisation de signes (du côté du formé), issus de la psychologie historico-culturaliste russe (Vygotski, 1978 ; Leontiev, 1984) permettent d’apporter une compréhension fine des processus d’apprentissage et de développement qui sont au centre des problématiques d’intervention. L’issue de ces apprentissages et de ce développement est mise en regard avec la question de l’efficacité des situations d’intervention mais aussi avec celle de « la santé du sujet au travail », dépassant les constats de souffrance ou au contraire de réalisation de soi dans les mondes scolaire, sportif et de la formation d’adultes. Le projet vise à comprendre le développement de l’activité des enseignants et des élèves, de l'entraîneur et des athlètes, du formateur et des formés, à partir de deux orientations de recherche.
a) Les conditions de développement professionnel dans des dispositifs de formation par l’alternance restent encore un sujet d'interrogation, notamment dans le domaine de la formation aux métiers du sport, de l'enseignement et de la santé.
b) Plus spécifiquement en milieu scolaire, l’enseignement en milieu difficile produit à la fois de l’échec et de l’isolement en rapport avec les difficultés quotidiennes des enseignants novices et/ou expérimentés. Ces conditions de travail atteignent la santé psychique des enseignants par la dévalorisation de soi (Dejours, 1995, 1998), le sentiment d’impuissance et l’incapacité de trouver du répondant collectif face aux problèmes du quotidien (Clot, 1999, 2008).

Intervention à des fins de réadaptation ou de santé


L’intérêt de l’activité physique est largement avéré en tant qu’outil thérapeutique dans certaines pathologies (maladies cardio-vasculaires, diabète, obésité, cancers), en tant qu’outil de prévention (e.g., prévention des chutes, réduction du risque de fracture, amélioration des capacités cognitives), et en tant qu’outil d’amélioration de l’espérance et de la qualité de vie, notamment chez les personnes qui avancent en âge, comme l’attestent plusieurs revues de littérature (e.g., Van Der Bij, Laurant, Wensing, 2002 ; Angevaren, Aufdemkampe, Verhaar, Aleman, & Vanhees, 2008).
En complément des études exposées plus haut, nous testerons les effets de programmes d’intervention auprès de différents publics. Par exemple, dans le cadre du projet intersectoriel 4S (St Roch – Sport – Santé – Seniors), nous examinerons les effets combinés d’un aménagement urbain et d’un accompagnement personnalisé chez des seniors sédentaires. Par ailleurs, dans le cadre du Cancéropole PACA (axe 5), notre équipe, en collaboration avec le Comité des Alpes Maritimes de la Ligue contre le Cancer, le Centre Antoine Laccassagne et grâce au soutien du Conseil Général 06, développera un programme d’étudesvisant à faire évoluer les croyances et les comportements de patients sédentaires atteints de cancer.
Enfin, dans le domaine de la déficience motrice et des stratégies de réadaptation, les travaux menés au cours des quatre années précédentes ont porté sur l’identification des mécanismes physiopathologiques impliqués dans certaines déficiences motrices (Mely et al., 2007 Gruet et al., 2010 ; 2011, Vallier et al., 2011), et d’autre part, sur l’efficacité de programmes de réadaptation pour améliorer les capacités physiques, la qualité de vie et le degré d’autonomie (Colson et al., 2010, Gruet et al., 2011) de diverses populations présentant une déficience motrice. Ces travaux seront poursuivis dans le projet à venir notamment à travers l’étude des relations entre les mécanismes physiopathologiques de déficiences et l’optimisation des processus de réadaptation.

 

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