© H. Broch, Laboratoire de Zététique, mars 2004
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Le "signal du sourcier" du Pr. Yves Rocard :
de l'eau au moulin de la radiesthésie ?

 

Henri BROCH
Université de Nice-Sophia Antipolis

 

 

En novembre 2003 un lecteur de l'ouvrage "Devenez Sorciers, Devenez Savants" (Georges Charpak & Henri Broch, éd. Odile Jacob 2002) me fait parvenir un courrier électronique déclarant que l'expérience de détection d'eau décrite dans cet ouvrage était une "expérimentation simpliste" et, implicitement, que les travaux du Pr. Rocard qui apportaient la preuve scientifique de la sourcellerie et de la radiesthésie n'avaient pas été lus par les auteurs.
Ce type ridicule "d'argumentation " (!) se retrouvant plusieurs fois sur ce sempiternel et même thème des expériences du Pr. Rocard qui seraient méconnues de la "science officielle", j'ai pensé qu'il serait intéressant de mettre à disposition du public l'échange qui a suivi ainsi que de rappeler quelques données d'expériences.

 

Vous avez dit "Conseiller Scientifique" ?

Yves Rocard a donné une large assise à sa théorie du "signal du sourcier" surtout avec des formulations. Des formulations aussi péremptoires que : "Des confirmations sont survenues depuis [par rapport à 1962 et son livre "Le signal du sourcier"], venant des USA puis de l'Union Soviétique, et personne n'oserait plus maintenant mettre en doute le fait que c'est un petit gradient du champ magnétique terrestre qui déclenche le signal de la baguette du sourcier" (1).
Bigre, plus personne ne met en doute l'origine du signal de la baguette du sourcier.

Et c'est ainsi que
certaines personnes, ayant lu ici ou là (ou parcouru en larges diagonales) quelques textes de Yves Rocard et très souvent le fameux "Signal du Sourcier", pensent (légitimement ?) connaître le sujet et, sans même se renseigner plus avant pour savoir si les courtes expériences de ce physicien ont été ou non validées, font état de ces dernières comme diamants purs.
Si cela est déjà un peu "limite" pour une personne en général,
cela devient tout simplement inadmissible de la part de quelqu'un dont la fonction revendiquée est, apparemment, d'informer... en science !
D'où la forme claire et nette de la réponse que j'ai donnée au courrier ci-dessous et la nécessité d'une diffusion large de cette réponse.

Courrier du 10 novembre 2003
de Monsieur ... [nous l'appellerons ici Y] à Henri Broch
(un double est adressé par cette personne également à Georges Charpak via les éditions Odile Jacob

Bonjour,

Dans "Devenez sorciers, devenez savants" à la page 188 vous mettez en cause, sans le nommer, le professeur Yves Rocard. La lecture de ses écrits vous aurait pourtant montré que loin de "sourcellerie" sa démarche expérimentale était parfaitement rationnelle. Après avoir initialement envisagé un phénomène d'"électro filtration", s'appuyant sur la corrélation d'indications de la fameuse baguette avec de faibles variations du champ magnétique terrestre (mesures effectuées par magnétomètre) il a conclu que la détection portait non sur l'écoulement ou la simple présence d'eau mais très probablement sur les accidents souterrains, failles, fissures ou cavités, susceptibles de favoriser son écoulement ou sa concentration. Constatant ainsi la réalité physique du phénomène, il a alors avancé l'hypothèse selon laquelle certains individus pouvaient avoir conservé une certaine sensibilité au champ magnétique terrestre, sensibilité que manifestent encore nombre d'animaux.

Il est évident que lors de l'expérimentation simpliste que vous décrivez, le malheureux sourcier que vous avez piégé ne pouvait rien observer de cohérent. N'avez vous pas été interpellé par le taux élevé de réussites qu'il prétendait avoir obtenu : 98% c'est beaucoup mais quand il n'y en aurait que 50% cela suffirait pour que l'on s'interroge sur la réalité du phénomène. Sûr de son pouvoir l'opérateur en ignorait la cause. En préparation à l'expérimentation c'était à vous scientifique de faire un minimum de bibliographie.

Je regrette que Georges Charpak, autorité scientifique indiscutable, dont on apprécie les écrits, ait pu cautionner cette expérimentation que, fort des résultats positifs généralement constatés, les tenants de l'obscurantisme auront beau jeu de contester. Allant à l'encontre du but recherché, vous desservez ainsi la communauté scientifique.

Sincères Salutations

... Y
Conseiller Scientifique
[ici le nom d'un grand organisme]


Je réponds à ce courrier (évidemment avec copie à Georges Charpak et aux éditions Odile Jacob) le jour même, 10 novembre 2003 :

 Cher Monsieur Y,

En réponse à votre message concernant la sourcellerie et la soi-disant "réalité physique du phénomène" constatée par le Pr. Yves Rocard, je suis assez surpris (c'est un euphémisme, évidemment) qu'un "Conseiller Scientifique" au [nom du grand organisme] ne se soit même pas donné la toute petite peine de se documenter quelque peu.

Sans recherche vraiment pénible, vous auriez alors pu constater qu'il y a belle lurette que les expériences de Yves Rocard ont été démystifiées et qu'elles n'ont AUCUNE valeur scientifique. Vous auriez pu, avant d'écrire votre missive, lire par exemple (mais il y en a d'autres !), le chapitre spécifique entièrement consacré aux expériences du Pr. Rocard dans mon ouvrage "Au Coeur de l'Extra-Ordinaire", ouvrage disponible sans interruption depuis 1991 (il y a même une édition 2002 signalée dans... "Devenez sorciers, devenez savants").

Chaque année, des étudiants de Zététique s'amusent d'ailleurs à refaire l'expérimentation de la "semelle magnétique" de Y. Rocard (avec des dizaines et des dizaines d'expériences, c'est-à-dire beaucoup plus que les quelques unités faites par le Pr. Rocard) et les résultats sont on ne peut plus clairs : le "réflexe sourcier", tant vanté par Y. Rocard, ne s'est JAMAIS manifesté ! (il est vrai que les étudiants conduisent leurs expériences sur le signal du sourcier avec rigueur - exemple : en double aveugle - ce qui n'était pas le cas du Pr. Rocard).

In fine, il est assez humoristique de vous voir parler "d'expérimentation simpliste" et de nous demander de faire (je vous cite textuellement)... "un minimum de bibliographie" et je ne manquerai donc pas de citer à mes étudiants ce fabuleux exemple de recherche approfondie d'informations menée par un conseiller scientifique.

Au delà du risible de ce type de comportement, le problème de fond que cela pose - eu égard à votre fonction annoncée - ne me fait en rien sourire et confirme, si besoin était, le triste constat sur les croyances au pays de Voltaire et de Condorcet dont nous parlons dans "Devenez sorciers, devenez savants"... dans un chapitre débutant en page 188, c'est-à-dire exactement à la même page que celle que vous citez. Quelle coincidence !

Sincères salutations,

Henri Broch


Huit jours plus tard, par un courrier en date du 18 Novembre 2003, M. Y répond :
(avec copie à G. Charpak via les éditions Odile Jacob)

Cher Monsieur Henri Broch,

La virulence de votre réponse élude la question de fond : Votre expérience est-elle ou non significative ?

Contrairement à ce que vous insinuez, je connais les textes que vous citez, que l'on trouve d'ailleurs sans peine par une recherche "yves rocard" sur le net. Sans nier le manque de rigueur de certaines de ses expériences, j'estime que Rocard a eu le mérite d'aborder le problème sans à [sic] priori et d'émettre des hypothèses que, de toute évidence, vous n'avez retenues... ou lues. Mais dépassons, s'il vous plait, la polémique Rocard.

Je ne crois pas plus que vous à la radiesthésie mais pense que, parfois, le charlatanisme peut masquer des phénomènes physiques bien réels, aux manifestations subtiles. Tel pourrait-être le cas du réflexe " sourcier ".

Or qu'avez vous démontré : uniquement que l'écoulement de l'eau n'est pas directement détectable. Comment pouvez vous prétendre que cette expérience effectuée dans des conditions artificielles, hors du contexte géologique, environnemental, structural du terrain permet d'affirmer que ce réflexe "sourcier" n'existe pas. L'hypothèse selon laquelle la détection porte non sur l'écoulement ou la simple présence d'eau, mais sur les accidents souterrains, failles, fissures ou cavités, susceptibles de favoriser son écoulement ou sa concentration mérite que l'on s'y arrête. On ne peut nier les perturbations de la conductivité du sol et du champs magnétique terrestre par ces accidents. Comment pouvez vous l'ignorer... à moins, évidemment, que vous n'en ayez eu connaissance. On en reviendrait alors à ce défaut "de recherche approfondie d'informations" qu'à tord [sic], dans mon cas, vous dénoncez.

Certainement de bonne foi, le sourcier ne se serait pas prêté à votre expérience sans être sûr de son pouvoir, pouvoir dont il ignorait la cause. Compte tenu de sa sincérité et du taux élevé de réussites qu'il affiche, je doute que vous l'ayez convaincu. Il poursuivra donc ses recherches avec les commentaires que vous pouvez imaginer concernant les scientifiques... En ce sens votre expérience ne peut que desservir les idées que vous et moi défendons.

Ne vous méprenez pas sur ma démarche : Je ne prétends pas que le réflexe " sourcier " existe mais simplement que votre expérience ne démontre pas le contraire. Intéressant, le sujet justifierait une expérience, menée sur le terrain, avec de véritables sourciers ou prétendu tels, adossée à des mesures magnétiques et électriques sophistiquées. On peut imaginer un protocole, en pratique difficile à appliquer.

Afin d'aiguiser leur esprit critique je ne doute que vous soumettiez, en ces termes, le problème à vos étudiants.

Sincères salutations
Y

 

Voici la réponse que j'ai faite (copie à G. Charpak et O. Jacob), dès le lendemain 19 novembre 2003, à ce "Conseiller Scientifique" qui prétend "connaître les textes cités" :

Cher Monsieur Y,

- Il semblerait que vous ayez lu un peu trop vite le courrier que je vous ai adressé car, contrairement à ce que vous affirmez, la question de fond n'est en rien éludée. Il suffit de lire le contenu de la référence citée pour s'en convaincre.
Vous me dites "connaître les textes" que je cite mais, si tel est le cas, vous devez alors les avoir effectivement lus un peu trop vite (à moins que ce ne soit "connaître" par le titre, sans les avoir lus) car le sujet y est traité en détail.

- Vous me dites également que "l'on trouve d'ailleurs sans peine par une recherche 'yves rocard' sur le net" ces textes que je cite ; c'est pour moi une découverte extraordinaire que de savoir que vous puissiez ainsi trouver le chapitre de mon livre "Au Coeur de l'Extra-Ordinaire" consacré à la radiesthésie et aux travaux de Yves Rocard en particulier.
Vous êtes le premier à réussir cet exploit de trouver sur le réseau... un texte qui ne s'y trouve pas !

- Sans vouloir enfoncer trop le clou, je vous rappelle (ou vous apprend) que l'hypothèse du signal du sourcier du Pr. Rocard n'a rien à voir avec l'expérience citée dans "Devenez sorciers..." que nous avons menée dans le cadre du Défi et qui - comme cela est clairement indiqué dans le texte - portait sur les revendications explicites du radiesthésiste en question, à savoir la "détection d'eau".
Le "réflexe sourcier" (malgré son nom) n'a rien à voir avec l'eau selon les propres dires du Pr. Rocard (il avait abandonné assez rapidement son hypothèse première de l'électrofiltration donnant des variations de champ magnétique) mais avec la (supposée) sensiblité de l'homme à de faibles gradients de champ magnétique.
D'où l'expérience dite de "la semelle magnétique" de Y. Rocard dont je vous parlais et dont, en bon conseiller scientifique et connaisseur du dossier, vous devez savoir qu'elle n'a aucun rapport avec l'eau et qu'elle met en jeu simplement une pile électrique, un petit solénoide, une résistance, du fil électrique et un être humain tenant un pendule.
Et savoir aussi que des
dizaines et des dizaines d'expériences avec cette semelle magnétique, expériences menées avec rigueur, n'ont jamais montré la moindre manifestation du "réflexe sourcier".

- Vous dites : "intéressant, le sujet justifierait une expérience, menée sur le terrain, avec de véritables sourciers ou prétendus tels, adossée à des mesures magnétiques et électriques sophistiquées. On peut imaginer un protocole, en pratique difficile à appliquer".
Je me pince fort.
Encore un manque d'informations sans doute...?
En effet, je ne suis pas sûr que le conditionnel soit vraiment de mise, ni que, en pratique, l'expérience soit si difficile.
Tout a été refait depuis bien longtemps (et même en particulier au tout début 1993 par des élèves de l'Ecole Nationale Supérieure d'Hydraulique et de Mécanique de Grenoble avec plusieurs membres de l'Association de Radiesthésie de l'Isère et sur un terrain du Laboratoire du Magnétisme du Navire pour avoir le moins de perturbations magnétiques possibles !)
Les résultats obtenus sont tous négatifs pour le "réflexe sourcier".

- Plutôt que de chercher "un protocole en pratique difficile à appliquer" (je vous cite) pourquoi ne pas suivre tout simplement les dires du spécialiste du sujet (incroyable mais vrai, je cite textuellement le Pr.Yves Rocard, in La recherche N°156, juin 1984) :
"Au surplus, il s'agit de vérifier qu'un pendule tenu à la main avec une ficelle se met à tourner si on approche avec l'autre main un clou de sa tempe. L'expérience réussit sur la moitié de la population française et je connais des journalistes scientifiques qui l'ont fait ".
Sympathique, non ?
Un protocole on ne peut plus "facile à appliquer".
Et qu'un conseiller scientifique ne va pas hésiter à mettre en application sur les personnes de son entourage (même si l'effectif n'est pas très élevé, le 50% de succès revendiqué est là pour que l'on puisse tout de même conclure très facilement dans un sens ou dans l'autre).

Ce qui est encore plus amusant c'est que j'avais évidemment refait aussi cette expérience de nombreuses fois avec de nombreuses personnes et que, quand cela fonctionne, cela fonctionne également avec un clou en... mie de pain !

Sur ce, je termine ce courrier qui, pour ma part et faute de temps à consacrer à ce type de "discussions", mettra un terme à nos sanglots épistolaires réciproques.

Sincèrement,

Henri Broch

 

Où la semelle bat le pavé depuis de longues années

Pour éclairer peut-être mieux le lecteur des lignes précédentes, je voudrais donner deux exemples, parmi d'autres, de résultats obtenus par des étudiants de l'Université de Nice-Sophia Antipolis lors des reproductions de l'expérience sur la "semelle magnétique" de Yves Rocard, semelle dont il est question dans l'échange de courriers ci-dessus et dont manifestement le "conseiller scientifique" ne connaissait pas grand chose (ce qui n'a rien de rédhibitoire sauf que, dans ce cas spécifique, c'est cette personne qui - prétendant connaître quelque chose au sujet et sans faire la plus petite, mais sérieuse, recherche bibliographique sur le thème - est venu nous tancer vertement !).

Cette expérience est décrite par le Pr. Rocard dans sa plaquette "L'homme et le milligaus" 1986 et dans son ouvrage "La Science & les Sourciers" 1989. Une personne (sans chaussure ou avec des chaussures ne comportant aucun clou) se place sur deux semelles de bois dont l'une est une "semelle magnétique" (cf schéma ci-dessous extrait de son propre livre).

Un pendule tenu à la main par la personne est écarté de sa position d'équilibre et oscille rectilignement. Sous l'action du champ magnétique (modifiant, selon Y. Rocard, le tonus musculaire par l'action sur des capteurs magnétiques qui existeraient à l'intérieur du corps humain, ici ceux du talon) créé par le courant électrique circulant dans les spires, le pendule est censé entrer en rotation.

J'avais, pour ma part, reproduit (avec des résultats tout à fait différents) cette expérience dès la lecture en 1986 de la plaquette du Pr. Rocard. Et évidemment le "signal du sourcier" et les expériences associées étaient (sont toujours) traités dans mon cours sur la méthodologie scientifique et les phénomènes "paranormaux" à l'université de Nice-Sophia Antipolis. C'est ce qui a amené (et amène encore) des étudiants à choisir ce sujet comme thème d'étude pour le rapport de Zététique qu'ils ont à rendre en fin d'année.
Mais pourquoi se "focaliser" sur l'expérience de la semelle magnétique ?
Les autres types d'expériences ont été également refaits (avec des résultats négatifs) mais ils ne présentent en fait qu'un intérêt secondaire puisque l'expérience cruciale est celle de la semelle magnétique selon les propres dires du Pr. Rocard. Ce dernier explique en effet que :
"c'est bien ce capteur-là [le capteur du talon] qui rend les sourciers efficaces sur le terrain" (Y. Rocard, "L'homme et le milligauss").

 

Le champ-placebo aussi efficace qu'un vrai champ

Une reproduction de l'expérience est l'oeuvre de cinq étudiants de Zététique en SB1 (Sciences Biologiques, 1ère année) il y a une dizaine d'années : Sébastien Pean, Emmanuel Porcaro, Thomas Pringot, Stéphanie Raty et Patricia Wainman. Leur travail de Zététique 1994-95 intitulé "Les Sourciers" présentait les résultats qu'ils ont obtenus en reproduisant fidèlement l'expérience de la semelle magnétique de Yves Rocard. Voici une synthèse de ces résultats (obtenus sur un échantillon plus large que celui de Rocard : vingt personnes testées et dix essais dans chaque cas) :

 

Le résultat se passe de tout commentaire : avec une chance sur deux en "répondant" au hasard puisque le courant n'était établi que dans 50% des cas, sur 200 essais de détection les succès se sont montés à 100 !
Et la distribution des succès en fonction des diverses personnes testées est également tout à fait normale, passant de celui que d'aucuns auraient vite déclaré "sujet-psi doué" (2) avec 8 succès sur 10 au pauvre "sujet psi-missing" avec 3 petits succès sur 10.

On peut noter que, sur les 100 fois où le champ magnétique était effectivement établi, il y eut tout de même 28 réactions positives. Est-ce à dire que nous sommes enfin face à des résultats mettant clairement en évidence le réflexe sourcier ? Certes moins répandu que les pourcentages allégués par Y. Rocard, mais tout de même important, sinon impressionnant ?
Hélas, trois fois hélas, les nombres, toujours aussi brutalement rationalistes et étriqués, nous font également remarquer que, lorsque le courant électrique n'est pas établi c'est-à-dire en absence totale du champ magnétique perturbateur, il y a également 28% de réactions positives !
En d'autres termes et pour souligner un léger détail que le Pr. Rocard semble avoir oublié : que le champ magnétique y soit ou non, les gens "réagissent".

 

"L'homme et le milligauss : La vérité est ailleurs !"

Une autre reproduction des expériences du Pr. Rocard est l'oeuvre de deux étudiants - Valéry Rousseau et Toufic El Souss - qui ont fait en Maîtrise de Physique 1998-99 un travail zététique sur le signal du sourcier.
Travaillant sur la "semelle magnétique" et testant - évidemment en double aveugle, pas à la manière du Pr. Rocard - 33 personnes (à raison de 6 essais par personne), ils ont également pris en compte de nombreux paramètres comme le sens du courant, le fait que la personne testée soit droitière ou gauchère, le sexe de cette personne, le type d'oscillations du pendule (oscillations parallèles ou transverses), le nombre d'oscillations avant rotation, le sens de rotation,...
Là encore les résultats se passent quasiment de commentaire, le pile ou face continuant à bien fonctionner :
93 succès sur 198 essais !
Sans entrer dans les détails du rapport, je vous livre la fiche "résumé" que l'étudiant zététicien et amateur d'X-Files Valéry Rousseau avait, avec humour, intitulée fort justement : "L'homme et le milligauss : La vérité est ailleurs !"

Pour consulter cette fiche-résumé,
cliquez ici ---> L'homme et le milligauss

A titre de petit complément d'information sympathique, juste pour vous montrer que les étudiants de zététique se débrouillent assez bien et cherchent à éviter les failles de protocole (commises par contre par Yves Rocard, dont les expériences sont pourtant toujours largement citées comme preuve "scientifique" de la validité de la détection des champs magnétiques par l'homme et de la radiesthésie !), voici le schéma du circuit électrique réalisé par ce même étudiant V. Rousseau dans son rapport de Maîtrise.

Vous remarquerez d'abord qu'un témoin lumineux (led, diode électroluminescente) situé près de la pile permet de s'assurer que le bouton poussoir est bien actionné. En effet la durée d'un test est d'environ une minute et il arrive qu'au bout d'une vingtaine de secondes la pression sur le bouton poussoir soit inconsciemment diminuée (ce qui peut avoir pour effet de couper le courant sans que l'expérimentateur s'en rende compte). Le témoin lumineux permet donc de vérifier que l'appui est suffisamment fort pendant toute la durée du test.
Mais vous remarquerez surtout que la commande du champ magnétique nécessite, en plus du bouton poussoir, l'enclenchement d'un interrupteur (ce dernier - situé ici sur le schéma à côté de la résistance réglable - n'est pas visible lorsque l'expérimentateur tient la poignée de commande). Lorsque l'interrupteur est en position fermée, le courant passera quand le bouton poussoir sera actionné et le champ magnétique sera alors créé et la diode allumée. Mais
lorsque l'interrupteur est en position ouverte (comme sur le schéma), à l'action du bouton poussoir il n'y aura aucun courant circulant dans les spires de la bobine donc aucun champ magnétique créé mais, par contre, une diode toujours allumée. Astucieux, non ?

 

De mauvais sourciers ?

On nous reproche quelquefois de n'avoir eu à faire lors de tests et d'expériences qu'à de "mauvais" sourciers et, dans le même temps, on nous met avec hargne sous le nez les "preuves" de Rocard. Quelle incohérence !

Inutile en effet de chercher des cobayes spécifiques ou des sujets-psi particulièrement étonnants ou des sourciers (se prétendant) chevronnés. Foin de tout cela ! Il suffit de tirer au hasard dans la population française et nous aurons (selon Rocard) nécessairement de bons sujets dans notre échantillon, puisque :
"... j'ai notamment insisté sur le fait que dans l'ensemble de la population, on constate
qu'au moins les 2/3 ou les 3/4 des sujets sont sensibles au signal. Sur 53 millions de français, il y en a donc 30 à 40 millions qui réagissent et possèdent, en général sans s'en douter, ce sixième sens qui consiste à découvrir les zones sourcières, lesquelles sont finalement des zones où le champ magnétique présente une petite anomalie venant s'ajouter au champ terrestre." (Y. Rocard, Agressologie).
Et l'auteur écrit également dans cet article que
"60 à 80% des sujets se révèlent sensibles" ; il conservera cette valeur haute de 80% par la suite

Quelle est la probabilité pour que, avec la proportion de sujets sensibles alléguée par Y. Rocard dans la population, nous n'aurions eu, par le plus miraculeux des hasards (N.B.: je rappelle aux mauvaises langues potentielles que nous n'avons ni choisi ni sélectionné les sujets ; ce sont eux, par exemple dans le cadre du Prix-Défi de 200.000 euros qui se sont proposés), que des sujets insensibles lors de toutes nos expériences ?

Je ne voudrais pas paraître trop méchant pour certains mais, même en prenant la valeur la plus basse - 2/3 soit 67% - donnée par Y. Rocard pour la proportion de ceux que j'appellerai les "magnétosensitifs", un simple petit calcul statistique montre que l'on a beaucoup beaucoup beaucoup plus de chance de gagner le gros lot du Loto en jouant une seule grille que de se trouver dans ce cas de figure de sujets majoritairement insensibles !

L'ouvrage "La Science et les Sourciers" publié chez Dunod en 1989 par le Pr. Rocard est le livre qui est censé faire le point définitif sur la question et prouver que le réflexe sourcier existe. C'est le petit livre de Mao des tenants de la sourcellerie et de la radiesthésie. Mais on peut légitimement se poser la question : l'ont-ils sérieusement lu ? Je me permets de renvoyer le lecteur au chapitre entier consacré à la radiesthésie (et à la sourcellerie) dans mon ouvrage "Au Coeur de l'extra-Ordinaire" (3) et à ce que j'y écrivais en 1991 sur les travaux de Yves Rocard :
"Assénant au lecteur quelques formules, traçant quelques graphes et schémas d'expériences, l'auteur désirerait asseoir la crédibilité de son ouvrage sur des bases scientifiques mais il faut ici être clair : tout n'est que tape-à-l'oeil. Aucune expérience n'est concluante. Et encore le clinquant n'est-il pas très clinquant ! L'examen de l'ensemble nous fait découvrir le triptyque sur lequel tout repose."
Les pages que j'avais alors consacrées à ce sujet montraient ainsi que
le triptyque-socle des travaux du Pr. Yves Rocard était composé de : naïveté, mauvaise foi et force de la croyance.

Il semblerait que les éclaircissements apportés alors n'aient pas connu une diffusion bien large et le mythe du "signal du sourcier" continue...

Henri BROCH

Notes :

(1) Yves ROCARD, "Le réflexe sourcier, son intérêt médical", Agressologie, tome 22 N° A, 1981, 1-15).
Merci à Laurent PUECH pour l'envoi du numéro de cette revue.

(2) La probabilité que sur 10 tirages (ayant chacun 1 chance sur 2 de réussir) une personne obtienne 8 succès ou plus est d'environ 5,5 chances sur 100. Autrement dit, sur 20 personnes on pouvait légitimement s'attendre à en avoir 20 x 5,5 10-2, c'est-à-dire une qui obtienne au moins 8 succès. C'est le cas ! Et le "magnétisme" de cette personne n'y est pour rien (une expérience complémentaire sur cette même personne le conclue bien vite)

(3) Pour les lecteurs cherchant toujours de l'information, mon pendule fétiche m'a indiqué une source possible : Henri BROCH, "Au Coeur de l'Extra-ordinaire", publié en 1991. Nouvelle édition 2002 disponible aux éditions book-e-book.com. Cf. le chapitre spécifique consacré à la radiesthésie en pages 235 à 247.

- Les étudiants de l'ENSHM de Grenoble ayant refait en 1992-93 les expériences du "Signal du sourcier" étaient F. Vidalie, F. Gurniki, R. Houot, A. Labrosse, P. Picot, élèves de 1ère année encadrés par M. Baudoin Lismonde, enseignant dans cette école supérieure.

 © H. Broch, Laboratoire de Zététique, mars 2004
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